Je ne suis pas favorable à l’adoption d’un enfant par une personne célibataire.

Car pour moi, ce qui fonde toute décision par rapport à un enfant, c’est son intérêt. Bien évidemment je suis capable de comprendre le souhait pour une personne d’élever un enfant. Je suis d’ailleurs certain qu’un célibataire a toutes les compétences nécessaires, l’attention et l’amour nécessaire pour faire grandir un enfant et le faire devenir un homme ou une femme.

Oui mais voilà, moi ce qui me préoccupe, c’est le désir de l’enfant, pas celui de l’adulte. Son premier désir, cela va être justement de voir de quel désir, de quel amour il vient. Qu’est-ce qui est à l’origine de sa naissance ? Un besoin d’enfantement ? Un désir de paternité ?

Un enfant, c’est justement un immense désir qu’il va falloir guider, accompagner, parfois réprimer.

Un désir de toute puissance notamment. Ce besoin physique de la possession. Il faut le voir pour le croire, tellement les jeux psychologiques à l’œuvre dans la maturation d’un p’tit bonhomme sont subtils et contraignants.

Permettre l’adoption par une personne seule, c’est prendre le risque de la satisfaction de cette toute puissance. C’est symboliquement faire découvrir à l’enfant que le désir de son parent, au-delà de la biologie, des réalités anthropologiques, peut suffire à lui donner la vie.

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Car un enfant qui va grandir au sein d’un couple, va devoir très tôt, découvrir cette réalité qu’il ne peut être la totalité. Il ne peut être l’un et l’autre du couple. Il a un sexe, qui est déterminé biologiquement. Pour être un couple, il faut être deux. C’est le premier renoncement à la toute puissance, à la totale maîtrise. Découverte également que c’est le désir du couple l’un envers l’autre qui était postérieur au désir de l’enfant.

En autorisant l’adoption par une personne célibataire, on permet à l’enfant de vivre dans une projection de sa toute-puissance et on raye d’un trait de plume la différence des sexes comme réalité. Pour naître, le sexe est indispensable biologiquement, pour vivre, seul l’amour d’une personne suffit ? D’ailleurs l’enquête pour l’obtention de l’agrément ne s’y trompe pas en recherchant plus particulièrement dans le cas d’un célibataire la présence d’un “référent” du sexe opposé.

C’est s’asseoir sur l’ensemble de la psychiatrie qui reconnaît à la différenciation sexuelle une base de compréhension des rapports humains et une place centrale dans l’éducation : au moment du maternage, de la sortie nécessaire de fusion rendue possible par le père, de la découverte que l’enfant n’est pas l’unique objet du désir,…

Je « crois », dans une certaine mesure, au rôle symbolique des corps et des personnes dans l’éducation.


Oui mais voilà, l’adoption par une personne célibataire est possible dans notre droit français. Il faut savoir être pragmatique, même, et surtout, dans les grands débats d’idées. Cette réalité juridique ne soulève d'ailleurs aucun débat aujourd'hui.

Une décision assez récente nous le rappelle. Il est possible pour un célibataire d’adopter un enfant et tout refus doit être motivé. Ce que confirme le Tribunal administratif de Besançon dans un jugement de 2009 opposant un couple de lesbiennes au Conseil Général du Jura refusant l’agrément ouvrant droit à l’adoption au motif de son homosexualité, critère jugé discriminatoire par le Tribunal.

C’est donc la fin d’une formidable hypocrisie vieille de plus de 20 ans. La France n’interdit pas en effet l’adoption par un couple homosexuel. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Gouvernement français qui expliquait cela benoîtement devant la CEDH (je me demande si Christine Boutin était au courant que son Gouvernement soutenait ça devant la cour…). Seulement, c’est ballot, en 20 ans, aucun couple homosexuel candidat à l’adoption n’offrait les garanties d’équilibre et de stabilité exigés pour cet agrément, préalable indispensable à ce qu’un jeune enfant adoptable leur soit confié en vue de l’adoption. C’est dingue, parfois, les probabilités…


Premier agrément à l'adoption donné à un couple homosexuel, Journal d’un avocat

Car si mes propos précédents ne sont que l’expression de mon avis, forcément subjectif et très légitimement et facilement critiquable, il est un autre élément qui ne supporte aucune contradiction, ces trois petits mots qui sur le haut de nos mairies nous rappellent ce qui fonde notre vivre ensemble : liberté, égalité, fraternité.

Au nom de cette égalité, parce que notre droit permet à des célibataires l’adoption d’un enfant, sans que cela ne pose aucune question à personne sur l’intérêt de l’enfant ou l’équilibre du demandeur, je suis pour l’adoption des couples homosexuels en France.

C’est une question de cohérence et d’égalité entre les personnes.

Alors finalement, suis-je pour ou contre la possibilité pour un couple gay ou lesbienne d’adopter ? Sur le plan des idées, je suis très très réservé, tant pour des questions de repères symboliques et psychologiques que vis-à-vis d’un « droit à » où la question de l’intérêt de l’enfant semble absent.

Mais il me semble essentiel qu’un tel débat ne fasse pas l’impasse sur la réalité juridique de cette question, au risque d’un total aveuglement. Invoquer l’intérêt de l’enfant dans le seul cas des couples homos, c’est scier la branche sur laquelle on se pose.


Pour un vrai débat c'est :

Le samedi 25 septembre de 11h30 à 13h00 avec

  • Stéphane Lavignotte, pasteur de la Mission populaire évangélique
  • Jean-Philippe Pierron, philosophe