En novembre de cette année cela fera très précisément 5 ans que l’Eglise Catholique fêtait à Lourdes le lancement des nouvelles orientations pour la Catéchèse en France.

D’où une légitime question : où en sommes-nous aujourd’hui ?

Parce que le sujet de la catéchèse me semble absolument fondamental, je vous propose deux réponses. La mienne, celle d’un simple observateur un peu attentif de la vie de l’Eglise et celle de Mme Isabelle Morel, enseignante et doctorante à l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique. La première est ici, la deuxième se trouve sur le blog Lumen Gentium qui regroupe notamment l’ensemble (enfin presque... bientôt...) des orientations diocésaines pour la catéchèse.

Deux regards et approches différentes qui loin de s’exclure ou de se contredire s’enrichissent pour ouvrir quelques pistes.

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Carte à jour du 28 juin 2012

Avant de pouvoir avancer quelques éléments, d’abord un bref retour en arrière pour ceux et celles d’entre nous pour qui catéchèse n’évoque que Pierres Vivantes et Ecclesia un groupe pop rock. D’avance je préfère prévenir : je ne vais ici pointer que quelques éléments, sans aucune volonté d’exhaustivité et sans offrir un bilan définitif d’une réforme qui aura encore besoin de nombreuses années pour porter ses fruits.

Ecclesia 2007


Nous sommes en 2006, après de longs et difficiles débats entre les Evêques Français pour trouver un consensus sur un texte d’orientation pour la catéchèse, plusieurs allers-retours entre Rome et Paris, la conférence des Evêques de France publie le Texte National pour l'Orientation de la Catéchèse.

Alors dit comme ça cela n’a l’air de rien, mais en fait c’est une véritable révolution. Si je devais résumer ça en une phrase, l’objectif est de ne plus réduire la catéchèse au catéchisme [1]. Oui mais encore ? L’initiation chrétienne, sans rentrer dans le détail du contenu de celle-ci, repose sur un apprentissage et une compréhension des Evangiles qui conduit à la célébration de plusieurs sacrements.

Tout ceci s’articulant normalement entre le Baptême, l’Eucharistie et la Confirmation. Bon sauf que nous en France, nous avons un peu simplifié ça en inventant la profession de Foi, dite communion solennelle ; ce qui libère nos jeunes têtes blondes avant la grande tempête de l’adolescence.

Mais du coup, comme le notait très justement le Cardinal Marty (il y a quelques années déjà...), « La profession de foi sonne le départ à la retraite du jeune chrétien ».
Et pour ceux qui restent dans cette fameuse case des « catholiques pratiquants », c’est souvent le grand désert, comme-ci la formation initiale reçue durant l’enfance permettait de traverser une vie de Foi.

L’objectif est donc de remettre la parole de Dieu au cœur de toute l’initiation chrétienne Pour sortir de cette impasse et offrir un nouveau souffle à l’ensemble de la transmission de la Foi, les Evêques demandent que la catéchèse s’organise :

  • A tous les âges de la vie
  • Dans l’ensemble des lieux de vie
  • Selon l’année liturgique
  • En étant liée aux sacrements

Je ne vais pas rentrer ici dans le détail des propositions, le site national de la catéchèse est particulièrement riche en ce domaine. On regrettera juste que le texte national ne soit pas disponible en ligne.[2]

Ce qui m’importe ici, c’est d’avoir une vision de l’état de la mise en œuvre. Car dans l’Eglise comme dans la société, les mots et les actes sont parfois bien distants.

La mise en œuvre relève en premier lieu de la responsabilité des Evêques. En effet, après la promulgation du texte national en 2006, chaque diocèse avait la responsabilité d’adopter un texte diocésain afin de décliner selon le contexte particulier de sa pastorale les orientations nationales. Il ne s’agit cependant pas de charger l’Evêque de toute la responsabilité de ce travail. Un Evêque, même totalement convaincu de la pertinence du TN ne peut rien faire seul. Il doit tenir compte des dynamiques en cours et obtenir l’adhésion de l’ensemble des acteurs pastoraux. A défaut, il ne produira qu’un texte qui filera directement aux archives.

45, 46, 47,…


Aujourd’hui, on compte 51 projets diocésains. Enfin je compte. Les chiffres du service national de la catéchèse ne sont pas tout à fait les mêmes mais cela n’a pas beaucoup d’importance. En ce domaine il n’est jamais évident de pouvoir suivre la vie de plus de 90 diocèses en même temps.

Nous sommes donc devant un verre à moitié plein, ou vide, c’est selon l’humeur. L’Eglise n’est pas forcément l’exemple même de la célérité, du coup, 5 ans, cela ne représente souvent pas grand-chose. Néanmoins, 5 années pour faire sienne une nouvelle manière d’envisager la transmission de la Foi, c’est très court tant les pesanteurs et les difficultés de renouvellement dans les services, paroisses et ensembles inter-paroissiaux sont difficiles. Mais pour écrire un texte à partir d’un canevas national, qu’il me soit permis d’avoir comme un doute sur la volonté réelle de la moitié des diocèses au-delà d’une telle durée.

La première orientation diocésaine date de 2006 mais le pic des publications date de 2009 avec 17 textes dans l’année. Depuis le rythme se ralentit et ont ne compte pour cette année 2012 qu’un seul texte d’orientation pastorale, celui du Diocèse de Nantes. Difficile de croire que les promulgations vont se poursuivre dans des diocèses qui aujourd’hui n’ont pas encore entamé un travail.

Je peux me tromper mais je pense que la dynamique de publication est maintenant retombée. Nous sommes désormais dans ce travail de fourmis pour mettre en chemin l’ensemble des catholiques. Le temps des paroles va se clore, celui des actes commence à peine.

Sur les chiffres, je vais me permettre deux rapides digressions.

Tout d’abord pour refuser d’en rester à un simple constat de chiffre. Dans l’évangile de Saint Mathieu, le mot foule revient plus de 50 fois : pourtant au terme de son ministère, c’est bien la même foule qui va réclamer la condamnation de Jésus. Et au matin de Pâques, combien seront-ils exactement ? Une petite dizaine, guère plus. La participation peut être un signe, elle ne révèle pas forcément une Présence. Ne pas distinguer les deux c’est rentrer dans des logiques peu compatible avec l’ambition de l’Evangile. Le Christ a-t-il cherché à créer autour de lui une très vaste communauté ? A-t-il jamais eu l’ambition de convertir le plus grand nombre ?

Une juste évaluation ne peut se tenir que sur une ligne de crête, à l’image même de l’incarnation qui ne choisit pas entre l’homme et Dieu mais embrasse notre toute notre condition humaine dans sa vocation divine.

Pour prendre un autre exemple, 3 000 adultes qui reçoivent dans la nuit de Pâques le baptême, c’est une participation qui nous interroge aujourd’hui sur le catéchuménat mais ce fait est indissociablement lié au chemin qu’ils vont pouvoir demain parcourir. En abandonnant au passage le seul critère de la présence à la messe dominicale qui n’est plus guère qu’un marqueur très symbolique.[3]

Le fait de voir les effectifs de la catéchèse fondre comme neige au soleil après la profession de Foi est un avertissement sérieux, mais il ne dit rien de la Foi et des cheminements à venir des personnes.

Ne pas tenir l’un et l’autre, c’est s’enthousiasmer béatement des églises pleines d’avant-guerre et s’engager dans une reconquête dont l’idéal est plus proche de l’esprit des croisés que de l’Esprit-Saint.
50 textes d’orientations diocésains n’est qu’un élément d’appréciation parmi d’autre. A ne pas négliger ni maximiser. Mais individuellement, cela ne veut rien dire.

Deuxième élément qu’il faut prendre en compte, celui de la grande diversité des textes diocésains. Il n’est pas possible ici de rentrer dans le détail sous peine de dépasser largement les 15 pages. Une remarque cependant. Est-il possible de considérer comme un texte d’orientation diocésain découlant du TN des axes qui n’envisagent la catéchèse que pour les enfants ? Quel est le rapport entre un texte de deux pages écrit par un Evêque seul et un document ayant fait l’objet d’une démarche synodale dans son élaboration ?

Pour le dire clairement : il y-a-t-il plus de 30 textes diocésains dont la rédaction et le contenu vont permettre un changement effectif dans les années à venir ? Les changements induits sont tellement importants que la bonne volonté ne pourra suffire et qu’il est nécessaire d’avoir un outil solide, tant pour la proposition que pour la relecture.

Pour finir de compliquer tout cela une ultime remarque : vous allez trouver des diocèses qui même en l’absence de texte vont être dans une démarche très active de renouvellement de la catéchèse avec des rassemblements diocésains comme par exemple le Diocèse d’Orléans [4]

En résumé, rien n’est vraiment simple et il faut pouvoir éviter tout jugement trop rapide ou superficiel.

Mais c’est sans doute Mgr Philippe Geneley, Evêque de Langres qui pointe le principal défi d’un profond renouvellement de l’accueil de la Parole de Dieu via la catéchèse :

« Ces nouvelles orientations peuvent bousculer et déranger. En effet, elles nous engagent dans un véritable combat spirituel contre nos habitudes, c’est-à-dire dans une authentique (et passionnante) épreuve de la foi. »

Car le véritable changement n’est pas structurel ou même conjoncturel dans un défi ou une volonté de s’adapter aux évolutions du monde. Comme le démontre très bien Isabelle Morel, les orientations nationales trouvent leurs sources dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère : c’est donc notamment notre accueil de la constante nouveauté de l’Evangile, notre capacité à assumer ensemble notre condition de baptisé et notre volonté d’être vraiment un Peuple de Dieu en marche à l’écoute de la Parole qu’il faut interroger aujourd’hui.

Limites et chances


Au-delà de la catéchèse, il faut néanmoins pointer quelques limites à l’effectivité d’une juste et entière réception. Certaines dépassent très largement le domaine de la catéchèse. Je ne vais que nommer les difficultés les plus facilement identifiables.

Nous vivons aujourd’hui un rythme des années thématiques de plus en plus important : année de la Foi, année du sacerdoce, année saint paul,….ainsi que localement des synodes[5] ou des nouvelles orientations pastorales. Assumer cette cohérence avec l’Eglise universelle implique également des choix au regard des forces disponibles et des énergies mobilisables.

Le TN est à ma connaissance le dernier grand texte national des Evêques de France. Ce qui implique notamment une grande disparité/diversité des pastorales diocésaines. Ainsi par exemple de la formation des séminaristes qui faute d’un accord national relève pour une grande part des orientations du ou des Evêques locaux. A-t-on tiré toutes les conséquences du TN pour ce qui concerne tant la forme que le fond de la formation ? Je laisse très volontiers la question ouverte…

Les acteurs de la catéchèse se trouvent en permanence sur le pont à devoir manœuvrer : est-il possible sans disposer de plus de moyens humains et financiers de continuer à accueillir les jeunes, les familles, les demandes de mariage, de baptêmes, de funérailles ? Il y a aussi des réalités humaines dont il faut tenir compte. Je vais prendre un exemple caricatural. Aujourd’hui, accueillir un couple pour un mariage, c’est deux ou trois rencontres + une célébration. Si nous voulons accueillir convenablement les jeunes (ou moins jeunes d’ailleurs) couples, vous pouvez doubler le temps de préparation. Se mettre ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu ne relève pas d’un enseignement théorique mais d’une expérience personnelle. Avec une question que nous esquivons depuis au moins un quart de siècle : comment accueillir les personnes qui ne voudront pas cheminer ? En ce domaine l’Evangile est très riche et l’attitude de Jésus d’un respect total. L’enjeu n’est donc pas de refuser l’accès mais de pouvoir proposer un cheminement personnel qui certes ne rentre peut être pas dans nos cadres préétablis mais respecte le cheminement intérieur des personnes.

Enfin une dernière question qui fâche pour la route, l’absence de renouvellement dans l’Eglise. C’est un fait qu’il n’y ait pas encore aujourd’hui une véritable culture de l’appel qui permette que la catéchèse devienne la responsabilité de tous et non l’affaire de quelques spécialistes. Sortir de ses habitudes, de sa routine, de ses certitudes demande non seulement une volonté mais une vie intérieure profonde. Sans préjuger des uns et des autres, une certitude : tout cela demande du temps, un rythme et un équilibre de vie exigeant. C’est possible, mais avons-nous :

  • Le courage de dire que c’est la condition nécessaire pour qu’un témoignage porte ses fruits, pour que la Parole devienne performative ?
  • L’audace d’offrir du temps, de perdre en quantité pour gagner en qualité et donc inévitablement d’accepter de ne plus ou de moins faire.

On le voit bien, il y a des petites morts qu’il faut envisager. Elles sont le passage obligé pour entrevoir la Résurrection.

Au risque de me répéter, l’enjeu de la catéchèse constitue une chance unique pour l’église Catholique. Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une modification profonde de notre présence en France. Le renouveau de la catéchèse pourrait être notre manne dans une traversée qui s’annonce difficile mais indispensable.

Lire le billet d'Isabelle Morel

Notes

[1] Message de service aux théologiens, théologiennes, puristes et catéchètes : résumer ce qu’est la catéchèse en quelques lignes oblige nécessairement à quelques sacrifices vis-à-vis de la rectitude théologique

[2] Problème de propriété intellectuelle je suppose ?

[3] Non je ne suis pas Protestant

[4] Rassemblement Ecclesia 45 du 18 novembre 2009

[5] Notamment la démarche synodale du diocèse d’Annecy ainsi que le synode provincial des diocèses d’Arras, de Lille et de Cambrai