Faut-il un nouveau Concile ?
Le journal La Vie organise du 23 au 25 septembre, à Lille, les 1er, et sans doute pas les derniers, Etats Généraux du Christianisme.
L’idée, en gros, c’est de pouvoir débattre, se rencontrer, discuter autour des grandes questions qui traversent aujourd’hui l’Eglise et la société.
Jean-Pierre Denis explique cela très bien, y’a un blog avec tout pleins d’infos, je ne vais donc pas en remettre une couche, allez faire un tour là-bas.
Ce qui a le plus retenu mon attention, ce sont les 30 sujets des débats qui vont être organisés durant les 3 jours.
Pour essayer de vous motiver un peu, j’ai décidé d’ergoter joyeusement sur 10 sujets (et c’est les vacances quand même !!!) et cela jusqu’à l’ouverture des Etats Généraux.
Je laisse les commentaires ouverts mais pour un débat plus riche, je vous invite fortement à allez faire un tour sur le site de la Vie où des espaces de discussions existent pour chacun des sujets. Je laisse l'ensemble des détails à la fin de ce billet.
Premier sujet, non des moindres, Faut-il un nouveau Concile ?

A l’intitulé de la question, ma réaction immédiate, c’est aussi et surtout la question du quand ? Car là où les plus progressistes vont y voir une référence implicite au Concile Vatican II et sa formidable ouverture au monde, les plus conservateurs au contraire se réjouiront autour d’une réédition de luxe du Concile Vatican I.
Car un Concile ne doit pas se penser en dehors du monde, de l’influence des Cardinaux et de la Curie. Tous les chemins mènent à Rome ? Simple hommage d’une époque pour ses via romana ou manière déguisée de dire que le peuple Romain est fait de personnes de toutes les moralités ?
Une seule affaire pour s’en convaincre, celle autour de la protection dont a bénéficié pendant plus d’un demi-siècle de la part d’une partie des Cardinaux Romains le supérieur des légionnaires du Christ. La Curie, aussi étrange que cela puisse paraître vit assez indépendamment de son pape mais a pourtant une très grande importance dans la gestion courante des affaires de l’Eglise.
Paul VI la décrit comme une « bureaucratie prétentieuse et apathique, uniquement canoniste et ritualiste, un champ clos d’ambitions cachées et d’antagonismes feutrés ». Benoît XVI a lui aussi eu l’occasion dans son homélie du 7 mai 2006 de dire tout le bien qu’il en pensait. En plus de 30 ans de travail au sein de la Curie il sait de quoi il parle… mais pourtant, la grande réforme tant attendue n’a pas eu lieu et ne figure pas dans les priorités de Benoît XVI pour la dernière partie de son pontificat.
Enfin, après j’arrête de faire mon protestant de service, l'élection par les Cardinaux du pape Benoît XVI n’est pas totalement neutre. Le sacré saint collège a fait le choix de mettre sur le siège de Rome un homme âgé, plutôt conservateurs dans ses choix, du sérail, qui fut parmi les plus proche collaborateurs du Pape Jean-Paul II : pas vraiment le genre de choix que l’on fait quand on souhaite voir bouger les choses. Le synode Romain sur la parole de Dieu et le Synode Africain ont bien montré que le pape actuel reste dans le dialogue, la perspective et la discutatio, mais qu’il n’est pas l’homme du management, des grands changements ou du dialogue avec le monde.
Conséquence inévitable, l’ouverture d’un Concile aujourd’hui n’irait sans doute pas dans le sens du dialogue, mais serait sans doute une tentative de plus d’ériger une forteresse, dans le meilleur des cas un Concile qui cristalliserait les choses, avec tous les risques de schismes que cela comporte.
Faut-il donc clore la question ainsi ?
Il faut un nouveau Concile. Mais pas maintenant. Le Pontificat de Benoît XVI restera celui d’une transition et du classement vertical de quelques vieux dossiers épineux.
Il faut un nouveau Concile pour au moins deux raisons fondamentales :
Sans doute jamais depuis la révolution Copernicienne le monde n’a autant changé. Impossible et inutile ici d’en faire la démonstration, mais prendre acte de cela, sans angélisme ni machiavélisme ; notre manière d’énoncer la Foi ne correspond plus du tout à notre monde. Nous sommes inaudibles parce que trop souvent incompréhensibles.
Mais si le problème de forme reste une vraie épine dans le pied, le fond mérite également discussion, ce qui constitue sans doute la deuxième des raisons qui me font penser que ce grand débat est nécessaire.
Si nous ne devions retenir que deux thèmes, voici ce qui devrait constituer notre feuille de route, même s’il est évident que je prêche pour ma paroisse française, et bien conscient que depuis quelques années le poumon de l’Eglise n’est plus en Europe.
- La communauté : comment vivre et faire signe ensemble, à une époque de mobilité géographique importante, d’absence d’engagements sur le long terme ? A quelle condition la communauté est source de vie et d’échanges, au-delà du poids inhérent à chaque structure ? Qu’est-ce que la vie des premières communautés peut nous dire pour vivre aujourd’hui ? Comment la communauté est une invitation à toujours lever le camp ?
- Les ministères : réfléchir sur la mission des baptisés dans l’appel, sur les fonctions des ministères, ordonnées ou non, sur leur formation et la définition de leurs missions par l’ensemble de la communauté, rassemblée autour de leur Evêque. Envisager également la possibilité d’ordination d’hommes mariés et de femmes, question tellement récurrentes qu’elle en devient pesante. Enfin réfléchir sur l’appel à une fonction pour un temps ; et si (oui un concile cela sert aussi à poser des questions étranges…) demain nous ordonnions des prêtres qui aurait une mission pour 10 ou 15 ans ? Et si l’élection d’un Evêque suivait le même schéma que celui du Père abbé d’une abbaye ? Par ses pairs et pour un temps ?
Il faut un nouveau Concile, mais avec l’ensemble du Peuple de Dieu. La meilleur garantie du changement, c’est de trouver un nouvel équilibre entre laïcs et ministres ordonnés. Lequel je ne sais pas, mais un Concile qui placerait les laïcs en tant que simple observateurs serait symboliquement la victoire du poids des habitudes et de la tradition romaine sur l’intelligence et l’Esprit de la Parole de Dieu.
Il faut un nouveau Concile, car je ne pense pas qu’il y ait encore beaucoup à attendre du Concile Vatican II : trop de questions en suspens, penser dans un monde et une culture qui a aujourd’hui disparu et dont la plupart des commentateurs récents font le constat des impasses théologiques.
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Pour un vrai débat c'est :
Le Vendredi 24 septembre 2010, de 11h30 à 13h avec :
- Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des Évêques de France
- Maître Jean-Pierre Mignard, Avocat

























Commentaires
"Envisager également la possibilité d’ordination d’hommes mariés et de femmes, question tellement récurrentes qu’elle en devient pesante" :
des hommes mariés, pourquoi pas, si ce n'est qu'ils seront beaucoup plus faciles à intimider par les dictatures;
mais comment une femme pourra-t-elle donner une image du Christ ou du Père sans en altérer les principales caractéristiques?
je ne me vois pas imaginer Jésus avec une femme comme modèle, je trouve ça limite pervers.
je trouve dommage qu'on n'envisage le féminisme que comme des femmes qui deviennent des photocopies des hommes: pour moi, c'est comme de pousser les noirs à blanchir leur peau pour être égaux aux blancs: c'est le contraire de l'égalité.
Je suis du même avis que vous : l'Eglise ne pourra faire l'économie d'un concile. J'aurais tendance à penser cependant qu'une question pourrait se poser alors : Vatican III ou Jérusalem II ? En disant cela, je pense surtout que, avant même de s'attaquer aux deux problèmes que vous citez, il faudrait poser une autre question : celle de la place de l'Ecriture. En effet, bien que des changements notables aient eu lieu grâce à la constitution Dei Verbum, de nombreux points demeurent dans le vague et constituent les sources de bien des incompréhensions aujourd'hui de la foi qui nous a été rélévée par Dieu en Jésus Christ. Je ne sais pas si je suis un affreux moderniste ou un affeux protestat en écrivant cela, mais j'ai le sentiment que l'on a laissé dans l'Eglise se former des strates de plus en plus nombreuses et de plus en plus épaisses entre l'Ecriture et nous, aujourd'hui. Je ne parle pas seulement des délicieux spectacles surranés de vieillards vêtus d'or et de dentelles et drapés de pourpre mais aussi de ces pensées non questionnées trop nombreuses. A défaut de comprendre ce qu'est aujourd'hui la place de l'Ecriture dans l'Eglise, à défaut de comprendre que le plus simple - la lecture sans gloses que demandait avec tant de force saint François au début du 13ème siècle - est notre devoir, nous continuerons à animer un corps à moitié mort.
Cette question de la place de l'Ecriture est, je pense, intimement liée à une autre question essentielle : celle de l'annonce de l'Evangile à tous ceux qui ne le connaissent pas. Ce n'est pas en nous servant d'anciennes méthodes d'évangélisation que nous pourrons avancer - de ce point de vue, la création d'un dicastère sur la nouvelle évangélisation confié à un théologien est une bonne nouvelle - mais en cherchant à annoncer la Bonne Nouvelle simplement sans autre souci que l'annonce elle-même et de le faire dans le souci aussi d'être reçus, compris.
Ces questions en appellent au moins une autre : celle de la liberté dans l'Eglise. On voit bien aujourd'hui que la réflexion, la théologie sont les parents pauvres de notre temps. Tous les théologiens que je connais semblent comme effrayés à l'idée d'évoquer publiquement un certain nombre de questions dans l'Eglise. Le dernier chic est désormais de le faire quand l'heure de la retraite a sonné et que les risques sont devenus moindre ! Je ne crois pas que c'est un signe de bonne santé de la liberté d'expression dans l'Eglise. Or cette liberté d'expression a à être prise en compte, vécue pour être un bien pour l'ensemble du Corps !
Ce ne sont que quelques idées en passant mais il faut bien commencer par quelque chose !
Je ne crois pas, personnellement, qu'un concile soit nécessaire dans l'immédiat (mais je ne suis pas pro des conciles et de ce qui fait leur nécessité), parce que le dernier n'a pas encore été mis en oeuvre..
Un exemple : on a beau être passé en langue vernaculaire, on ne parle toujours pas le même langage que nos contemporains ; on n'ose pas rentrer dans leurs concepts pour les percuter (les concepts) et les toucher (les contemporains).
En revanche, il y aurait clairement besoin d'une sorte de synode national. Les deux questions que tu évoques me semblent très pertinentes, même si je les évoquerais avec une approche un peu différente :
J'ajouterais un dernier point :