On traverse la christianisme comme l’évocation de brides de souvenirs, de pensées jetées sur le papier, avec rapidité et nervosité.

Paul-Emile Roy, docteur en littérature et spécialiste de la politique et de l’éducation à Montréal jette ici un regard cru et lucide sur l’héritage, le temps, l’Eglise, la chrétienté, la mode, les réformes.

Les chapitres semblent être ici comme quelques balises à la mer, comme pour nous rappeler que nous sommes encore dans un livre et pas dans un recueil d’une discussion passionnée dans un café enfumé.

L’analyse y est rapide, concise, mais juste, le verbe est précis et ont sent chez l’universitaire suffisamment de distance avec son sujet pour une totale liberté d’expression.

Seul petit regret, car quelques lignes sur 200 pages, ce n’est finalement pas grand-chose, l’auteur semble bien meilleur connaisseur de la religion chrétienne que de l’islam : le lien entre musulman et violence laisse un petit goût amer, surtout en l’absence de démonstration convaincante.
Dommage.

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La culture est précieuse, elle est un héritage.

La foi est une semence, un petit grain de sénevé, un levain dans la pâte, une inspiration. La chrétienté est de l’ordre de la culture. Comme j’ai essayé de le préciser dans les pages précédentes, elle est un produit de la vie de la foi, mais elle relève d’une époque, elle est reliée à une époque.

La foi transcende les époques. Je comprends très bien ce qu’écrivait Emmanuel Mounier en 1940 : « Pour moi, plus je voyage des sources à la réalité présente du christianisme moderne, plus je me persuade que nous ne retrouverons, tous, la vraie foi, qu’après un effondrement si total de la chrétienté moderne que beaucoup croiront à la fin du christianisme. »

Le christianisme doit se débarrasser de ses frusques historiques pour se recentrer sur l’essentiel. L’Eglise, disait Mounier au même endroit, « doit essentiellement se ramasser sur l’acte liturgique ». L’Eglise de demain doit se dépouiller de ses vêtements de chrétienté. Elle doit apparaître pour ce qu’elle est, la communauté des croyants, bien plus qu’une institution. Bien sûr l’Eglise est aussi une institution, mais celle-ci est au service des croyants. Je vois l’Eglise de demain comme décentralisée, allégée de la carapace qu’elle a développée au cours des âges. Les Evêques sont les vrais responsables des Eglises locales, dans la communion avec l’Evêque de Rome.

Ils doivent prendre leurs responsabilités, exercer leur rôle pastoral en étant conscients que les croyants du Québec ne sont pas comme les croyants de tel village d’Afrique ou d’Asie.

La foi est la même, mais la vie quotidienne, les mœurs, les coutumes sont différents. Comme le note Achiel Peelman, il y a eu dans l’Eglise catholique « une forte tendance à l’uniformisation et à la centralisation ». Il faut corriger cette orientation, car le mot catholique ne signifie pas uniformité mais acceptation de la diversité.

L’Eglise de demain doit se départir d’une certaine rigidité qui tenait à ce que la religion catholique était, en même temps qu’une inspiration, une forme sociale, une idéologie, une institution globale.

La religion catholique s’incarne dans des formes, elle ne doit jamais se laisser enfermer en elles. Elle doit changer de peau continuellement comme le serpent. Il faut détruire le Temple et le rebâtir. « Détruisez ce Temple et je le rebâtirai en trois jours. » D’ailleurs, si les croyants ne démolissent pas ce Temple, les impies s’en chargent. Ces derniers rappellent l’Eglise à son identité. Ils la dépouillent de ses vêtements, à la recherche de son âme. Ils voudraient la détruire mais ne réussissent qu’à la purifier, à la dépouiller de ses déguisements.

Quand je pense à l’Eglise de demain, je me dis qu’elle n’a pas à se réformer, elle doit renaître mais de naissance, de renaissance. Quand on parle de réformes, on pense à des institutions, à des projets humains. Quand on parle de naissance, de nouvelle naissance, on est bien obligé de penser à l’Esprit, à une vie qui n’est pas calquée sur nos modèles.

Le christianisme a un tournant - Paul Emile Roy
p. 196 à 198
Edition Bellemarin
200 pages – 22€