Depuis plusieurs années maintenant, régulièrement, les intégristes de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X tentent d'interdire l'accès ou la représentation d'une oeuvre d'art. Après Avignon et Piss Christ, c'est Paris et Sur le concept du visage du fils de Dieu avec toujours le même paravent : la christianophobie. C’est vraiment un bon outil idéologique cet épouvantail de la cathophobie. Il fédère autant qu’il divise et à défaut d’offrir un avenir agit comme un ersatz de solution.

Fédérer. Avoir un ennemi ou un adversaire, quand en plus celui-ci se terre dans l’ombre pour manigancer et organiser vos turpitudes, cela fait peur et oblige à se serrer les coudes. C’est un très bon appeau. Totalement indispensable en politique et dans le domaine sportif.

Une fois l’ennemi identifié, vous pouvez par un jeu assez subtil de vases communiquant légitimer votre propre importance. Ou comment votre adversaire devient votre partenaire. Car si vous n’étiez pas une menace, pourquoi donc des attaques ? Si vous êtes appelés à être aujourd’hui un martyr, c’est parce que vous avez la Vérité, celle qui un jour va éclairer de la lumière du Christ-Roi la tendancieuse et perverse sodome Française.
C’est la raison pour laquelle toute la discussion sur le caractère offensant ou non de la pièce est totalement hors-sujet dans cette affaire. Cette représentation théâtrale n’est qu’un prétexte ; hier c’était le film la dernière tentation du Christ qui eu comme conséquence l’attentat du cinéma Saint Michel [1] et demain n’importe quel œuvre ayant un lien, même lointain avec la religion.

Les discours extrémistes remporteront toujours les suffrages d’une jeunesse en recherche de certitudes et de croisades. Cette étrange affaire éclaire aussi, par contre-jour, la difficulté des Eglises diocésaines à offrir des perspectives dignes de la soif d'idéaux des jeunes. Pourtant il suffit de relire les Évangiles.

Diviser. Devant toutes les incertitudes qui se dressent pour l’avenir de l’Eglise en France, la tentation est grande pour quelques Evêques de courir derrière Civitas. La force des intégristes et de leurs outils, reconnaissons-leur cette qualité, c’est qu’elle met à jour les profondes divisions des Evêques français.

Quand Mgr Aillet [2] appelle à redécouvrir le si beau vocabulaire des Croisades et des guerres de religion :

La christianophobie ambiante, diligentée de près ou de loin par de secrètes officines, ne semble pas atteindre outre mesure le moral de nos responsables politiques. Allons-nous revenir à une période de persécution qui dirait son nom ? Il est peut-être encore trop tôt pour le dire; en tout cas, il est du devoir de chaque catholique de défendre le Christ et la sainte Eglise.

littéralement il n’appelle pas aux violences. D'ailleurs sait-il vraiment de quoi il parle ? A-t-il vu le ou les spectacles en causes ?
Mais adresser ce message à Civitas, c’est comme demander à des hommes du milieu de vous aidez à récupérer un loyer impayé. C'est aussi savoir pertinemment que Civitas et les nombreux blogs et forums associés vont utiliser les courriers comme des trophées pour justifier leurs violences. Pour expliquer de tels propos, les Évêques signataires n’auront d’autre choix que la naïveté , la manipulation de leurs courriers par Civitas ou la justification de la violence. Cornélien tout ça.

Heureusement il y a quelques jours le porte-parole de la Conférence des Evêques de France a clairement pris ses distances avec les agissements de la FSSPX.

L'Eglise catholique en France condamne les violences perpétrées lors de récents spectacles. Elle n'est pas organisatrice de la manifestation du 29 octobre prochain. Elle promeut le dialogue entre la culture et la foi. Elle réagit quand c'est nécessaire, avec détermination, et toujours par moyens pacifiques.

En l'occurrence, la Conférence des évêques de France a communiqué spécifiquement sur Golgota Picnic, après consultation de source sûre. Elle appelle à une liberté d'expression respectueuse du sacré. Elle appelle à un échange avec les élus, concernant cet enjeu.

L'Eglise catholique en France n'est, ni intégriste, ni obscurantiste. Les catholiques aspirent, comme citoyens, à être respectés dans ce qui est le cœur de leur foi.

A propos des récents spectacles, Mgr Podvin, porte-parole de la conférence des Évêques de France, 27 novembre 2011

Le Cardinal André-Vingt Trois, Cardinal de Paris et Président de la Cef a répondu de manière moins diplomatique quelques jours plus tard sur Radio Notre-Dame :

« On ne fait pas un appel à la liberté en jetant des oeufs pourris sur les gens ou de l'huile de vidange (...) »

« On est en face de gens qui sont organisés pour des manifestations de violence, et pour obtenir, ce qu'ils ont obtenu d'ailleurs, une place dans les journaux », a jugé l'archevêque de Paris.

Interrogé sur la « bonne foi » de certains manifestants, il a fait la différence entre « les gens qui sont conscients de la stratégie » et « ce que Lénine appelait les idiots sympathiques qui servent de masse de manoeuvre. » « Ce n'est pas parce qu'ils sont de bonne foi que ce qu'ils font est juste », a-t-il ajouté. Il a aussi estimé que « leur appartenance à des groupes très politisés et très militants, y compris sur le plan religieux, ne favorise pas leur formation mais au contraire les déforme.

La Croix, samedi 29 octobre 2011

Mais un coin est une fois de plus figé dans l’unité des Evêques de France devant la condamnation de la haine. Avoir des désaccords sur la formation des séminaristes, la catéchèse ou la nouvelle évangélisation, quoi de plus normal ? Prendre faits et causes et souffler sur les braises des militants de l’extrême-droite, c’est autre chose. Après, à chacun sa responsabilité et sa conscience.

Il va y avoir une bonne ambiance cette année à la session d'automne de l'assemblée plénière des Évêques de France... qui va avoir lieu cette semaine à partir du 04 novembre.

Après avoir dans un premier temps émis des réserves sur le spectacle Gogolgotha Pic Nic, Mgr Podvin évite ainsi tout amalgame. Bien évidemment j'aimerais que cela aille un plus loin. Il y a moins d’un an, à Paris même, le Pape Benoît XVI inaugurait le Parvis des Gentils, espace de dialogue entre l’Eglise et le monde, il y a quatre ans, c’était le collège des Bernardins, autre grand lieu de dialogue avec la culture.

Quand je lis l’interview du créateur de la pièce, je pense réellement que nous avons beaucoup de choses à nous dire et à partager. On le voit bien avec les vidéos de Civitas qui circulent sur Internet. Le poids des mots, le choc des images comme ils disent. Pour contrebalancer tout cela, il ne serait pas bien compliqué de réunir quelques personnalités dont les créateurs de Golgota picnic et Sur le concept du visage du Fils de Dieu ainsi que des représentants de l’Eglise de France dans un lieu symbolique, pour montrer qu’au-delà des différences et des désaccords, les catholiques sont intrinsèquement, viscéralement, au service du dialogue et de la paix. Ou pour le dire avec les mots profanes de Voltaire (merci à Polydamas pour sa remarque sur la paternité de cette formule) « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire ». Moi je dis ça, je dis rien…

Solutionner.Le génie de la cathophobie, c’est qu’elle ne propose rien d’autres que la protestation contre toute forme de représentation du Christ ou de l’Eglise qui ne soit pas de sont propre fait. Elle cherche à privatiser alors que son ambition est la conversion de tous à une religion totalement idéologique. Paradoxal non ?

A n’exister que pour être contre, on ne s’offre rien d’autre comme fin que sa propre disparition.

La cathophobie contourne habilement l’analyse qui est le fil rouge de tous les textes des Evêques de France depuis le rapport Dagens de 1994, celui de l’indifférence. Cette réalité s’exprime pourtant quotidiennement dans la proposition catholique des sacrements du baptême et du mariage. Et ici il y a un défi façon façe Nord : pas de prises, aucunes aspérités, pas de culture ou de langage commun. C’est le grand enjeu de toute la réforme de la Catéchèse et notamment de la mystagogie.

En revanche, la cathophobie propose un sparring-partner efficace. Car pour mener une bataille, ou une guerre, c’est selon son ambition et son énergie, il faut être deux et avoir au minimum un langage commun. La cerise sur le gâteau, c'est que tout cela relève du fantasme ou de la paranoïa, ce qui permet de s'adapter à toutes les situations.

don-quichotte-geant.jpg

L'immense défi n'est pas dans l'agitation stérile devant des théâtres. Il est d'aimer ce monde tel qu'il nous est offert, ce qui est incroyablement plus complexe mais totalement incompréhensible pour une vision manichéenne de l'existence.

En guise de conclusion, j’aimerais faire remarquer le choix du journal Le Monde pour son dernier article sur le sujet. Il n’est pas traité dans la rubrique religion mais dans politique. Cela permet de regarder aussi, une fois de plus, la réalité de la FSSPX aujourd’hui.

Ils (Le Renouveau Français ndla) ont leurs entrées à l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet (Paris), dont ils assurent, de temps à autre, "la protection", avec la bénédiction de l'abbé Xavier Beauvais, prieur de ce lieu de culte accaparé depuis plus de trente ans par des militants intégristes proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, créée par l'évêque schismatique Marcel Lefebvre.

L'abbé Beauvais n'est pas un modéré. On a pu l'entendre, en mai 2009, lors d'une messe commémorative dans son église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, faire appel à la figure du dirigeant de l'extrême droite belge Léon Degrelle, rallié aux nazis pendant la seconde guerre mondiale. Dans ce prêche adressé à un parterre de militants d'extrême droite radicale, sur fond de croix celtiques stylisées au-dessus de l'autel, l'abbé n'avait pas hésité à appeler au "martyre".

Groupe Choc

Xavier Beauvais est une figure de l'Institut Civitas, qui rassemble des catholiques traditionalistes et intégristes proches de l'extrême droite et qui se présente comme "un mouvement dont le but est la restauration de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ".

Le RF joue volontiers le rôle de "groupe choc" pour l'Institut Civitas, aux manifestations duquel il s'associe, se réservant le soin d'actions plus rudes et ne dédaignant pas la violence. L'Institut Civitas a ainsi appelé à une manifestation nationale à Paris, samedi 29 octobre, contre la "christianophobie".

Cette manifestation devrait réunir toute la famille nationale-catholique. Le Renouveau français y sera bien entendu présent, tout comme l'Œuvre française, groupuscule antisémite et pétainiste.

Le Monde, Extrême-droite : la mouvance intégriste cherche sa revanche, 27 octobre 2011, Abel Mestre et Caroline Monnot

Une question demeure pour moi. Je ne partage pas l’avis de la FSSPX mais je ne pense pas que ce sont des imbéciles. Ils savent qu’actuellement leur avenir est en train de se jouer dans l’accord que leur propose Rome.

Prendre le pari d’une telle exposition médiatique, au moment même où Benoît XVI appelle une fois de plus dans son remarquable discours d’Assise à la paix et au respect entre les personnes et les religions, n’est-ce pas une manière de fermer la porte à toute possibilité de réconciliation ?

Notes

[1] Avec déjà la mise en cause durant le procès de l’abbé Laguérie, alors curé de Saint Nicolas Du Chardonnet et Dom Gérard, prieur de l’Abbaye du Barroux qui justifiera l’attentat « car leurs motifs étaient nobles ». Aujourd’hui encore la FSSPX est à la manœuvre et la rhétorique reste exactement la même.

[2] Mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres malheureusement...