Ces intégristes sont-ils représentatifs d’une certaine sensibilité au sein du monde catholique français ou sont-ils un groupe ultra-minoritaire ?

(...) Cela signifie que de plus en plus de gens se désintéressent simplement de la religion. C’est ce que ne supportent pas les intégristes, qui ont l’impression qu’il y a un effondrement de la France chrétienne, de la France de Clovis, de Louis XIII qui consacrait la France à la Vierge Marie, et vivent dans la nostalgie de cette France "éternellement catholique". Devant cette majorité de Français qui désormais n’est plus catholique et encore moins pratiquante, les intégristes ont un espèce de sursaut assez violent et assez désespéré.

Les intégristes catholiques français sont-ils donc, à terme, voués à disparaître ?

La France a été l’une des terres où l’implantation du christianisme en général, du catholicisme en particulier, a été la plus forte, pendant près de quinze siècles. Cela laisse donc des traces profondes, et il existera toujours des nostalgiques de cette longue période où le pouvoir religieux et le pouvoir politique étaient étroitement liés et où la culture de tout un peuple était chrétienne. Il subsiste encore aujourd’hui quelques dizaine de milliers de familles chrétiennes qui sont très attachées à cette histoire, au passé "glorieux" de la France chrétienne, et qui ne parviennent pas à faire leur deuil de ce passé. Le fait est que nous sommes aujourd’hui dans une société qui devient majoritairement agnostique ou athée, avec un pluralisme religieux dans lequel le christianisme devient une religion comme les autres, avec en parallèle une progression de l’islam, et tout ça est insupportable aux yeux des intégristes catholiques.

Il n'y a pas plus de Christianophobie aujourd'hui qu'il y en avait il y a 20 ans, Frédéric Lenoir, Le Monde des Religions, 18 nov. 2011