La semaine dernière, le directeur diocésain de l’enseignement catholique de Meurthe-et-Moselle et de la Meuse (Diocèse de Nancy et de Verdun) a été remercié. Sa très grande faute ? Ni détournement d’argent ni incapacité professionnelle mais le fait d’avoir divorcé et de vivre aujourd’hui avec une autre femme.
Reconnu par les équipes éducatives comme une personne dynamique et compétente selon les informations du Républicain Lorrain, sa lettre de mission lui a été retirée.
Il faut savoir que pour construire le statut juridique un peu particulier des « animateurs et directeurs diocésains », dans l’enseignement catholique ou dans les services et mouvements diocésains, l’Eglise Catholique a pris comme modèle le statut juridique … des croupiers de casinos !!
En effet, au vu de la particularité de cette fonction dûe à la réglementation sur les jeux d’argents [1], pour que le contrat liant le croupier au directeur soit considéré comme valide, celui-ci doit préalablement obtenir de la part du Préfet une autorisation de travailler, celle-ci étant délivrée au regard de l’absence d’antécédents judiciaires du croupier. Dès lors, si le croupier se retrouve avec une inscription sur son casier judiciaire, le Préfet lui retire son autorisation et le contrat va prendre fin.
Par transposition, la structure ecclésiale établit un contrat de droit civil avec le salarié puis l’Evêque une lettre de mission de droit canon. Si la lettre de mission prend fin, le contrat perd sa cause et va donc se terminer dans les conditions générales du Code Civil. L’association joue le rôle du directeur d’établissement et l’Evêque celui du Préfet.
Avec le directeur diocésain nous ne sommes pas juridiquement dans le cas de la jurisprudence Painsecq dit arrêt du sacristain homosexuel de Saint Nicolas de Chardonnet [2]. Dans cet arrêt, la Cour de Cassation avait estimé que le licenciement par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X de son sacristain au motif de son homosexualité était illégal du fait de l’absence de constat d’un trouble caractérisé au sein de l’association.
Dans le cas présent, la séparation est à l’amiable, ce qui est sans doute mieux pour les parties et juridiquement moins hasardeux car j’ai quelques doutes sur la légalité des motivations d’un tel renvoi. Comme nous le rapporte La Croix, il s’agit d’une rupture conventionnelle. Ni licenciement ni démission.
Mais le critère juridique de la Chambre Sociale de la recherche d’un trouble caractérisé est d’une certaine pertinence. Est-ce que son nouveau statut social a une influence négative sur son travail ? Est-ce qu’aujourd’hui, en 2012, la majorité des parents d’élèves sont choqués par un divorce ? Le personnel administratif manifeste-t-il son incompréhension ? La pastorale de l’Enseignement Catholique est-elle totalement désorganisée ? Bref, cette situation doit-elle réellement entraîner une telle mise à l’écart ? D’après les articles de presse, le trouble est surtout au sein de la société qui ne comprend pas les motivations profondes d’une Eglise qu’ils jugent archaïque.
Le vicaire général [3] a beau dire que ce renvoi ne porte « aucun jugement sur sa personne et sur ses choix » il est cependant difficile de ne pas y lire le contraire.
Théologiquement, il est toujours possible de comprendre, ce qui n’est pas approuver, les raisons de cette situation en considérant la perception du sacrement du mariage aujourd’hui par l’Eglise Catholique.
Mais invoquer comme dans l’article du Nouvel Obs l’Evangile pour justifier cette situation, c’est n’en faire qu’une lecture légaliste et bien peu conforme à l’esprit du texte.
Pourtant dans les actes du synode de Verdun en 2008, Refléter Jésus-Christ, c’est l’affaire de tous, on trouve ce passage :
Les divorcés, les divorcés remariés font partie de l’Eglise. Le synode demande aux diverses communautés de les accueillir fraternellement et de les convier à participer aux offices, aux activités pastorales et caritatives. Le prêtre, ou une personne qualifiée, est invité à leur expliquer comment ils sont réellement en relation avec le Christ, y compris les divorcés remariés pour qui la communion n’est pas autorisée.
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On aimerait donc tellement pouvoir être convaincu par la qualité de l’argumentation des Evêques de Nancy et de Verdun dans la présente situation.


10 réactions
1 De Jacques - 24/06/2012, 09:05
Bonjour,
Est-ce que ce qui est en jeu, ce n'est pas tout simplement l'exemplarité de celui qui porte la fonction.
Dans ce sens, il n'est plus représentatif de la famille stable telle qu'elle est présentée comme but par l'Église.
Et puis, moi, je dois avouer que ça m'interroge toujours de voir quelqu'un de si doué humainement avec tous les autres, sauf son conjoint avec lequel il a fini par divorcer.
Et si cette "rupture conventionnelle" trouble l'ordre public et fait s'interroger les gens, peut-être est-ce une bonne chose ?
Parce m***e, une famille n'est pas faite pour le divorce.
Il est plus facile de réussir à se réconcilier que de réussir un divorce (sans casse).
2 De Artemis - 24/06/2012, 18:03
Moi, ce n'est pas dans le Nouvel Obs que je vais apprendre l'enseignement du Christ. Je vais plutôt voir ce qu'Il dit à propos du divorce, compléter avec Malachie, St Paul, l'Enseignement de l'Eglise.
Ce qui m'indique que cet homme n'a rien à faire dans une fonction pastorale, qui plus est auprès de jeunes.
Qu'il ait divorcé, ce n'est peut être pas de sa faute (à propos, les articles de presse ne disent rien sur sa démarche de nullité de son mariage auprès d'un tribunal écclesisatique. Ca en est où?). Mais il est difficile de croire qu'il ne soit pas consentant pour vivre en concubinage avec une autre femme.
Et depuis quand est-ce la rubrique des chats écrasés des journaux qui doivent dicter leur action pastorale à des lieux d'Eglise?
St Jean-Baptiste, vous qui criiez à Hérode qu'il n'avait pas le droit de vivre avec Hrodiade et qui en est mort, priez pour nous.
3 De Louis - 25/06/2012, 09:47
Jusqu'à la fin de l'article, j'ai espéré un lien avec l'affaire de la surveillante cougar virée d'un lycée catholique... mais non. Marc, je suis frustré.
http://www.lexpress.fr/actualite/so...
Plus sérieusement, ça nous renvoit au concept canonique de scandale. Eviter le scandale est un des motifs canoniques qui doit justifier ce genre de sanction. Nuos devons poser la question. Aujourd'hui, en France, qu'est ce qui provoque le scandale : le maintien de la personne divorcée dans ses fonctions ou son renvoi pour ce motif ?
L'évolution sociale pourrait bien faire que l'application d'un même critère, celui d'éviter le scandale, aboutisse à une solution opposée à celle d'origine : le maintien dans les fonctions malgré le divorce plutôt que l'éviction pour cause de divorce.
4 De Marc - 25/06/2012, 11:41
J’aurais aussi pu faire le lien avec la directrice de garderie lesbienne en Allemagne
http://yagg.com/2012/06/21/allemagn...
Au-delà des questions, qui sont réelles et difficiles, car il ne s’agit pas de renoncer à des principes pour faire plaisir à une opinion dominante, mais d’être capable de justifier ses choix.
Et je trouve dommage que dans ce type de cas, on reste dans une logique de l’autruche qui se cache la tête dans le sol en attendant que cela passe.
5 De léa - 25/06/2012, 12:33
"Mais il est difficile de croire qu'il ne soit pas consentant pour vivre en concubinage avec une autre femme"
Il est illégal de licencier quelqu'un au motif de sa vie privée, et ce quelque soit l'avis que l'on porte sur celle-ci. Alors ici on négocie un accord amiable. Et bien cela me fait dire que les catholiques sont parfois trop gentils avec leur Sainte Mère l'Eglise, qui a parfois couvert des choses plus graves, et qui n'est pas au-dessus des lois même quand elle n'est pas d'accord avec lesdites lois.
Du reste si l'Eglise voulait bien réfléchir à ce qui pourrait être proposé aux personnes séparées qui reconstruisent une famille, ça éviterait cette hypocrisie folle de reprocher aux gens de vivre en concubinage tout en leur interdisant de faire autrement.
6 De exilé - 25/06/2012, 17:27
Nous avons eu dans mon diocèse un curé qui vivait en concubinage notoire...il aurait fallu laisser faire?
J'ai aussi connu un directeur d'école catholique qui est parti vivre en concubinage.L'équipe catéchétique du collège a mis trois ans à remonter la pente.
Ici, l'accord amiable laisse supposer que le directeur a eu l'intelligence de voir ce qui clochait avec sa position.L'exemplarité, ce n'est certes pas facile, cela peut etre douloureux...mais aussi tellement fécond d'essayer, avec la grace de Dieu, de mettre en conformité ses actes et ses propos!
7 De Marc - 25/06/2012, 17:52
@exilé : je ne connais pas la situation exacte du directeur. D'après quelques retours de courriels c'est assez complexe et finalement peu conforme a ce que disent les médias, moi y compris au passage....
Mais il y a pour moi une grande différence : le prêtre qui vit en concubinage cela relève, d'une manière ou d'une autre d'un choix, au contraire d'une séparation qui peut être contrainte, sans qu'il existe systématiquement une "faute". Sur ce point, je ne partage pas l'avis de @Jacques, car parfois un divorce est inévitable, il n'y a pas toujours une solution, parce que rester à tout prix pour sauver le couple quant il n'y a plus d'amour, je ne comprends pas vraiment le sens. Mais après cela reste dur de faire des généralités.
8 De Laurence - 26/06/2012, 13:46
À Léa : Mais qu'est-ce qui vous dit que l'Eglise ne se préoccupe pas de ces personnes séparées qui reconstruisent une famille ? Qu'elle ne les accompagne pas ? Ce chemin n'est pas, effectivement, celui qu'elle propose, mais ca ne signifie pas qu'elle se fiche de leur situation...
9 De Marc - 26/06/2012, 14:10
Pour aller dans le même sens que Laurence c’est vrai que dans les diocèses français, il y a de plus en plus d’initiatives dans ce sens, il existe même des textes d’orientations pastorales pour les divorcés et divorcés-remariés.
Mais les diocèses sont entre le marteau et l’enclume, ils n’ont pas une grande marge de manœuvre.
10 De Léa - 26/06/2012, 16:10
Désolée d'être mal comprise. Je n'ai pas dit que l'Eglise ne s'en occupe pas car je sais bien que ce n'est pas le cas.
Je dis juste que la plupart de ces personnes choisissent le chemin d'un nouveau couple et qu'il n'existe pas de cadre pour vivre cela dans l'Eglise. Quelque soit le cadre. Et donc les gens vivent en concubinage. Et pour moi c'est très différent du choix d'un prêtre de vivre avec quelqu'un.