Un « acte criminel » qui peut être nécessitera des « collaborations internationales ». Après une deuxième fuite de documents confidentiels le Vatican hausse immédiatement le ton. C’est un cran supplémentaire après la création d’une commission d’enquête interne à la suite d’une première diffusion de documents. Mais désormais le vocabulaire est beaucoup plus proche du droit civil que canon.
Au passage on appréciera que pour ce qu’il juge primordial le Vatican sait réagir très promptement pour prendre des mesures disciplinaires et engager des poursuites. On aurait aimé que cela soit toujours ainsi par le passé. Bref…
La presse italienne et plusieurs vaticanistes se sont fait l’écho des nouveaux rebondissements de l’affaire Vatileaks. Un livre du journaliste Gianluigi Nuzzi vient de sortir avec une reprise de l’ensemble des éléments, ce qui ne va pas apaiser la colère du Vatican.
Le fond de tout cela n’est pas très intéressant. Quelques indiscrétions diplomatiques et des courriers confidentiels sur des affaires sensibles déjà connues du grand public. Et un mystérieux corbeau dont les motivations profondes relèvent sans doute plus des luttes entre cardinaux et des haines entre fonctionnaires de la curie et dicastères. Cela fait un peu plus de 2 000 ans que cela dure mais depuis quelques siècles on ne s’empoissonne plus et les successions sur le siège de saint pierre ne se font plus de père en fils, c’est dire s’il a du progrès. Objectivement, encore un siècle ou deux et nous serons au top.
Pour le reste sortir un document « confidentiel » du Vatican c’est vraiment ce qu’il y a de plus simple puisque par nature tout est secret. Plus qu’une nécessaire discrétion qu’impose par exemple la situation des catholiques en Chine, le silence est une deuxième religion, une sorte de réflexe naturel.
Dans cet immense panier de crabes que sont les fameux documents confidentiels, il faut néanmoins faire une distinction importante : il y a d’une part des documents qui par nature relèvent de la diplomatie. Les rendre publics, c’est exposer directement des personnes, fragiliser des situations et des négociations parfois très difficiles. N’oublions pas qu’aujourd’hui des catholiques meurent à cause de leur Foi. Faire un livre là dessus, cela ne relève pas du journalisme mais traduit juste une absence totale de discernement. C'est juste très con. Voilà ça c'est dit.
Et d’autre part il y a des documents qui relèvent de la gestion ordinaire de Rome dans sa mission d’impulsion d’une pastorale.
Mais cette deuxième catégorie semble vivre encore sous le même régime du silence.
Pourquoi cette absence de communication ? Je pense qu’au-delà des habitudes et inerties c’est aussi une conception de la vérité. Ce qui semble juste théologiquement et pastoralement doit pouvoir être accepté. Il y a deux limites à cela. Une conception restrictive du Peuple de Dieu et un décalage de plus en plus important avec notre société.
L’heure est aujourd’hui à la transparence des travaux parlementaires, la construction commune des nouveaux process en entreprises, la consultation urbi et orbi pour toute nouvelle modification sur la machine à café. On peut considérer cela comme des gadgets démocratiques, c’est néanmoins un élément à prendre en compte. Les catholiques ne vivent pas dans un monde clos. Enfin pas tous.
Dans une société qui érige le droit de voir et de savoir en dogme de tout gouvernement, l’Eglise catholique apparaît de plus en plus en décalage.
Prenons par exemple la situation française. Outre les synodes diocésains et les orientations pastorales particulières, parfois des lettres pastorales, qui peut dire ce qui se passe dans un diocèse ?
Au quotidien, c’est le conseil épiscopal, réunion de l’Evêque et de ses plus proches collaborateurs, qui gère le quotidien : nomination, projets pastoraux, règlement des conflits, budget,…
Selon l’organisation propre à chaque diocèse il existe bien évidemment d’autres lieux comme les conseils pastoraux, le conseil presbytéral, le conseil des services,….
Mais sauf à être immergé totalement dans les circuits diocésains (et encore) il est totalement impossible de savoir ce qui s’y passe. Du coup tout cela apparaît le plus souvent très mystérieux et lointain au paroissien déjà bien occupé par les travaux dans l’Eglise et le catéchisme (entre autres choses…)
Au niveau national c’est globalement la même chose : que sait-on réellement des débats entre les Evêques, que cela soit au cœur de l’Assemblée Plénière ou au sein des commissions. Rien ou presque.
Je ne suis pas un militant de la transparence totale : il est nécessaire d’avoir des temps où l’on sait pouvoir échanger librement, loin des micros et des dictaphones. Mais c’est aussi une marque de respect que de considérer le Peuple chrétien adulte et suffisamment formé pour comprendre les enjeux et ainsi pouvoir l’informer des réflexions en cours. Ce qui parfois oblige à justifier et fonder un peu plus ses choix.
Pour ne prendre qu'un seul exemple, oui je pense que la "''fuite''" du courrier de Mgr Pozzo sur la nécessité pour l'institut du Bon Pasteur de mieux prendre en compte le Concile Vatican II est une bonne chose car intéresse tout le monde.
Je pense que la meilleure réponse à cette affaire Vatileaks serait de réfléchir à une autre manière d’envisager la communication des organes de décision de l’Eglise. Avoir une partie de l’agenda de l’Evêque c’est bien, mais au fond d’une utilité assez contestable. En revanche pouvoir disposer d’une visibilité sur les réflexions et les recherches pastorales serait sans doute un levier intéressant dans l’implication de tous les baptisés. Rien de très révolutionnaire puisqu’il ne s’agirait que de prolonger l’esprit qui préside aux synodes, celui de l’élaboration commune d’un projet pour l’annonce de la Foi.
Pour le reste les journalistes continueront à faire leur travail, quitte à irriter parfois les Cardinaux et Evêques. Mais il est nécessaire et souvent indispensable.
C’est la presse américaine qui la première enquêta sur les actes de pédophilie dans le diocèse de Boston. C’est parce que des prélats ont transmis à un journaliste une grande partie des archives du dossier des Légionnaires du Christ qu’il fut possible de mieux comprendre les mécanismes de protection dont a bénéficié cet ordre.
Indispensable.
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4 réactions
1 De Fred - 22/05/2012, 11:25
Est- ce que ces documents sont si insignifiant qu’il n’y a aucune histoire croustillante, une révélation intéressante à raconter ? J’ai comme le sentiment que si Vatican n’avait pas entamé des poursuites, on ne l’aurait jamais su .Par conséquent je pense que ces soit disant rivalités entre cardinaux ne sont pas si grave que ça.
Je pense que l’Eglise est la dernière grande institution au monde où il existe encore une culture de confiance çàd un fonctionnement basé sur la confiance entre la base et la hiérarchie, culture qu’on retrouve aussi dans tous les communautés religieuses catholique mais aussi dans les paroisses et diocèses. Et dans une culture de l’ultra transparence comme la notre, cette culture n’est plus comprise. Et même à l’intérieure de l’Eglise, elle est mise à mal d’une part par les progressistes et d’autres part par intégristes.
2 De Marc - 22/05/2012, 13:21
@Fred : mais est-ce que la confiance ne va pas justement de pair avec une plus grande communication ? Si confiance il doit y avoir c'est aussi dans la qualité et l'expérience du Peuple de Dieu tout entier pour comprendre et intégrer les choix.
3 De Andrea - 25/05/2012, 16:01
A propos des processus de prise de décision dans les diocèses, Claude Barthe (dont je ne partage nullement les idées - soit dit en passant) cite la thèse de Gilles Routhiers présentée en Sorbonne en 1991 : « La curie dispose d’une logistique impressionnante qui fait gravement défaut aux conseils : secrétariat, recherche, permanents à temps complet ». Si bien qu’il y a, par exemple, un « Conseil diocésain de pastorale » auprès de l’évêque émanant du clergé et des laïcs, mais c’est en fait une « Direction du Service de la pastorale » nouvellement créée qui exerce la réalité du pouvoir. » Gilles Routhiers expliquerait ainsi « que dans le diocèse examiné la démocratisation voulue par l’esprit du Concile n’a été qu’apparente » : http://www.catholica.presse.fr/2010...
4 De Marc - 25/05/2012, 16:52
Il y a bcp de choses à dire et écrire sur la prise de décision dans les diocèses (attention cependant aux généralisations).
Par exemple c'est toujours très intéressant de voir comment va se construire un projet dans un diocèse. Entre la lettre pastorale qui va être en lecture le même jour dans toutes les paroisses et la construction d'un projet global de catéchèse avec parfois même vote (Diocèse de Bordeaux par exemple) c'est deux monde.
De la même façon, il ne suffit pas d'écrire synode pour que cela fonctionne. L'exemple du Diocèse de Paris est à ce titre particulièrement intéressant. Après un travail d'une année, tout cela se termine avec une lettre de deux pages du Cardinal Lustiger
Rien n'est simple et il va falloir encore bcp bcp de temps pour que les habitudes et mentalités changent.