J’ai lu dans Libération du 29 juillet 2011 un papier autour de l’homicide du sacristain de la Cathédrale de Montpellier, un bénévole de 73 ans. Un sordide fait divers et une enquête qui un an après les faits tourne en rond. La nouvelle de son meurtre a précédée de peu celle de son homosexualité et de ses amants paroissiens, bref, un beau gros bazar au sein de la communauté catholique locale.

Et je tombe en arrêt sur ce passage lourd de préjugés :

La nouvelle de son décès s’accompagne de celle de son homosexualité. «Un problème, résume un membre de la communauté. On aurait dû s’en douter, car chez lui c’était meublé avec grand soin, ce qui est souvent un indice des personnes qui ont ce genre de problème.»

Enquête égarée en l’église de Montpellier, Ondine Millot, Libération le 29 juillet 2011

Je fais tout de suite le lien avec une autre affaire très récente en Espagne, où un prêtre essaye de prouver son hétérosexualité à la suite de la divulgation d’une photographie laissant penser le contraire [1].

La réponse du diocèse est aussi simple que consternante : elle lui demande de faire un test de dépistage du SIDA. Evidemment, c’est bien connu, tout les gays sont porteurs du virus du SIDA. Et donc s’il n’a pas le SIDA, il n’est pas gay. CQFD.


Voici donc deux exemples tirés de l’actualité de la semaine dernière. Ils ne sont pas aussi anecdotiques qu’on pourrait le croire et il est possible de les multiplier rien que sur les 6 premiers mois de 2011. Entre l’abbé de la Morandais qui nous explique qu’il n’aime pas voir deux « pédés » danser ensemble, Mgr Demetrio Fernández, évêque de Cordoue qui pense que l’UNESCO aurait un « plan pour que d'ici vingt ans, la moitié de la population mondiale soit homosexuelle », Mgr Arduino Bertoldo, évêque émérite de Foligno qui considère que les parties fines de Berlusconi ne sont finalement pas si grave au regard de l’homosexualité car le Président du Conseil Italien lui au moins « ne fait pas offense à la loi naturelle, il suit la nature. »,…

Bref, on va s’arrêter là, il n’est pas nécessaire de rouvrir les archives et de reprendre toutes les déclarations depuis 15 ans, de A comme Anatrella à S comme Scatizzi.

Pour une très analyse très complète, éclairée et construite du binôme homosexualité/Eglise, je vous recommande l’excellent essai de Madame Claire Lesegraintain sur cette question. [2]

Mais justement, en relisant ce livre, je constate combien en quelques années les jugements sont plus tranchés, souvent border-line avec l’homophobie. Combien l’Eglise est encore porteuse, à tous les niveaux, d’un discours difficilement justifiable.

Que l’Eglise exprime son opinion sur les revendications autour du mariage gay ou de l’adoption c’est son droit, mais pour le reste, il me semble difficile d’être « contre » l’homosexualité ; cette « position » ressemble trop au reliquat d’une ancienne toute puissance morale sur les consciences. Que l'Eglise parle de l'homosexualité d'accord, mais ne serait-il pas possible d'avoir des mots plus justes, moins jugeants ?

J’aimerais aussi rappeler qu’il ne s’agit pas d’une discussion théorique façon « Quelle est la vitesse de Dieu en plein vol » ; derrière les mots il y a des jeunes qui se cherchent, se découvrent, se questionnent et la consultation du taux de suicide chez les jeunes homos devrait être une invitation à une plus grande prudence dans le vocabulaire.

Bien sûr l’Eglise ne doit jamais sombrer dans un politiquement correct, essayant de s’adapter à l’air du temps. Elle a en revanche le devoir d’éclairer sa conscience et dans ce domaine peut être serait-il bon qu’elle ouvre un peu plus la porte aux acteurs de terrains, spécialistes des différentes écoles psychiatriques et psychologiques, associations, personnalités. L’ordination n’étant pas une garantie de Vérité absolue, elle ne serait réduire le champ de ses consultations à deux personnes du sérail.

Un discours qui ne propose comme alternative que l’abstinence ou la « conversion » à l’hétérosexualité n’est ni défendable, ni réaliste.

Pour notre Eglise il y a urgence, car cette question va très certainement resurgir lors de la prochaine présidentielle à travers les propositions PS et UMP de permettre ou non une union civile. A elle d’être au rendez-vous en accordant sa parole à la mission que lui confie le Christ, celle d’accueillir toute l’humanité, bien au-delà des différences.

Il est donc peut être temps de relire le théologien moraliste Xavier Thévenot qui à la suite de sa thèse sur l’homosexualité a ouvert pour l’Eglise de nouveaux horizons qui semblent aujourd’hui un peu obstrués.

Ma première réaction est de dire : n'utilisez jamais le terme homosexuel comme un nom commun mais toujours comme un adjectif. Pourquoi ? Tout d'abord pour respecter au mieux la dignité de cette personne qu'est votre fils. Dire de lui qu'il est homosexuel, c'est réduire sa personnalité à ce seul trait psychologique. Or une personne ne peut pas être considérée comme une chose sur laquelle on colle une étiquette...

A la différence d'un ordinateur, elle n'est ni programmable, ni déjà programmée. Elle est un être unique et mystérieux. Et si je veux avoir quelques chance de la connaître, il me faudra manifester envers elle un respect infini ; ce qui signifie, entre autres, que je ne dois jamais prétendre savoir à sa place ce qu'il est de sa conscience, de ses motivations, de ses choix.

C'est pourquoi il est préférable d'utiliser le terme homosexuel comme adjectif : cette personne est une personne homosexuelle. Pour être tout à fait juste, l'idéal serait même de dire : la sexualité de telle personne est d'orientation homosexuelle.

Xavier Thévenot
Mon fils est homosexuel ! Comment réagir ? Comment l'accompagner ?
p. 13 et 14
Edition Saint-Augustin, collection L'aire de famille - sept 2001

Notes

[1] je vous laisse découvrir par vous-même la proposition du prêtre…

[2] Les Chrétiens et l’homosexualité, l’enquête, Claire Lesgraintain, Paris, Presses de la Renaissance, 2004. - 408 p., 22,00 €