Deux mois après un premier communiqué sur la présence de l’abbé Laguérie dans le Diocèse de Poitiers, voilà que Mgr Pascal Wintzer est obligé de reprendre la plume pour demander un peu plus de sérénité dans un diocèse marqué par les nombreuses rumeurs ; tant sur le futur Archevêque que sur la présence de la maison mère de l’institut du Bon Pasteur.

Il faut dire que l’omniprésence médiatique de l’abbé Laguérie [1] dans les médias locaux ne facilite pas le calme.

Mais il suffit de prendre un peu de recul pour constater que finalement il n’y a pas péril en la demeure et pour cela, relisons ensemble ce communiqué en date de 1977 de l’Evêque de Poitiers Mgr Joseph Rozier [2].

Une petite mise en perspective tout d’abord pour mieux comprendre l’ambiance générale. Le 22 juillet 1976, Paul VI frappe Marcel Lefebvre d'une suspense a divinis [3] et demande la dissolution de la FSSPX.

Le 27 février 1977, occupation par la FSSPX de l’église parisienne Saint Nicolas du Chardonnet et le 11 août le Père Pierfranco Pastore, sous-directeur de la salle de presse du Vatican confirme que Paul VI refuse d’accorder un entretien à Mgr Marcel Lefebvre.

Communiqué de Mgr Rozier à propos de la venue à Poitiers de Mgr Lefebvre.

La venue prochaine à Poitiers de Mgr Lefebvre vient d'être annoncée. Il est attendu au château de la Roche de Bran à Montamisé, pour présider une messe solennelle célébrée par M. l'Abbé Marot récemment ordonné à Ecône. Il doit ensuite inaugurer à Poitiers un lieu de culte au service des « traditionalistes ».

Ces manifestations « religieuses » se situent dans des conditions qui en rendent évident pour tous le caractère illégitime.

Mgr Lefebvre, malgré l'interdiction formelle du Pape, a procédé à l'ordination de plusieurs prêtres. M. l'Abbé Marot a été ordonné contrairement à toutes les règles de la tradition du Droit Canon, sans aucune consultation de l'évêque de son diocèse d'origine.

L'ordination et le ministère presbytéral n'ont de sens et de valeur que par rapport à l'Eglise dont ils signifient et servent la mission.

Aucun caractère d'Eglise n'est à reconnaître à l'entreprise de Mgr Lefebvre, ni aux actes, fussent-ils sacramentels, ni aux démarches qu'elle comporte. L'esprit dans lequel elle s'exerce en désobéissance ouverte à la volonté du Pape, en opposition formelle avec tous les évêques, permet de parler de rupture de communion.

Les prêtres ordonnés par lui se trouvent dans la même situation: ils sont « interdits » (au sens canonique du mot) de tout ministère sacramentel et de toute fonction pastorale.

En outre, prendre l'initiative, sans aucune consultation ni autorisation préalable, d'ouvrir un nouvel édifice religieux desservi par des prêtres sans mandat, ce n'est pas seulement créer un nouveau lieu de culte c'est instaurer une « autre » Eglise.

Qu'on pense aux 4000 pèlerins du diocèse qui vont partir pour Lourdes, aux milliers de pèlerins attendus dans les pèlerinages locaux, à Notre-Dame de Pitié, à Beauchêne, à Celles-sur-Belle, à Rinton, aux nombreuses récollections et sessions organisées dans le cadre des mouvements apostoliques et des services, aux professions religieuses qui sont célébrées ces temps-ci dans certaines communautés; à la multitude des regroupements des communautés chrétiennes dans les paroisses; à toutes les messes qui chaque dimanche et chaque jour sont célébrées selon l'esprit et les normes du Concile: tout cela dit clairement où est la vie du peuple chrétien, où est la mission, où est la fidélité... et où est l'Eglise.

Joseph ROZIER,
Evêque de Poitiers.

P.S.: cette mise en garde vaut pour la messe organisée dans le cadre de la journée chouane à Chiré-en-Montreuil, manifestation dont le but, par surcroît, est visiblement politique.

La Semaine religieuse de Poitiers, 27 août 1977

Notes

[1] et de son kir !!!!

[2] Evêque du Diocèse de Poitiers de 1975 à 1994

[3] Sanction pénale du droit canonique qui prive un clerc de son office