Point final pour l’affaire Vatileacks ? C’est sans doute ce que souhaite le Vatican après la remise par le Père Lombardi, directeur de la communication du saint Siège, des conclusions de l’enquête sur la fuite de documents confidentiels.

Alors que la majorité des vaticanistes et observateurs avait imputé la responsabilité des fuites à des Prélats romains en lutte contre le Cardinal Bertone, seules deux personnes seront finalement jugées fin 2012 : le désormais célèbre Paolo Gabriele, majordome du Pape et Claudio Sciarpelletti, informaticien à la Secrétairie d’Etat.[1]

Après plusieurs mois d’enquête, il s’agirait donc d’un acte isolé, dont le cerveau était le majordome, que des rapports psychiatriques très opportunément divulgués considèrent comme « normal, si ce n’est une certaine fragilité, avec des tendances paranoïaques et un sentiment de persécutions » [2] l’un des experts, Tonino Cantelmi, parlant même de "grave malaise psychologique caractérisé par l'inquiétude, la tension, la colère, la frustration"

Aujourd’hui, seul le réquisitoire du promoteur de justice a été rendu public. Celui-ci évoque d’ailleurs deux autres responsables, désignés pour l’instant par les lettres X et W[3]. Le Père Lombardi a d’ailleurs parlé de possibles développements de l’enquête. Pourtant, après plusieurs mois d’investigations et d’interrogatoires, avec un lieu unique d’infraction, on ne voit pas vraiment ce qui pourrait désormais apparaître de nouveau ? Avec Vatileaks, on est quand même plus proche du mystère de la chambre jaune que d’une infraction économique internationale avec des ramifications complexes.

Par ailleurs les conclusions de la commission des Cardinaux chargée de mettre en lumière les différentes responsabilités ne sont pas pour l’instant connues. Et le seront-t-ils un jour ? Pourquoi attendre puisque le Pape a déjà le rapport sur son bureau ? Mais surtout pourquoi le faire puisque Paolo Gabriele fait un coupable idéal ?

Il est très probable que les noms des Cardinaux impliqués dans cette affaire ne soient jamais divulgués : pour les ecclésiastiques, le linge se lave en famille. Du reste, il est difficile d’imaginer le même traitement pour des Prélats, avec rapports psychiatriques publics et poursuite devant un tribunal pour vol.

Car la grande faute des deux taupes, c’est de ne pas être Évêque ou Cardinal.

Mais après tout quoi de plus normal ? Aujourd’hui 80% des saints sont des clercs, des religieux et religieuses, il semble donc logique que les pécheurs soient principalement des laïcs.

Une conception du bien et du mal un peu loin de l’ecclésiologie de Vatican II ?

On remarquera enfin l’extraordinaire don de l’Eglise pour s’assoir sur une bombe à retardement. Car il y a au moins deux personnes qui connaissent toute la vérité.

Le majordome Paolo Gabriele qui pourrait bien un jour succomber aux propositions des éditeurs pour l’écriture d’un livre confession, malgré les pressions et arrangements contractuels à venir. Mais surtout Gianluigi Nuzzi, le journaliste italien à l’origine de livre reproduisant les documents confidentiels. Aujourd’hui il ne dira rien, au moins pour des raisons professionnelles. Et demain ?

Mais arrivera inévitablement un jour où nous connaitrons l’ensemble des protagonistes de cette étrange affaire.

Dans cette affaire, on retrouve le même réflexe que pour les affaires de pédophilie. Une logique de défense de l’institution qui escamote pour les ecclésiastiques tout jugement, leur préférant l’absolution du confessionnal et la nomination lointaine et discrète.

Parce qu’ils ne sont que laïcs, Paolo Gabriele et Claudio Sciarpelletti doivent quant à eux assumer le jugement d’un tribunal et une notoriété mondiale qui sera pendant longtemps un boulet. Mais après tout ce n’est pas grave, de toute façon ils n’auraient jamais pu être saint.

Notes

[1] Dont le responsable direct est le Cardinal Bertone

[2] La Croix, mardi 14 août 2012, Le majordome du pape et un informaticien du Vatican seront jugés à l’automne, Céline Hoyeau, page 11

[3] Pages 9 et 22 du rapport, à partir des entretiens avec Paolo