Et ce n’est que le début. Après l’arrestation du majordome personnel du pape Benoît XVI, le Père Lombardi, porte-parole du Vatican a démenti aujourd’hui les suspicions qui pèseraient sur un Cardinal.

Ce qui n’était encore qu’un micro-scandale très italien est en train de devenir un scandale planétaire qui une fois de plus va entacher la crédibilité et l’image du Vatican mais surtout par ricochet de toute l’Eglise. Comment être témoin de l'Amour et de la Paix quand dans sa propre famille se déroule une guerre ouverte dont le leitmotiv est le pouvoir ?

Que des Cardinaux ou des Evêques soient impliqués dans toute cette affaire, c’est presque évident. Mais dans un premier temps il est simplement beaucoup plus facile d’enquêter sur un laïc que sur un Cardinal qui jouit naturellement d’un autre prestige et d’une autorité naturelle de « Prince de l’Eglise ».

La fuite des documents secrets du vatican, Vatileaks, en référence à WikiLeaks ferait presque oublier que la diffusion d’informations confidentielles ne date pas d’hier. Il est par exemple possible de connaître l’ensemble du déroulement du dernier consistoire alors que normalement un Cardinal ne gardant pas le secret risque l’excommunication. Rien que ça.

Aujourd’hui plusieurs articles parlent de la peine que toute cette affaire cause à Benoît XVI. J’imagine facilement ce que la trahison d’un proche peut avoir comme effet. A ce titre, le témoignage de Mgr Joseph Doré le jour où il a découvert qu’un collaborateur était à l’origine de rumeurs le concernant sur une liaison avec une femme reste d’une rare violence.

Mais dans le cas du pape, n’est-on pas en face de l’arroseur arrosé ? Car si Benoît XVI est Allemand de naissance, il est Italien d’adoption. Cela va faire plus d’un demi-siècle qu’il vit en plein cœur de Rome. Son premier contact avec la Curie remonte au Concile Vatican II ou comme peritus[1] du Cardinal Frings il eut déjà l’occasion de découvrir le travail et le fonctionnement romain. Avec ses hauts et bas.

Comme Préfet pour la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et du fait de sa proximité avec Jean-Paul II, il était directement impliqué dans le gouvernement de l’Eglise durant le pontificat précédent en étant notamment présent dans l’ensemble des lieux stratégiques : membre de 5 congrégations vaticanes (Eglises orientales, Culte divin, Evêques, Evangélisation des Peuples et Education Catholique), au Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens, dans 2 commissions pontificales (Pour l’Amérique Latine et pour la Réconciliation avec les lefebvristes) et enfin membre du conseil consultatif de la Seconde Section du secrétariat d’Etat $$Ministère des affaires étrangères la première section).

Comme Préfet, il a eu a connaître des dossiers particulièrement complexes : il a vu par exemple les manipulations des membres de la Curie pour couvrir des prêtres pédophiles dont notamment le Père Maciel en intervenant directement auprès d’un Pape vieillissant.

Il n’ignore donc rien des travers de la Curie et a lui-même du subir plusieurs fois la concurrence entre les Dicastères. Car le schéma actuel de fonctionnement de la Curie, modifié par Jean-Paul II en 1988 date de 1967, sous le Pontificat de Paul VI. Lui-même grand admirateur du fonctionnement curial : « Une bureaucratie prétentieuse et apathique, uniquement canoniste et ritualiste, un champ clos d’ambitions cachées et d’antagonismes feutrés »

Benoît XVI n’a pas fait cette grande réforme tellement nécessaire. C’est et cela restera un pape théologien. Celui qui trouva que sa nomination comme Archevêque de Munich était une mauvaise idée et qui voulut démissionner 3 fois de son poste de Préfet a accepté le choix du conclave de 2005 par sens du devoir et sans aucune ambition. Ce qui peut paraître très positif. Mais qui aujourd’hui montre des limites.

Car s’il accepte de tenir le volant, il refuse de faire le contrôle technique, de vérifier l’état des pneus ou le niveau d’huile.

Et ce n’est certainement pas en nommant des très proches septuagénaires cardinaux ou en favorisant la part des Italiens dans le Collège Cardinalice (30 italiens sur 66 européens pour 125 électeurs !!!) que les chosent vont s’arranger.

À la tête de la curie dix dirigeants vont être changés. Sept d'entre eux sont Italiens. Cette prédominance va-t-elle disparaître ? se demande le vaticaniste Sandro Magister. Après toute cette affaire, les prochaines nominations sont l’ultime occasion pour Benoît XVI de marquer sa différence.

Mais pour cela il va falloir mettre le frein à main et ouvrir le moteur. A plus de 85 ans, le pape a-t-il encore la force pour cela ou même seulement la volonté ?

Du coup, c’est aussi l’élection du prochain pape qui se dessine sous nos yeux. Peut être les cardinaux auront-ils à cœur de mettre sur le siège de Saint Pierre un homme capable de réformer en profondeur une gouvernance solitaire, aussi anachronique qu’anarchique et à bout de souffle.

Note

[1] Expert théologique au Concile