Il y a dans la littérature catholique quelques classiques, comme il existe en musique des gammes. C’est notamment les livres dont le fil rouge va être le Credo, le Notre-Père ou les dernières paroles du Christ.
Comment renouveler encore le genre ? On peut répondre par une pirouette en expliquant que la Foi reste une expérience personnelle unique, faite de mots tout aussi uniques. Oui mais quand la juxtaposition des livres sur le chemin de croix suffirait à remplir un appartement, l’exercice reste bien périlleux.
Etienne Séguier ne s’est heureusement pas laissé impressionner et a choisi un angle original pour ce livre de méditation du chemin de croix. En partant de son expérience dans le domaine du développement personnel il nous propose un livre simple et modeste en reliant les douze stations avec notre quotidien. Le supplice de la croix n’est plus alors un Everest inaccessible, un sacrifice hors de toute portée humaine mais une traversée qui peut éclairer nos propres épreuves.
Il évite le piège de vouloir tout dire, tout expliquer mais nous propose de relire nos échecs et nos difficultés à la lumière de la montée vers le mont Golgotha parce que « la méditation de ce chemin peut nous aider à regarder notre souffrance en face, à lui laisser une place. Non par masochisme bien entendu, mais parce qu’il y a des situations où l’on na pas d’autres choix. Ce serait même plus destructeur encore de continuer à nier l’épreuve. »
Parce que ce livre est ancré dans les réalités de nos quotidiens, qu’il ne cherche pas à faire l’impasse sur nos fragilités et à se réfugier « dans l’imaginaire en nous rêvant comme des êtres sans limites, des dieux capables de pulvériser chaque obstacle » il constitue un petit guide précieux et un compagnon de voyage idéal pour un temps personnel de relecture.
A lire comme on boit un thé, en prenant bien le temps de laisser infuser entre chaque chapitre, de laisser les questions qui jalonnement ce chemin s’enraciner en nous. Un livre accessible à tous, sans connaissance ou expérience préalable, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Les croix ont disparut depuis des siècles, mais elles réapparaissaient régulièrement sous d’autres formes. A notre époque, dans le monde du travail par exemple, des collaborateurs sont chargé de remplir une mission dont tout le monde sait quelle est voué à l’échec. A leur tour d’exécuter leur propre condamnation en se « tuant » à la tâche. Comme sur la croix, chacun s’effondre à son rythme. Les juges n’ont même plus besoin d’assister à l’agonie. Ils peuvent poursuivre leurs affaires, sans contempler l’exécution de la peine.
Parmi l’éventail de ces croix modernes, figure la surcharge de travail générée par le non-remplacement des salariés. Un classique aisément repérable. Mais aussi de subtiles « injonctions paradoxales ». Cette expression désigne le fait de demander l’exécution d’une consigne et son contraire, si bien que la tâche est irréalisable.
Page 22
Traverser les épreuves
Méditation sur le chemin de croix
Etienne Séguier
Edition Empreinte
75 pages, 8 euros
Le blog d’Etienne Séguier et son compte twitter.


Derniers commentaires