C’est un peu la réponse involontaire du berger à la bergère.
Hier le journal La Croix publié un article sur les difficultés financières des diocèses français en posant cette question : « Faut-il une situation d’urgence ou une communication choc pour mobiliser la générosité des fidèles à l’égard du denier de l’Église ? »
Développement et professionnalisation des campagnes de communication, pédagogie autour de l’utilisation des dons, mutualisation des moyens, les diocèses font pourtant de très gros efforts pour tenter de maintenir les dons qui seuls permettent aujourd’hui et bien plus demain de transmettre et de proposer la Foi.
Et c’est peut être ça justement le problème.
Ce que résume très bien Laurent Charignon, économe [1] du Diocèse de Lyon « L’enjeu est de faire comprendre aux catholiques qu’ils doivent soutenir la structure s’ils veulent avoir quelqu’un derrière la porte lorsqu’ils se rendent dans une paroisse. Tous ne font pas encore le raisonnement et sont plus séduits par une culture du contrat : “je demande un service, je le paie. ».
Oui, mais une fois que la porte est ouverte, on fait quoi ? Soutenir la structure, c’est encore se focaliser sur de la technostructure. Tant que nous n’aurons pas compris deux choses, nous stagnerons sur cette question de la participation des fidèles à la vie matérielle de l’Eglise.
- Les jeunes ne sont pas moins généreux que les plus anciens, mais ils sont plus enclins pour soutenir un projet.
- L’absence de conscience diocésaine relève sans doute d’une organisation et d’un maillage territoriale qui a inévitablement comme conséquence la construction de chapelle privée.
Le don à l’Eglise est un problème pastoral. Et après seulement un problème de communication.
Si les catholiques participent si peu, c’est au moins autant en raison de l’absence de projet et de perspectives que du manque de vie diocésaine.
Cela me rappelle une discussion avec un Évêque croisé à Lourdes il y a quelques années. Je lui demande assez innocemment quel sont les projets ou les perspectives dans son diocèse. Il me jette un regard interrogatif et me jette tout de go « Mais ma seule mission, c'est de rendre présent et d'annoncer le Christ ressuscité ! ». Et vu le ton employé, ma question était donc déplacée... A l'inverse, si un homme politique répondait à cette question en disant « Mais ma mission, c'est la satisfaction de l'intérêt général » en penserait que c'est Ségolène Royal ou qu'il n'a rien à dire, si un homme d'affaire répondait « Mon but c'est de faire du fric » on lui demanderai de développer un peu.
Dire aujourd’hui qu’il est nécessaire de donner à l’Eglise pour assurer le service civil des baptêmes et des mariages n’a plus aucun sens, car c’est encore réfléchir au contenant [2]
Mais revenons à nos moutons. Et à la bergère.
La communauté des Moines et Moniales de St Joseph lancent la construction d'un monastère en style roman près de Béziers et pour ce faire ils en appellent à la générosité des fidèles.
Pour soutenir et diffuser largement leur message, ils viennent de lancer un lipdub qui en plus d’être original est juste génial !
Alors on va me dire, mais Marc, c’est juste de la com’ ça. Oui c'est de la com', mais pas seulement.
Allez ensuite faire un tour sur leur site internet et prenez le temps de lire l’ensemble des rubriques. On sent tout de suite qu’il ne s’agit pas juste d’un bâtiment, qu’il y a un désir, une envie, de l’ambition, des projets.
Il ne faut pas sous estimer le besoin que nous avons de voir, de matérialiser notre don et notre temps.
Leur espace internet est d’une richesse incroyable, il est possible de suivre l’état d’avancement des travaux, d’avoir une documentation complète sur le budget, de savoir combien il manque encore, un carnet de travaux,...
Je vais peut être m’avancer un peu, mais je suis sûr qu’ils vont très vite trouver la somme nécessaire pour finir leurs travaux.
Ce dont l’Eglise a aujourd’hui le plus besoin, c’est de nouveaux bâtisseurs, de projets communs, de souffle et de courage, de volonté d’associer l’ensemble des chrétiens. Vous pourrez faire toutes les campagnes de communications, avec des budgets comparables à celui de Microsoft ou Nike, si le message perçu reste «il faut nous aidez à continuer à faire ce que nous faisons aujourd'hui », cela n'aura aucun effet.
«Au lieu de raturer sur un passé que l'on ne peut abolir, essayez de construire un présent dont vous serez ensuite fier.»[3]
Bon autrement pour une voûte, après déduction fiscale c'est 68 €. Allez c'est bientôt Noël 
- Site Internet des Bâtisseurs de Monastère
- Comptes Twitter des Frères Philippe et Dominique moine de la Famille de Saint Joseph


9 réactions
1 De Frère Dominique - 10/12/2010, 08:07
Le Seigneur t'entende !
merci pour la présentation !
2 De esperedansles - 10/12/2010, 09:36
Il me semble que tu as raison;le pb est d'abord pastoral;nos pasteurs doivent avoir des projets lisibles par chacun; un autre souhait, proposer 1 ou 2 fois par an, des réunions de prière en doyenné:la veillée pour la vie organisée dans les diocèses en union avec Benoît-XVI aurait pu par ex. être programmée dans chaque église de doyenné.
Dans mon diocèe on a fait un gros appel au don pour la rcf locale, j'y ai investi plus que de coutume, et ma déception est ensuite d'y avoir entendu d'un pasteur réformé, affirmer dans une homélie la non-virginité de Marie,après la naissance du Christ.
3 De Tigreek - 10/12/2010, 13:16
@ esperedansles : il me semble que RCF signifie Radio Chrétienne Française... Les protestants y ont également leur place et leur voix, même si vous ne l'approuvez pas. Mais peut-être étiez-vous mal informé du caractère oecuménique de RCF ?
Quant à la nécessité d'un projet pour attirer le financement, pour revenir au sujet, il me semble que c'est effectivement une bonne chose mais ce n'est pas tout. Dire que l'Eglise vit uniquement grâce aux dons, ça fait partie de la conscience que doit avoir chaque croyant...
4 De Koz - 10/12/2010, 18:44
Tigreek, apparemment, le pasteur non plus n'en était pas informé
5 De Marc - 10/12/2010, 21:07
@Tigreek : euh attention, j'explique notamment le manque de dons par l'absence de souffle et de projet, le but n'est pas de faire des projets pour attirer des financements, il ne faut pas prendre les choses dans ce sens, je pense que l'Eglise ne doit pas avoir comme but la séduction.
@esperedansles et Koz : mais les protestants ne croient pas au dogme de l'immaculé conception non ? (ce qui n'est pas tout à fait la même chose que la non virginité
)
6 De Tigreek - 13/12/2010, 13:59
@Koz : effectivement, c'était maladroit (pour ne pas dire malheureux) de la part du pasteur... Le dialogue oecuménique n'est pas chose facile, et les propos blessants se trouvent souvent où l'on ne s'y attend pas.
@Marc : pardon, j'ai tourné ton propos dans l'autre sens... Ce n'était pas ce que je souhaitais... Le manque de dons n'est-il pas aussi explicable par la multiplicité des organismes et mouvements qui sollicitent les fidèles ? Je ne compte plus le nombre de dimanches où le curé nous dit "à la sortie, vous aurez une quête pour..." ; est-ce que ces différents mouvements ne réduisent pas d'autant le don qui est fait lors de l'offertoire ?
@Marc en réponse à esperedansles et Koz : il est question de la virginité de Marie après la naissance du Christ, si je relis bien. Autrement dit, l'hypothèse selon laquelle Jésus aurait pu avoir des frères et soeurs (enfin, demi-frères et demi-soeurs).
7 De Léa - 13/12/2010, 18:43
Qui dit logique de projet dit charge considérable de boulot pour illustrer, communiquer, justifier... D'ailleurs le site que vous montrez en est un parfait exemple. Qui va s'en charger?
Du reste, cette histoire de projet aboutit à du court terme, et souvent du refus de financer ce qui prend du temps, ne se voit pas, n'est pas "efficace"...
Bien sûr c'est motivant un "projet". Mais où est la construction? Où est la patience? Une fois le monastère construit, les donateurs voudront-ils bien en financer le quotidien, tellement moins spectaculaire?
La logique de projet a un côté stimulant. Mais on le voit dans les entreprises (car c'est de là qu'elle vient) : elle a tué le relationnel, le temps gratuit, le droit à l'erreur, le droit d'allonger les délais parce qu'une expérience humaine et/ou spirituelle ne rentre jamais dans des plannings et autres bilans d'étape... J'espère que l'Eglise saura ne pas sombrer là dedans.
Pour moi l'Eglise est une famille. Et là j'ai l'impression que on vient me dire quelque chose du genre "comme vous ne voulez plus entretenir vos enfants par affection/devoir/engagement... on vous autorise à les payer en fonction de leurs notes à l'école et de leur comportement". Voir l'Eglise évoluer en ce sens, moi ça me désole.
8 De Marc - 13/12/2010, 20:23
@Léa : je pense que les deux choses sont conciliables, cad à la fois une église où le temps n'a pas la même valeur, où la logique de planning et de compte-rendu n'est pas déterminante, mais aussi une église qui se donne les moyens d'offrir aux donateurs, mot sans doute à entendre au sens large, comme toute la communauté des personnes qui donnent du temps ou de l'argent à l'église une visibilité de leur don sur la mission de l'église.
Car il y a un juste équilibre à avoir entre une église qui encore trop souvent sur la recherche de dons à le message suivant : "nous faisons x baptêmes, y mariages par an, pour pouvoir continuer, merci de nous soutenir" et qui donc ne donne pas spécialement envie et conserve une certaine opacité sur ses ambitions et projets, souvent d'ailleurs car on navigue à vue et une église qui deviendrait une pme.
Enfin il faut pds en compte l'évolution globale du "marché du caritatif" (désolé pour le terme un peu barbare mais tellement réel...) : toute les associations qui demandent des dons travaillent pour offrir de plus en plus de visibilité sur les dons, rendent compte de leurs réalisations, de leurs projets, de leurs ambitions. L'Eglise ne vit pas en dehors du temps ou de la société, elle doit aussi pds conscience de ce type d'évolutions lourdes et essayer de s'adapter, à défaut d'être un jour la seule à n'offrir qu'un camembert dépenses et recettes bien insuffisant à satisfaire la curiosité et l'envie des donateurs.
9 De Bert' - 17/12/2010, 23:35
Je partage un peu l'avis de Léa.
Oui on peut parler de certains projets pour aider à attirer le chaland.....mais pas à le maintenir. Tous les prêtres ne bâtissent pas des cathédrales, mais beaucoup font des choses moins "sexy" et moins quantifiables et matérielles comme écouter, parler de Dieu aux enfants, aux malades, aux personnes qui vont se marier, célèbrent des messes etc...etc...
Peu de gens savent ce qu'est la vie d'un prêtre au quotidien : c'est peut être là dessus qu'il faut communiquer pour que les chrétiens (mais les non chrétiens sont les bienvenus pour donner) sachent pour qui ils donnent.
On pourrait peut être faire des campagnes à mon sens rigolotes, en mettant en scène des prêtres en disant que Non ils ne vont pas bâtir des Cathédrales, non il n'ambitionnent pas de relier la France du Nord au Sud et d'Est en Ouest par des bougies afin de faire une croix visible par les martiens, mais qu'ils sont là pour nous, tous les jours, à nous aider dans notre vie de chrétien et que ça, ça a un prix !
Quoiqu'il en soit : le problème de l'argent doit être à mon sens beaucoup plus évoqué par les prêtres eux mêmes pourquoi pas dans leurs sermons de façon claire, du moins avec moins de gêne que maintenant !