Les cons
Entre d'un côté l'incendie des locaux du journal Charlie Hebdo et la Croisade de Civitas contre la liberté d'expression je trouve que le récent billet du Père Benoît Lobet [1] résume assez bien la situation.
Faut-il avoir peur de l'Islam ?
Osons ici la question qui est si souvent posée et qui suscite quantité de blogs haineux, de blagues racistes, de propos définitifs (et souvent définitivement stupides) : Faut-il avoir peur de l'Islam ?
La réponse est simple : évidemment, non.
Il ne pas avoir peur de l'Islam comme il ne faut pas avoir peur du Christianisme ou du Judaïsme !
On dira : oh! mais certains textes du Coran... Je répondrai : oh! mais certains textes de la Bible !
La question n'est pas celle du contenu même du dépôt révélé, mais de son interprétation (ou, si vous voulez, de la théologie qu'on y met).
Et la réponse devient donc : il ne faut pas avoir peur de l'Islam, mais il faut avoir peur d'un certain nombre (et d'un certain type) de musulmans.
Il ne faut pas avoir peur du Christianisme, mais il faut avoir peur d'un certain nombre (et d'un certain type) de chrétiens.
Il ne faut pas avoir peur du Judaïsme, mais il faut avoir peur d'un certain nombre (et d'un certain type) de juifs.
Lesquels ?
Ceux qui, sous le prétexte d'appartenir à une religion "révélée", pensent qu'ils détiennent la vérité définitive sur toutes choses, et ne sont plus contraints de la chercher, même si elle est déjà révélée.
Ceux qui, sous le prétexte qu'ils détiennent la vérité révélée, entendent l'imposer partout et à tous, et utiliser pour cela la prise de pouvoir ou, plus généralement, la politique.
On en trouve, de ces gogos-là, dans les trois monothéismes, sous toutes les latitudes.
Eux, toujours, sont dangereux. A fuir, à réprimer, à proscrire, à combattre.
Ce n'est pas l'Islam qu'il faut craindre.
Ce sont les gens qui, par facilité et par paresse, ont renoncé à penser, à dialoguer, à écouter.
Il y en a chez nous, dans nos paroisses, à nos portes, dans nos églises - en nombre probablement partout proportionné.
Ce sont les cons. Hélas!
Au fond, seuls les cons sont vraiment dangereux.
Père Benoit Lodet, 31 octobre 2011
Après bien évidemment il est possible de débattre, d'essayer de comprendre le pourquoi du comment, mais je trouve que cette mise en garde est une simple et précieuse introduction à un débat plus large. Et puis il y a des livres, pour connaître, pour comprendre et pour approfondir. Et enfin il y a la rencontre, celle que vous pouvez faire à côté de chez vous et des symboles qui disent tant, comme la très récente rencontre des religions à Assise.
Notes
[1] Professeur de Théologie à Louvain-La-Neuve, curé-doyen d'Enghien et de Silly en Belgique et auteur, notamment, du très beau livre Un homme, la nuit chez Bayard et enfin blogueur sur http://rendez-vousavecbenoitlobet.blogspot.com/

























Commentaires
heu, on n'en retrouve pas que dans les 3 monothéismes. l'athéisme nous en a fourni un bon nombre aussi. je trouve. en tout cas, dans l'educ'nat, on a des spécimens rock'n roll, de laïcistes intégristes. j'ai même connu des végétariens intégristes.
Moi j'ai surtout peur de ce genre de prêtres. Comment il appelle ses frères et soeurs en Christ? Des cons? Des gogos? (ses frères en humanité aussi, d'ailleurs). Il faut avoir peur de ses frères et soeurs baptisés? Il va faire quoi, les excommunier?
Comment il annonce l'Ecriture? En la dénigrant et en la comparant au Coran?
Comment il pratique la charité? En fuyant et en combattant ses propres frères?
Comment il annonce que le Christ est "le Chemin, la Vérité et la Vie?" En expliquant qu'il n'est pas révélé?
Comment il annonce le Salut et la rédemtion? En condamnant les gens comme "toujours dangereux"?
Dieu nous préserve de ces - moi je ne dirai pas quoi - et de leurs poutres dans les yeux. En plus ça nous donne des leçons de tolérance, d'approfondissement et de compréhension.
Je m'en vais donc voir des prêtres qui s'occupent d'annoncer l'Evangile et de suivre le Christ. Et continuer mes études de théologie pour y apprendre des trucs sérieux et étayés. Pas ce préchi-précha à deux balles.
Bienheureux tous les saints qui ont fait cela: suivre le Christ, annoncer l'Evangile
Si on suit le texte d'hier: bienheureux les cons et les gogos, probablement. Ils verront Dieu
@Artemis : Artemis, c'est un clin d'oeil aux chevaliers du Zodiaque ?
J'ai beau être d'accord avec le texte de ce prêtre, je suis désolée, on ne traite pas les gens de cons. Ces personnes sont sincères dans leur intégrisme, et autant convaincues de la justesse de leur position que lui de la sienne. C'est avec ce genre d'insulte bête et méchante que les uns traitent les autres de cons et réciproquement. Ca ne fait pas avancer grand chose.L'intégrisme a aussi une histoire et des explications, sociologiques, historiques, psychologiques... Les intégristes doivent être respectés aussi, quelque soit la profondeur de notre désaccord avec eux.
Alors oui avec ce texte, sauf les deux dernières lignes.
@Léa : l'intégrisme peut-il être vraiment sincère ? En voilà une bonne question. Bien évidemment qu'il y a un côté provoc' dans ce texte, mais finalement je trouve cela pas mal car c'est aussi une manière de dire que les agressions, les attaques, les violences physiques peuvent être expliquées par une certaine lecture de la religion, mais jamais justifiées.
D'où l'idée peut être un un simple de dire qu'un acte violent au nom de la religion est une connerie. Le Cardinal Vingt-Trois en considérant les manifestants de Civitas comme des "idiots utiles" ne dit pas autre chose que moi.
Après je comprends bien ta remarque, moi ma position c'est que j'accepte de discuter avec des personnes qui peuvent être, de manière tout à fait légitime choquées par des représentations de la religion. Jamais avec des personnes qui utilisent la religion pour justifier la violence. JAMAIS.
Je trouve pour ma part que le mot n'est pas méchant. Il me fait penser aux imbéciles de Bernanos dans "Les grands cimetières sous la lune". Je me permets de rappeler que, parmi ces dits imbéciles, Bernanos fait figurer les évêques espagnols en tête de liste ! Hélas, ni la baptême ni l'imposition des mains ni aucun rite ne peut prémunir contre l'imbécilité ou la connerie et d'abord la mienne. Mais ni la connerie ni l'imbécillité ne sont de suffisantes excuses pour ne pas se convertir, se convertir à l'amour inconditionnel du prochain qui est encore le meilleur moyen de commencer.
On peut tout de même se demander si certains dogmes ou certaines pratiques ne favorisent pas plus que d'autres l'émergence de la radicalité et de l'extrémisme.
Ainsi de se plonger publiquement à heures fixes 5 fois par jour dans sa foi.
Ainsi de détenir la parole authentique de Dieu et non d'un récit par des intercesseurs.
Ainsi de favoriser l'apprentissage par coeur de textes sacrés plutôt que de favoriser leur interprétation.
Ainsi de se soumettre à un étroit carcan comportemental à base d'interdits quotidiens, de gestes, de rites, d'une langue particulière, de signes physiques obligeant à s'assimiler "physiquement" avec sa foi, etc ...
Tout ceci tend me semble-t-il à créer un lourd conditionnement, une difficulté de recul, favorise ghettoïsation et communautarisme ...
Non, toutes les "techniques" religieuses ne sont pas neutres ni égales face à la montée de l'intégrisme ou de la "connerie" si c'est ici le terme consacré.
@Yogi : vous faites allusion à l'Islam aujourd'hui, oui mais lequel ? Il n'y a aucune unité, mais il y autant de courants que dans le catholicisme, sinon plus.
La situation que vous décrivez, c'est aussi celle du catholicisme il y a un siècle. Peut être faut-il laisser du temps pour que les uns et les autres puissent évoluer.
Le regard critique que nous avons aujourd'hui sur la Bible fut long et source de très nombreux conflits.
"Le regard que nous avons sur la Bible fut long et source de très nombreux conflits" certes, mais il me semble que la Torah ou le Coran intègrent des principes de "conditionnement personnel" tels que ceux que je mentionne, bien plus proches et liés au coeur de la foi que ne le fait le Nouveau Testament.
Et donc me semble-t-il, un risque de radicalisation, d'oubli de soi, voire de ritualisation à la limite du "TOC" (trouble obsessionnel compulsif) plus élevé.
Je crains fort qu'en voulant renvoyer dos-à-dos tous les "couillons" (je préfère ce mot, cher à mon âme de sudiste), Benoît Lobet ne tombe dans une forme de facilité qui ne fait que brouiller les pistes et empêche tout débat sérieux. Il est indéniable que toutes les confessions religieuses fournissent leur contingent de volontaires à la pérenne "Internationale des Couillons". Si l'adhésion au Dieu unique était un vaccin, ça se saurait.
Cependant, il me semble légitime de s'interroger sur l'opportunité de mettre tous les oeufs "intégristes" dans le même panier. Qu'on le veuille ou non, il existe une différence de nature entre un intégrisme qui se rattache - de près ou de loin, et souvent de très loin - au catholicisme, et le ou les intégrisme(s) musulman(s).
Le premier fait de la défense de "l'honneur du Christ" et de la "civilisation chrétienne" son cheval de bataille, en jetant de l'huile de vidange sur des acteurs. C'est con, certes.
Le second attise les braises de la révolte sociale (cf. le "Printemps arabe" qui prend les couleurs de l'automne) pour imposer ses vues sur le plan politique, qui se confond avec le plan spirituel dans l'Islam.
Mais là où, à mon humble avis, le débat s'enlise, c'est que, dans la plupart des cas, on refuse d'interroger les raisons théologiques d'une telle différence. D'interroger le statut de la Révélation (et non pas simplement leur "contenu") dans ces deux religions, leurs rapports à la question de la médiation, leurs conceptions des rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, etc...
Un telle approche me semble digne d'intérêt, malheureusement le microcosme médiatique ne peut se permettre ce type de questionnement qui, il est vrai, ne pourrait pas se contenter de quelques brèves à la rubrique "Faits divers".
La théologie, c'est le discours que la raison tente de produire sur ses raisons de croire. Tant que l'on considérera la foi comme un affect purement individuel, comme nous le serine notre "laïcité à la française", on s'empêchera de voir.
@Lionel : mais est-ce que l'Islam n'est pas dans une certaine mesure dans la même situation théologique que l'Eglise Catholique Française il y a 60 ans vis-à-vis de la révélation ?
En 1950, on considérait encore que Marc était effectivement le rédacteur seul et unique de son Évangile, d'ailleurs encore aujourd'hui de nombreuses personnes le pensent. C'était bien les saintes écritures, les laïcs n'avaient pas le droit de proposer une interprétation.
Je pense aussi que la perception de la Révélation des écritures saintes de l'Islam par les musulmans devra, devrait, dans l'avenir permettre une marge d'interprétation plus importante et peut être une lecture un peu moins littérale.
Enfin sur la différence entre le domaine spirituel et politique, si dans les Évangiles c'est limpide, dans les faits, il y a assez peu de temps que l'Eglise de France a renoncé à avoir du poids sur les choix politiques de manière souterraine.
Le calendrier musulman est en l'an 1433... Les Chrétiens en 1433 étaient en Guerre de Cent ans, et en 1478 c'est le début de l'Inquisition espagnole... L'Eglise était à fond dans le pouvoir politique, quand au conditionnement individuel dont parle Yogi, il a effectivement été pratiqué jusqu'à il y a peu (les années 50 - 60) chez les catholiques...
Evidemment la méthode de "comparaison" peut être contestée (le contexte a changé, tout va plus vite...) mais des sociologues et des historiens osent ce genre d'analyse et pour ma part, ça ne me choque pas, la religion est bien une oeuvre humaine, une construction largement sociale, la manière dont les humains organisent et structurent leur relation avec Dieu, et dont les communautés de foi s'organisent pour vivre ensemble cette foi.
Cher Marc,
Sans contester nullement l'apport de l'exégèse contemporaine à la théologie, je tiens à vous faire remarquer que cette approche est celle de la théologie chrétienne depuis Origène, au début du troisième siècle! Il est le premier à avoir exploré de manière systématique les différentes sources des écrits chrétiens, et à avoir proposé une lecture qui dépasse la "lettre" du texte pour en saisir "l'esprit". Quand bien même on est aujourd'hui mieux informé sur les différentes strates de composition du texte biblique via la critique littéraire, on n'a pas attendu les années 1950 pour proposer une interprétation cohérente du contenu de la foi chrétienne!
En outre, je ne peux me résoudre à la définition que vous proposez de la séparation du pouvoir spirituel et temporel. "Avoir du poids sur les choix politiques" vous semble être en contradiction avec le message évangélique ? Je ne peux pas croire un seul instant que vous n'ayez jamais consulté les différentes publications de la Conférence des Evêques de France (et aussi du Magistère romain) concernant l'engagement des chrétiens dans la vie de la cité. Pour autant que je sache, les chrétiens ne sont pas appelés à constituer des partis qui assureraient la victoire du "camp catholique" contre tous les autres, mais à témoigner de leur foi par leur engagement au service de tous.
Ce qui me gêne dans vos propos, c’est que votre vision de l’histoire de l’Eglise me semble trop marquée par un schéma de type binaire. Comme si la modernité avait accouché d’un Eglise enfin libérée de toutes ses scories, les 20 siècles précédents n’étant qu’une gestation désagréable mais inévitable.
Ca ne marche pas. Je ne suis que trop reconnaissant à mon Eglise d’avoir produit ce formidable concile qu’est Vatican II, qui est ce prodigieux (providentiel?) effort pour se dire aux hommes d’aujourd’hui. Mais ne faisons pas comme si tout avait commencé là. Si interprétation il y a, l’Eglise ne fait que la développer à l’intérieur d’un tradition, qui est tout à la fois un contenu et un acte, une manière d’envisager le présent à la lumière de ce que nous ont transmis nos pères dans la Foi.
Je suis trop long, veuillez m’excuser. J’espère que cette contribution pourra nourrir le débat. Merci pour le travail que vous fournissez via ce blog.
Cordialement, Lionel.
@Léa: Libre à vous de considérer que seuls la sociologie et l'histoire peuvent apporter un éclairage sur la situation présente. Ce n'est pas, vous l'aurez compris, mon point de vue. Je n'ai pas besoin de Durkheim et de ses disciples pour voir que la religion est aussi un fait social, il me suffit de regarder. Pour ma part, je considère que Celui qui construit l'Eglise et l'assiste, c'est le Christ. Il ne le fait pas sans nous, mais c'est Lui qui est "aux commandes". C'est le regard de la Foi. Merci de bien vouloir admettre que la sociologie est impuissante à voir cela.
Cordialement.
@Lionel : ok pour Origène et bien après lui de nombreux auteurs, mais dans la réalité la diffusion et la réception de cette théologie de l'esprit et de la lettre est encore en cours de diffusion. Je suis peut être un peu pessimiste mais je pense réellement que toute l'intelligence de la Foi qui s'est développée après la seconde guerre mondiale à travers les centres théologiques ne touchent que quelques personnes.
Je pense que si nous faisions un petit sondage dans une paroisse nous serions pas déçu : combien de personnes vivent encore avec les souvenirs de leurs catéchismes ? Qui sait que les évangélistes n'ont jamais rencontrés Jésus ? Que de nombreux récits ne sont que des illustrations de débats théologiques ? etc...
Sur la politique et l'Eglise, en France l'Eglise accepte tout a fait de n'être qu'une expression parmi les autres, même si cela n'est pas toujours évident. Mais si nous prenons par exemple l'Italie ou l'Espagne, l'Eglise a du mal à accepter de perdre son influence. C'est le sens de ma phrase. C'est un long et difficile travail pour les Évêques de consentir à perdre la position de leadership et d'influence.
Enfin je ne pense pas le Concile Vatican II comme une porte qui se ferme sur 20 siècle d'obscurantisme
C'est un long, très long chemin qui parcourt les siècles, avec ses hauts et ses bas, ses heures glorieuses, ses saints et ses Pères, mais aussi ses salauds et ses fondamentalistes.
La vie quoi! Merci pour cette réponse, à laquelle je souscris. Au plaisir de vous relire prochainement...
Lionel
@Marc
Pour tout homme c’est anti-naturel de consentir à perdre sa position de leadership (de même que pardonner son ennemi), si Dieu ne nous y force pas par les épreuves de la vie PERSONNE n’y consentirait .Pourquoi ? Parce que perdre le leadership c’est perdre une certaine main mise sur son avenir c’est dépendre uniquement de la volonté de Dieu qui souvent nous y échappe.
1 - Pour ce qui est du mot
De Georges Brassens, il y a ... bien longtemps déjà (1961?)
''
"Quand ils sont tout neufs,
qu'ils sortent de l’œuf,
du cocon
tous les jeunes blanc-bec
prennent les vieux mecs
pour des cons
Quand ils sont devenus
des têtes chenues
des grisons
tous les vieux fourneaux
prennent les jeunots
pour des cons...."''
Le mot n'a pas la même portée au nord ou au sud de la Loire : pour avoir travaillé avec des gens de différentes régions, il me souvient d'un collègue qui ponctuait ses phrases de "eh cong" à chaque minute ou plus... en choquant sans s'en rendre compte tel normand ou breton de l'équipe...
2 - Pour aller plus profond
Il aurait du être naturel aux disciples de celui qui est venu pour servir de ne pas rechercher certaines formes de pouvoir; hélas, les trois tentations au désert sont celles du pouvoir et tout disciple du Christ y est affronté : pas surprenant que certains y cèdent, d'autant plus qu'ils ont une position qui renforce la tentation.
Il est bien plus étonnant, à la réflexion, que certains n'y cèdent pas.
Oui, effectivement, quand on est prêtre, il faut éviter d'employer ce mot. Le prêtre, dans un espace public ( et ce blog en est un), engage un peu l'Eglise. Jésus a été très dur envers certains, mais il n'a jamais employé d'épithètes méprisantes. Je suis d'accord avec Lionel. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier. Et le statut de la Révélation est fondamental si on veut comprendre la différence entre l'islam et notre religion. La place qui y est faite aux médiations humaines est tout à fait essentielle dans le judéo-christianisme. A t-on suffisamment réfléchi à ce fait extraordinaire: la parole du psalmiste qui s'adresse à Dieu est aussi Parole de Dieu! Etonnant, non? Enfin, n'oublions pas que par la Révélation biblique, Dieu se révèle tel qu'Il est, ce qui n'est pas le cas avec le Coran. Pour les Ecritures, l'homme est créé "image et ressemblace de Dieu". Rien de tel en islam non plus. Enfin, ces différences ne doivent pas bien sûr nous empêcher de rechercher la paix.
@ Jean-Michel : "Jésus a été très dur envers certains, mais il n'a jamais employé d'épithètes méprisantes." Oui, enfin, on y était pas non plus hein, non plus que les rédacteurs des évangiles ... Allez savoir quelles épithètes d'argot araméen étaient véritablement utilisées par le Christ.
Il est impossible que le Christ ait été méprisant envers quiconque. Etant vrai Dieu et vrai homme, et expression parfaite du Père ( qui aime ses enfants, bons ou mauvais - ce qui n'empêche pas que nous devrons répondre de nos actes), il ne peut mépriser ses créatures ( cf Livre de la Sagesse). Le Christ a prié pour ses bourreaux du haut de la Croix.
@ Marc. Les évangélistes n'ont jamais rencontré Jésus. J'avoue mon ignorance à ce sujet. Donc Mathieu n'est pas le Mathieu apôtre et Jean n'était pas le disciple que Jésus aimait. Et ces récits qui seraient des contes théologiques. Jésus est-il alors une invention et vaut-il la peine de croire qu'il est mort et ressuscité ? Il est vrai que je dois être un catholique bien ignorant et probablement stupide.
Concernant les épithètes méprisants, que penser du "Derrière moi, satan" adressé à Pierre ?
Au fait, on n'interprète pas les textes dans l'islam, on applique. Les distinctions se font quant aux modalités d'applications. Voilà ce qui les différencies des deux autres monothéismes.
Pauvre c' ...
@Julien : alors, on reprendre les choses dans l'ordre. Je vous conseille déjà dans un premier temps juste la lecture de ce passage sur wikipédia sur la datation.
A l'époque, nous sommes dans une culture orale, très peu d'écrits. Pour autant les évangiles ne sont pas des contes théologiques, mais des récits sur la vie de Jésus, à la lumière de la Résurrection. Les disciples du Christ vont relire la vie du Christ et vont offrir une interprétation de l'ensemble de ses paroles à partir de cet évènement fondateur.
Il existe différente manière de lire les Évangiles. Par exemple quand Jésus marche sur les eaux, c'est un miracle, mais il y a derrière cela un message, car la mer représente la mort, donc le Christ annonce de cette manière sa Résurrection.
Je reste à votre disposition si vous avez d'autres questions.
Et non vous n'êtes pas stupide.
@Julien : je ne crois pas que ce soit ce que Marc ait voulu dire. Pour se faire une saine idée, je crois, des sources évangéliques, et éviter certains pièges de l'exégèse moderne, je vous recommande de regarder cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x8...
@Pneumatis : en fait si. Il n'y a pas de piège dans l'Exégèse moderne. Elle propose une approche et une lecture des Évangiles à partir des connaissances que nous avons sur le Judaïsme, la transmission des textes, le régime de diffusion, le travail des Pères dans le discernement des écrits,...
Elle ouvre justement à une intelligence de la Foi en tenant compte de l'ensemble du contexte. La Parole du Christ ne tombe pas dans un milieu neutre des tensions humaines, des ruptures, des enjeux politiques.
Tu pourrais me donner un exemple de "piège de l'exégèse moderne" ?
@Marc : tu me prends au dépourvu, là !
- Un des premiers exemples que je peux te donner concerne la compréhension de la formation des évangiles, et tout ce qui peut découler de sens dans la pédagogie (puisqu'il est bien question d'enseignement) et de charisme d'enseignement... c'est assez bien montré dans la vidéo que je viens de poster.
- Un second élément de réflexion est le texte de Benoit XVI ci-après
- Un troisième exemple, plus concret, dont j'ai eu à discuter il n'y a pas si longtemps, est une illustration de comment l'application d'une exégèse "moderne" (aujourd'hui j'ai plutôt envie de l'appeler "classique", mais bon) peut nous emmener loin de l'exégèse canonique, à force de relativisation sur la fidélité du texte évangélique : y a-t-il eu une ou deux multiplications des pains ? Les plus enracinés dans l'exégèse moderne considèrent qu'il n'y en a eu qu'une seule, que les variantes textuelles sont des variables d'ajustement de la transmission (une sorte de téléphone arabe) et que là où dans un même évangile on retrouve les deux récits de la multiplication des pains, ce n'est que parce que le rédacteur, soucieux de préservation, n'a pas voulu faire le choix d'une tradition plutôt qu'une autre, et qu'il a donc conservé les deux. Et là, contrairement à l'exégèse dont tu nous parles, cette lecture se fait au mépris des enseignements des Pères de l'Eglise. Je ne vais pas réécrire toute mon analyse du problème ici, je t'invite à me lire ici : http://www.cite-catholique.org/view... . Tu noteras dans mon petit exercice d'exégèse le souci auquel je m'astreins de mener une exégèse au moins autant théologique qu'historico-critique, ainsi que le recommande Benoit XVI dans le discours ci-après.
Par ailleurs, si je suis d'accord avec toi quand tu dis "La Parole du Christ ne tombe pas dans un milieu neutre des tensions humaines, des ruptures, des enjeux politiques", mon propos est juste de souligner que ce constat doit servir avec prudence l'exégèse, toujours dans le respect de la fidélité aux Saintes Ecritures et de l'herméneutique de la FOI (pas de la politique ou du social, par exemple). Sans quoi, on peut faire le même genre de boulot qu'un Israël Finkelstein, par exemple, et mettre toute son exégèse au service de ses propres idéologies, plutôt que de se laisser enseigner par la parole dans ce qu'elle nous apporte d'inattendu.
Voilà
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Discours de Benoit XVI en introduction du synode sur la Parole de Dieu
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Chers frères et soeurs, en travaillant à mon livre sur Jésus, j’ai eu largement l’occasion de voir tout le profit que l’on peut tirer de l’exégèse moderne, mais aussi d’en percevoir les problèmes et les risques.
La constitution conciliaire Dei Verbum, n. 12, donne deux indications méthodologiques pour un travail d’exégèse adéquat. En premier lieu, elle confirme la nécessité d’utiliser la méthode historico-critique, dont elle décrit rapidement les éléments essentiels. Cette nécessité est la conséquence du principe chrétien formulé en Jean 1, 14 : "Verbum caro factum est." Le fait historique est une dimension constitutive de la foi chrétienne. L’histoire du salut n’est pas une mythologie, mais une histoire vraie et il faut donc l’étudier selon les méthodes de la recherche historique sérieuse.
Mais cette histoire a une autre dimension, celle de l’action divine. C’est pourquoi Dei Verbum parle d’un second niveau méthodologique nécessaire pour bien interpréter des paroles qui sont à la fois des paroles humaines et la Parole de Dieu. Le concile dit - appliquant en cela une règle fondamentale pour toute interprétation d’un texte littéraire - qu’il faut interpréter la Sainte Ecriture dans l’esprit même où elle a été écrite et il indique en conséquence trois éléments méthodologiques fondamentaux qui permettent de tenir compte de la dimension divine, pneumatologique de la Bible. Il faut donc :
1) interpréter le texte en ayant présente à l’esprit l’unité de toute la Sainte Ecriture ; aujourd’hui on appelle cela l’exégèse canonique, une expression qui n’avait pas encore été créée à l’époque du concile, mais le concile dit la même chose : il faut avoir présente à l’esprit l’unité de toute la Sainte Ecriture ;
2) il faut aussi tenir compte de la tradition vivante de toute l’Eglise et enfin,
3) il faut respecter l’analogie de la foi.
Ce n’est que lorsque les deux niveaux méthodologiques - historico-critique et théologique - sont respectés que l’on peut parler d’une exégèse théologique, d’une exégèse adaptée à ce Livre. Alors que, au premier niveau, l’exégèse académique actuelle travaille à un très haut niveau et nous aide vraiment, on ne peut en dire autant pour l’autre niveau. On constate souvent que ce second niveau, celui que constituent les trois éléments théologiques indiqués par Dei Verbum, est presque absent, avec des conséquences plutôt graves.
La première conséquence de l’absence de ce second niveau méthodologique est que la Bible n’est plus qu’un livre du passé : on peut en tirer des conséquences morales, y apprendre l’histoire, mais le Livre en tant que tel ne parle que du passé et l’exégèse n’est plus vraiment théologique, elle devient histoire pure, histoire de la littérature. C’est la première conséquence : la Bible reste dans le passé, elle ne parle que du passé.
Il y a une seconde conséquence, encore plus grave : quand l’herméneutique de la foi indiquée par Dei Verbum disparaît, un autre type d’herméneutique apparaît nécessairement, une herméneutique sécularisée, positiviste, dont la clé fondamentale est la conviction que le Divin n’apparaît pas dans l’histoire humaine. Selon cette herméneutique, quand il semble qu’il y ait un élément divin, il faut expliquer d’où vient cette impression et réduire le tout à l’élément humain.
Il en résulte que l’on propose des interprétations qui nient l’historicité des éléments divins. Aujourd’hui, ce que l’on appelle le mainstream de l’exégèse en Allemagne nie, par exemple, que le Seigneur ait institué la Sainte Eucharistie et affirme que le corps de Jésus serait resté dans le tombeau. La Résurrection ne serait pas un événement historique mais une vision théologique. C’est le résultat de l’absence d’une herméneutique de la foi : une herméneutique philosophique profane s’affirme alors et nie la possibilité de l’entrée et de la présence réelle du Divin dans l’histoire.
La conséquence de l’absence du second niveau méthodologique est qu’un profond fossé méthodologique s’est creusé entre l’exégèse scientifique et la Lectio divina. C’est précisément de là que naît parfois une forme de perplexité, y compris dans la préparation des homélies. Quand l’exégèse n’est pas de la théologie, la Sainte Ecriture ne peut être l’âme de la théologie et, réciproquement, quand la théologie n’est pas essentiellement interprétation de la Sainte Ecriture dans l’Eglise, cette théologie n’a plus de base.
Il est donc absolument nécessaire, pour la vie et la mission de l’Eglise, pour l’avenir de la foi, de dépasser ce dualisme entre exégèse et théologie. La théologie biblique et la théologie systématique sont deux dimensions d’une unique réalité, que nous appelons théologie.
Je crois donc souhaitable que l’une des propositions du synode parle de la nécessité de tenir compte, dans l’exégèse, des deux niveaux méthodologiques qu’indique Dei Verbum 12, là où il est question de la nécessité de développer une exégèse non seulement historique, mais aussi théologique. Il faudra donc élargir en ce sens la formation des futurs exégètes, pour ouvrir vraiment les trésors de la Sainte Ecriture au monde d’aujourd’hui et à nous tous.
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Juste une remarque après la lecture de ton texte sur la multiplication des pains, c'est qu'il faut sans doute admettre aussi la diversité des interprétations. Ce n'est pas une science exacte et je pense précieux que différentes écoles exégétiques puissent co-exister parallèlement.
@Marc : c'est vrai, c'est précieux, tant qu'il est possible qu'une certaine tendance mainstream, la plus sécularisée possible tant qu'à faire, ne vient pas se poser en référence (ou en influence) sur toutes les autres
Vois par exemple comment le précieux travail de Marcel Jousse, qui aura bientôt un siècle, peine à se faire connaitre, et comment ses dignes "disciples" sont encore considérés comme des amateurs illuminés. Elle n'est pourtant pas moins fondée "à partir des connaissances que nous avons sur le Judaïsme, la transmission des textes, le régime de diffusion, le travail des Pères dans le discernement des écrits" que ce que peut nous produire, par exemple, une Ecole Biblique de Jérusalem.
@tchekfou
D'où tenez-vous cela ? Ignorez-vous l'importance de l'herméneutique dans l'exégèse coranique ? Étonnant pour un jeune philosophe !