Gerhard_Ludwig_Muller.jpgLe nouveau Préfet pour la congrégation pour la Doctrine de la Foi a confirmé ce week-end la fin des négociations avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.[1]

Alors qu’à l’origine un accord avant l’été 2012 avait été envisagé par le Vatican, les discussions avaient fini par s’enliser dans d’interminables querelles avec Rome sur fond de profondes divisions entre les différents Évêques de la Fraternité.

L’ultime volte-face est un tournant dans les relations entre la FSSPX et le Vatican. Car après le pontificat de Benoît XVI, jamais la Fraternité ne trouvera un interlocuteur aussi soucieux d’une réconciliation et parfait connaisseur des divergences théologiques. Mais ce final éclaire également l’action de Benoît XVI. Lui que les médias aiment présenter comme un traditionaliste qui œuvre au détricotage du Concile Vatican II vient de prouver que le choix des pères conciliaires n’étaient pas négociable.

La FSSPX ne va donc pas rejoindre le giron de l’Eglise Catholique. Ce dernier rebondissement n’apprend rien que nous ne sachions déjà sur la nature profonde de la Fraternité. Elle condamne depuis toujours le Concile Vatican II, notamment sur son chapitre relatif à la liberté religieuse et au dialogue inter-religieux comme un mal hérétique qui brûle lentement la fausse Rome. De toute façon, on voit mal comment un simple paraphe en bas d’un document pouvait permettre une réconciliation après des années de haine.

Quel va être désormais l’avenir de la FSSPX ? A court terme elle va devoir gérer ses divisions. A très long terme elle devra un jour envisager l’ordination de nouveaux Evêques.

Mais d’ici là la Fraternité est condamnée à évoluer : jusqu’à maintenant les membres de la FSSPX étaient sur une route. Bifurquer vers le Vatican était toujours possible. Même si l’idée était plutôt de faire revenir le Vatican vers eux, les uniques gardiens de la Vérité. Ils sont désormais sur une voie à sens unique, sans ronds-points ni croisements.

Avec la levée des excommunications en 2009, la Fraternité était devenue un interlocuteur possible. Pour faire un parallèle avec le monde politique, elle était désormais un parti de gouvernement. Dorénavant sans autre horizon qu’elle-même, elle risque de sombrer dans la surenchère. Doublée depuis quelques années par « un jeune clergé et des communautés dites « nouvelles » qui prônent le retour à la tradition comme mode de résistance à la sécularisation et au relativisme moderne. »[2] par un effet pervers de vase communiquant, elle va dans les mois et les années à venir devoir muscler son discours.

Je pense également que le risque de radicalisation est réel. Rajouter à cela un goût pour l’autonomie et l’indépendance. Et le parallèle de Gérard Leclerc avec la petite église prend tout son sens.

D’ici là on peut toujours relire les propos de Mgr Dagens[3].

En appartenant à l’Eglise, on n’a pas à choisir entre l’intransigeance et le libéralisme, entre la défense religieuse et l’accommodement au monde. Il s’agit de reconnaître l’Eglise non comme un bloc opposé à d’autres blocs, mais comme le corps du Christ animé par l’Esprit-Saint. Ce n’est pas une question d’optique politique. C’est une question radicale de la foi.

Notes

[1] Le Vatican rendra-t-il publique le protocole d’accord, comme à l’origine annoncé ?

[2] Henri Tincq, Catholicisme, le retour des intégristes, CNRS Editions, p. 58

[3] in Rome n'est plus dans Rome, Philippe Levillain, Perrin septembre 2010 in 150 ans au cœur de Rome. Le Séminaire français, page 435