Ouvrir la porte
Période de crise oblige, les entreprises se concentrent sur le cœur de leurs activités. Il s’agit souvent d’un calcul lié à la survie même de leurs activités.
Oubliez les expériences et tâtonnements commerciaux, les tentatives de faire du fric facile et rapide avec du web 2.0 et une culture minitel. On ce concentre, on ce recentre, on fait ce qu’on sait faire et on serre les fesses en attendant que cela aille mieux.
L'Église elle aussi est d’une certaine manière en crise. Mais une crise plus ancienne que celle a laquelle est actuellement soumise le secteur économique, une crise paradoxale aussi : moins de moyens, mais un carnet de commandes toujours bien rempli.
Illustration avec cet article bien saisonnier de Nice-Matin : le président de la confrérie de l'Etiquette, Henri Baudet, a fait sa fête de la Treille sans messe, ni bénédiction de la vigne de l'Annonciade.
Mon Dieu mais que se passe-t-il donc ? Quel est ce drame ? « En dix-sept ans de fête de la Treille, cela ne nous est jamais arrivé ! » s’exclame son Président !!
Explication du principal intéressé, le Père Jacques Proal, Archiprêtre de la paroisse Notre-Dame-des-Rencontres[1]
J'entends souvent dire "on veut une messe au Pian, comme avant" ou "comme d'habitude" : or, les responsables de ces associations nous contactent au dernier moment. Je leur demande de nous prévenir plusieurs mois à l'avance. Vous imaginez, on a parfois du mal à couvrir toutes les messes dans les villages ! Il y a aussi les fêtes patronales, qui s'ajoutent à notre programme, sans oublier que nous sommes dans une période de mariages, de baptêmes...
Ce n'est plus l'Église, c'est un self-service religieux ! J'invite alors ces hôtes du Pian à venir à la messe de 10 h 30 à la basilique ou à celle de 9 heures à la chapelle de Garavan. Nous sommes dans une situation qui a évolué.
Nice Matin, Les messes en plein air ne sont pas en odeur de sainteté 14 Juillet 2010
Viennent s’y greffer des discussions sur la possibilité ou non de chanter en langues locales, le mentonnais, la messe en plein air,…. Bref, ça râle dur du côté du diocèse de Nice.
Le Père Jacques Proal n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il y a quelques mois il s’était attaqué avec courage et détermination aux chants des « Vieux Mentonnais » et du « Campanin de Menton » (sic)
Heureusement l’intervention du député-maire Jean-Claude Guibal[2] avait permis de trouver un compromis, évitant ainsi in extrémis au conseil de sécurité de l’ONU de voter une résolution.
Je ne connais pas le Père Proal, mais il a ses raisons.
Comme le Père Gérard Urvoy a eu les siennes pour refuser un baptême, comme le Diocèse de Nantes pour faire un peu plus le tri dans les locataires de l’aumônerie des étudiants.
Les cas de tensions entre des demandes relevant peut-être plus de la tradition et du folklore local[3] et le choix de l’Eglise de se recentrer sur des fonctions plus cultuelles que culturelles augmentent proportionnellement à la diminution du nombre de prêtres, diacres et laïcs pouvant accueillir ces demandes.
Quelques dépêches dans les journaux, mais sur le terrain ce n’est pas la première fois que j’entends cela, avec toutes les souffrances que cela occasionne.
Le risque de ce débat, c’est de s’en tenir à une discussion entre l’accueil de tous et une sélection des bons cathos. Ce que le Père Bernard Sesboüé résume ainsi à propos de l’accueil des baptêmes, mais qui se transpose assez facilement aux autres célébrations « de passage »
L’Eglise est ainsi confrontée à un grave problème dans sa pratique baptismale. Les deux excès à éviter sont clairs : une pratique multidiniste laxiste, qui prend son parti que le baptême soit donné sans que les conditions de la Foi soit vraiment remplies ; ou une pratique élitiste qui pose trop de conditions, au risque de méconnaître la piété populaire et la foi qui ne sait pas trouver de mots pour s’exprimer.
Invitation à Croire, Des sacrements crédibles et désirables, P. Bernard Sesboué, Cerf 2009, p.94
Alors existe-t-il une troisième voie (voix ) ???
Peut être est-il nécessaire de poser deux trois éléments :
- Cette situation est la conséquence logique de la pratique de l’Eglise des 40 dernières années. A ce titre, cette vidéo témoignage d’un jeune séminariste est particulièrement éclairante, avec l’analyse de David sur le site des Sacristains. L’Eglise à la suite du Concile Vatican II, dans une logique d’ouverture au monde a fait le choix d’accueillir très largement, donc acte.
Il ne s’agit pas de juger, on ne va pas refaire l’histoire, mais on ne change pas les règles du jeu par la seule force de la volonté. L’Histoire ne se décrète pas, elle s’accompagne[4]
- Il n’existe pas de directives nationales ou diocésaines. Il est inutile de me ressortir le catéchisme de l’Eglise de France, oui il est très précis, mais entre le texte et la pratique il y un espace de plusieurs siècles. Cette question est taboue, pour de nombreuses raisons.
Du coup, ce sont toujours des prêtres qui assument seul une décision toujours difficile, au risque de la caricature et avec un soutien toujours très trop discret des confrères.

Je repense donc assez naturellement à une intervention de François Moog, durant Ecclésia 2007
Dans notre accueil, nous ne recevons pas une brebis perdue qu’il conviendrait de faire entrer dans le rang. Nous accueillons un frère. Il frappe à la porte mais cette porte, nous le savons, possède des propriétés qui défient la physique. Car cette porte, c’est le Christ : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9).
Mais cette porte qu’est le Christ n’implique nullement qu’il y a un « dedans » et un « dehors », elle refuse même que le champ de l’Église soit clos, forteresse dressée pour protéger du monde. Car Jésus ajoute : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera un pâturage » (Jn 10, 9). Il entrera et sortira… Le Christ est la porte et nous passons par lui, mais dans cette vie nouvelle inaugurée par ce passage baptismal, nous ne sommes pas retirés du monde des hommes.
C’est par la vertu de cette Porte que celui qui frappe est déjà quelqu’un qui répond à un appel de Dieu, quelles que soient les médiations souvent surprenantes que prend Notre Seigneur pour adresser son appel.
François Moog, Ecclésia 2007, texte disponible in extenso sur le site du diocèse de Bayonne [5]
Peut être il y a-t-il une clé pour l’accueil, sans gommer les difficultés d’une telle démarche.
Sortir de nos habitudes, ouvrir la porte et accepter de la laissez ouverte, que celle-ci soit un lieu de passage plus qu’un moyen de faire le tri. C’est accepter d’être en chemin, de sortir de nos schémas maître-disciples, d’abandonner nos parcours catéchétiques inadaptés.
Au risque du butinage spirituel ? Oui mais au risque du souffle de l’Esprit aussi ! Car c’est bien le Christ qui est la Porte, et surement pas nos vieux Pierres Vivantes !
S’agit-il de maintenir l’accueil à tous comme c’est le cas aujourd’hui ? C’est une mauvaise question, car la démographie ne ment pas. Dans moins de 10 ans nous n’aurons de toute façon plus ce choix, au moins du point de vue sacramentel. Il nous faut de toute urgence réfléchir à de nouveaux modes d’accompagnement dans la découverte et l’approfondissement de la Foi.
Est-ce que le Christ a accueilli tout le monde ? Est-ce que tout le monde a été un disciple ?
Une catéchèse autour des disciples qui n’ont pas suivi le Christ serait sans doute éclairante.
Qui s’y colle ?
Notes
[1] Cela ne s’invente pas 
[2] C’est amusant et tellement révélateur d’en appeler au Député pour régler un problème lié à l’Eglise
[3] Sans aucun jugement de ma part d’ailleurs, je pense que le Président de l’association est tout à fait sincère quand il déclare «C'est un vrai manque pour nous. Il y a des gens qui sont venus au Pian spécialement pour cette célébration, où l'on porte en procession la Vierge Notre-Dame de Santa Cruz. »
[4] C’est beau ce que je dis… ou alors c’est l’effet de la chaleur ?
[5] et en cherchant bien, il doit même exister une interview de François Moog de votre serviteur fait à cette occasion.

























Commentaires
Je ne sais plus qui disait que la relation d'accompagnement spirituel n'est pas asymétrique comme celle du professeur et de l'élève (ce que le "caté" suggère souvent) mais que l'accompagnateur est semblable à un mendiant qui montre à un autre mendiant où il a pu trouver du pain.
Dans certains baptêmes en 10s immortalisé par l'iPhone de maman, on peut douter de la soif du demandeur.. qui vient souvent (au mieux) pour faire plaisir à grand-maman ou (au pire) chercher une sorte de talisman..