
Que les cardinaux élisent un jour un pape noir, c’est un marronnier [1] qui à chaque élection d’un souverain pontife occupe au moins une page complète dans nos journaux. Cela serait effectivement la marque de la part de l’Eglise d’une volonté d’ouverture sur le monde, sur un continent où la Foi se développe et qui aujourd’hui apporte un soutien important à une grande partie de l’europe occidentale par la présence de prêtres Fidei Donum [2]
Même Benoît XVI est d’accord avec moi, ou moi avec lui, cela fera moins prétentieux, en déclarant au crépuscule de sa vie d’Evêque que l’élection d’un pape noir « serait un signe positif pour toute la chrétienté. »
Alors qui ? Le Nigérian Francis Arinze ? Un peu trop vieux peut être mais il fut papabili à une époque. Le Ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson ? Jeune et dynamique, rapporteur du dernier synode romain sur l’Afrique, lui-même pense que c’est possible : « pourquoi pas un pape africain si Dieu le veut ? »
Cependant la question ne se pose pas aujourd’hui, Benoît XVI étant semble t-il en bonne santé.
Mais ce vieux serpent de mer est d’actualité par la magie de Photoshop et de l’imagination décidemment très fertile de l’agence de communication BETC Euro RSCG qui lance une campagne très sympa sur le thème du « avec nous, vous ne raterez aucun des grands moments qui font l’histoire ».
Un pape noir serait-il parmi ses « grands événements qui, s’ils se produisaient, transformeraient la face du monde. » dixit I-télé.
Bon déjà il parait que cela ne serait pas nouveau. C’est pas moi qui le dit c’est Wikipédia. Il semble qu'il y a déjà eu des papes Africains, au moins deux. Mais ne chipotons pas.
Oui évidemment cela serait un événement aussi important que l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche, cela sortirait sans aucun doute l’Eglise de ses bonnes vieilles habitudes d’élection de papes italiens [3] et européens.
Symboliquement cela serait extrêmement fort. Visuellement aussi d’ailleurs, parce que noir sur blanc, ben c’est plus sympa que blanc sur blanc. Oui je sais c’est pas le plus convaincant des arguments, mais cela en est un quand même.
Mais pour le reste, je ne pense pas que cela changerait vraiment la face du monde. D’abord parce qu’un pape n’est pas l’Eglise à lui tout seul, il en est la figure visible et le puching-ball mais il doit néanmoins composer avec l’ensemble des sensibilités existantes.
Ensuite parce qu'un pape noir n’est pas vraiment une garantie d’une plus grande ouverture d’esprit. La bêtise humaine est tout sauf raciste et elle se partage très équitablement entre les différents continents. Enfin la perception d'une église africaine plus moderne, simple et progressiste que celle du vieux continent relève d'une mauvaise connaissance des cultures et pastorales.
Tout cela relève du fantasme et de l’image : un pape noir serait une évolution, mais sans doute pas une révolution de la vie de l’Eglise et encore moins La solution aux difficultés qu’elle peut avoir aujourd’hui pour envisager son avenir en Europe.
Cela relève de la même logique que brandir le mariage des prêtres ou la réaffirmation identitaire comme solution miracle de tous les maux ecclésiaux.
Il n’y a pas de remède merveilleux, juste une voie étroite serpentant entre l’écoute d’un monde qui change et la radicalité de l’appel à la conversion.
Notes
[1] En journalisme est un article d'information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible. définition wikipédia.
[2] prêtres envoyés dans d’autres continents, mais qui restent attachés à leur diocèse d'origine et y reviennent après plusieurs années passées en mission
[3] sur 265 papes, 208 étaient italiens….


4 réactions
1 De Mike - 18/12/2010, 08:32
Oui, il y a déjà eu deux papes africains, mais ce n'était pas des noirs. D'ailleurs c'est le premier d'entre eux qui a introduit le latin dans la liturgie de l'Eglise romaine pour remplacer le grec. Un pape noir, pourquoi pas, mais ceux qui le reclament le plus ne savent peut-être pas que les evêques africains sont sans aucun doute les plus conservateurs de toute la chrétienté
2 De Bashô - 19/12/2010, 16:03
"la perception d'une église africaine plus moderne, simple et progressiste que celle du vieux continent relève d'une mauvaise connaissance des cultures et pastorales" Je suis tout à fait d'accord. Si vous entendiez ce que disent des clercs africains sur le traitement à réserver à certains "déviants"...
3 De Allegro - 21/12/2010, 18:25
D'accord avec ces deux commentaires... Beaucoup d'évêques africains sont plus romains que Rome, et plus tradis que les tradis, souvent parce que leur regard de chrétien reste un regard de la tradition africaine coutumière.... En revanche, un latino-américain? N'ayant pas d'expérience de ce continent, je ne saurais le dire, mais ceux qui vont là-bas rentrent impressionnés par la vitalité et le fonctionnement des communautés.
4 De Fred - 23/12/2010, 01:32
Moi je crois que le divorce entre l'occident et l'Eglise est consommé définitivement un pape africain indien ou latino ça n'y changera rien ...certes il ne faut pas être fataliste il faut continuer à trouver d'autre moyen d'évangéliser... après tout même le Christ a évangélisé jusqu'à la croix en sauvant le bon larron en interpellant les femmes d’Israël et Pilate mais soyons lucide et sachons lire les signes du temps ...on est à Gethsémani...la kénose de l'Eglise ne fait que commence ..l'agonie de l'Eglise commence et sera longue et douloureuse ...et puis viendra la croix proprement dit.
Catéchisme :
''675"Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22)."
677 L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).''