Il est toujours intéressant de pouvoir offrir des perspectives et des contre-champs. De façon très simple, le Diocèse d’Evry publie un résumé des comptes du Vatican avec une très courte explication sur le fonctionnement de celui-ci.
Et propose de regarder cela sous un autre angle en mettant, de manière anodine et sans explications particulières les dépenses de fonctionnement du Conseil Général de l’Essonne.

Comme ça, juste histoire de donner un peu de relief à une présentation comptable pas spécialement sexy.

On découvre alors qu’en 2010, les dépenses de fonctionnement du Conseil Général de l’Essonne s’élèvent à 927 000 000 € et celles du Vatican à … 16 699 478 €.

La dimension financière qui n’est que rarement prise en compte dans les analyses de l’Eglise Catholique aujourd’hui, mériterait sans doute un peu plus d’attention car elle explique aussi motivations et parfois lenteurs et freins aux évolutions.

Ce que rappelle Isabelle de Gaulmyn avec cet autre chiffre :

Or Rome, ce n’est en réalité pas grand-chose. Une administration réduite à 2750 employés (…), dont une partie ne sont pas des professionnels et gérées en dépit de toute science du management, avec une promotion à l’ancienneté. Bref, souvent obsolète, faible, et très peu performant.

Qu’arrive-t-il à l’Eglise aujourd’hui ? Collectif - Lumen vitae , Bruxelles collection Trajectoires , numéro 23- p. 44

Là aussi, petite mise en perspective : la ville de Paris c’est plus de 48.000 agents et si nous prenons une structure à dimension internationale comme l’ONU, nous sommes à 44.000 personnes. Juste 16 fois plus que le Vatican.

Oui l’Eglise est pauvre en moyens financiers au regard de l’ensemble de ses missions. Bien évidemment elle est riche de tous les bénévoles sans qui rien ne serait possible aujourd’hui mais c’est aussi son talon d’Achille.

Difficile de mobiliser durablement des personnes avant l’âge de la retraite et pas toujours facile de leur demander de mettre en place des réformes de la catéchèse, d’appliquer des synodes, des regroupements de paroisses,… à un âge où beaucoup ne souhaitent pas forcément revivre ce qu’ils ont déjà connu dans leurs vies professionnelles comme adaptations et restructurations.

L’absence de moyen a aussi cette conséquence que nous manquons de DRH et d’une véritable politique de formation interne. Alors on va me dire que l’Eglise n’est pas une entreprise, que l’Esprit Saint est certifié ISO 14001, que le bon sens pastoral suffit largement et que les centres théologiques et les Séminaires foisonnent de formations…

Peut être, sans doute.

J’aimerais néanmoins apporter moi aussi mon contre-champ avec un seul exemple. Les nominations des Evêques Français depuis 1900 jusqu’à aujourd’hui montre des éléments particulièrement significatifs, notamment la profonde modification de la « politique » pastorale à partir de 1970. L’Eglise a alors suivi la même évolution que la société, avec une plus grande mobilité géographique et temporelle de ses « PDG ». Mais sans l’accompagnement nécessaire.

Car cela implique nécessairement une autre organisation, une perspective différente dans la gestion humaine, dans le rapport au temps. On ne change pas aussi brutalement de modèle sans ajustements nécessaires. De ce point de vue, la trop grande étanchéité entre sciences sacrées et profanes nous empêchent sans doute de comprendre certaines des évolutions et crispations actuelles.

L’Eglise a-t-elle seulement conscience de cela ?