Les Légionnaires du Christ, une secte ?
Un double coup de bambou. Comment qualifier différemment l’actualité de la semaine dernière à propos des Légionnaires du Christ (LC)?
A la suite des révélations sur la personnalité luciférienne du Père Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires et fleuron de la nouvelle évangélisation selon Jean-Paul II, Benoît XVI, à l’inverse de son prédécesseur, à choisi dès 2006 la mise sous tutelle de cette tentaculaire organisation ainsi que la mise à l’écart de son responsable.
Depuis, les tensions entre le Vatican et les anciens hommes clés du « système » Maciel étaient connues. Les révélations conjointes d’un journal espagnol et du directeur (démissionnaire) de l’agence d’information Zénit finissent de jeter le trouble sur la capacité de ce mouvement a se réformer.
Ce dernier jette un pavé dans la mare en pointant l’aveuglement actuel des responsables des Légionnaires mais également l’opacité financière :
Les supérieurs de la Légion avaient des preuves des différentes vies de Maciel des années avant sa mort. Pourtant, malgré la décision du Saint-Siège en 2006 (d'ordonner à Maciel de "renoncer à tout ministère sacerdotal public et à conduire une existence retirée dans la prière et la pénitence", NDLR), même après sa mort, ils ont continué à le présenter comme un exemple de vie. Ils m'ont invité à la messe célébrée trente jours après sa mort dans la chapelle du Centre d'Etudes Supérieures de la Légion. Dans l'homélie, le père Maciel a été présenté devant des centaines de religieux comme un exemple à suivre. Cela est particulièrement grave, car c'est une chose que de vouloir éviter le scandale en taisant les crimes commis, et c'en est une autre que de continuer à entretenir le mythe de sa sainteté. De plus, bien qu'il se soit passé des années depuis la sanction de 2006 et la reconnaissance publique des mensonges et crimes de Maciel, l'idée a été diffusée auprès des religieux et des proches de la Légion que la sanction pontificale était imméritée. Pour moi, c'est très grave, surtout si l'on considère tout ce que ce pape a fait pour la congrégation.
Il y a deux ans, la rédaction de Zenit a demandé au conseil d'administration que la gestion de l'agence soit complètement séparée et transparente comme garantie d'indépendance pour la suite. Zenit est une agence qui vit des dons de ses lecteurs, et doit être en mesure d'expliquer dans quelles mains passe chaque dollar donné. Et bien que le conseil ait promis de mettre sur pied la chose, dans la pratique cela n'a pas été fait. Je suis moralement convaincu que l'argent donné par les lecteurs a toujours été affecté à Zenit. Toutefois, formellement et administrativement, je ne peux pas le garantir.
La Matinale Chrétienne, du 30 septembre, La Vie, Natalia Trouiller
Ce qui du coup donne un peu plus de relief, si cela était nécessaire, avec mon billet du 9 septembre Corruption dénonçant les liens financiers toujours existants entre la Curie et la Légion à des fins de lobbying.
La présence de nombreuses dérives plusieurs années après la mort du fondateur et malgré la volonté du pape de clarifier l’ensemble des coulisses des Légionnaires pose la question du lien fondateur/fondation. Les dérives constatées sont-elles simplement le fait de l’ombre persistante de l’ancien fondateur ou est-ce l’organisation dans son ensemble qui pose un problème ?
Ce lien très particulier n’est pas nouveau : jusqu’à la fin des années 90 l’Eglise de France a été confrontée à de nombreuses crises au sein des communautés du Renouveau Charismatique où la personnalité du fondateur était très souvent mise en cause : Fondation pour un Monde nouveau, Béatitudes, Communauté du Pain de Vie, Familles de Nazareth, Communauté des petites sœurs mariales d’Israël, …
Le travail d’accompagnement et de discernement des Evêques fut notamment de faire la part des choses entre les dérives possibles de quelques responsables et la remise en cause de l’ensemble des mouvements.
En effet, les fondateurs des différentes composantes du « Renouveau Charismatique » ont toujours eu une place très particulière. Ils bénéficient d’une aura importante auprès des fidèles qui a put parfois dériver vers un statut de « gourou » [1]
L’Episcopat français créa en 1975 un service national « Pastorale et Sectes » [2] et en 1999 un groupe de travail, le groupe Gamaliel [3] avec pour but de remédier à des possibles abus dans des communautés religieuses.[4]
Dans la grande majorité des dérives, des ajustements et parfois le départ forcé des fondateurs permirent de traverser cette crise d’adolescence. Il y a eu malheureusement plusieurs cas de mouvements qui dérivèrent dans des pratiques sectaires en dehors de tout « contrôle » ecclésial, jusqu’à la scission, et bien souvent la disparition.
Même si la définition même d’une secte reste un perpétuel débat, notamment en raison du caractère polymorphique des groupes en présences, plusieurs éléments permettent de constituer un faisceau d’indices facilitant l'identification : manipulation mentale des adeptes, organisation pyramidale et centralisation du pouvoir aux mains d'une personne avec autorité charismatique, extorsion de fonds ou encore le fait que la doctrine se présente comme exclusive.
Des éléments qui devraient alerter sur l’actuelle situation des LC.
Pour aller plus loin, je vous conseille très fortement la lecture de l’intervention de Xavier Léger, ancien Légionnaires du Christ lors du Congrès de l’ICSA (Association Internationale d'Etudes sur les Sectes) en juin 2011 sur les phénomènes sectaires dans l’Eglise Catholique, plus particulièrement chez les LC.
Car plusieurs personnes ont déjà franchi le pas de parler de secte au sujet des LC. Et non des moindres.
Dans un article de 2010, Next Acts in the Legionary Drama, Georges Weigel[5] envisageait très sérieusement la dissolution comme seul remède efficace de ce qu’il considère comme une organisation aux pratiques sectaires.
Alors secte ou pas secte ?
C’est maintenant aux nouveaux responsables de la Légion de prouver le contraire.
La nomination hier de Jaime Rodriguez comme nouveau secrétaire général n'est pas le signe d'un grand renouveau : comme l'explique Natalia Trouiller dans la revue de presse de la Vie de ce matin, son histoire démontre qu'il est un pur produit de l'ancienne direction.
Notes
[1] Lire à ce sujet le livre Les communautés nouvelles: nouveaux visages du catholicisme français d’Olivier Landron, page 160 et suivantes
[2] Qui devint en 1994 « Pastorale, sectes et nouvelles croyances »
[3] Voir l’article de Xavier Ternisien dans Le Monde du 27 janvier 2001, « Enquête sur les dérives sectaires au sein de l’Eglise catholique »
[4] Voir également le livre Les Naufragés de l’Esprit, des sectes dans l’Eglise catholique, Thierry Baffoy, Antoine Delestre, Jean-Paul Sauzet, Seuil, 1996 qui eut un impact très important sur la prise de conscience de l’Eglise des dérives sectaires possibles
[5] Universitaire et écrivain catholique, connu notamment pour sa biographie de Jean-Paul II et de Benoît XVI (excellente au passage)

























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