Ma lecture lumineuse du matin, une toute petite partie de l'intervention du Rabbin Rivon Krygier dans le cadre des conférences de Carême de Notre-Dame en 2010, sur Vatican, et ici plus particulièrement sur Nostra Aetate, texte qui organise le dialogue interreligieux.

Je lis sous la plume d’un théologien autorisé que « vouloir reconnaître à ces religions (judaïsme, islam) une médiation du salut indépendante de celle du Christ reviendrait à justifier leurs œuvres » ce qui serait contraire à « l’affirmation imprescriptible de la justification par la seule grâce de Dieu moyennant la foi. »

La vertu première du dialogue interreligieux est sans aucun doute de renvoyer dos à dos la vanité qui consiste à vouloir à tout prix avoir raison de l’autre. On est amené à sourire de l’inanité de ses propres clichés, à s’émanciper de certaines prémisses d’un raisonnement qui sans en être conscients, conduisaient à des jugements implacables. Et en même temps, on saisit mieux la spécificité de chacun, la richesse de sa propre tradition et son trésor irremplaçable. Mais que doit-on faire si on veut aller plus loin que le respect et la politesse ? Deux choses.

La première, c’est encore un décret de Vatican II qui nous l’indique avec son exigence « d’émulation fraternelle ». Ce qui correspond dans le judaïsme à la mahlokèt le-chèm chamaïm , la controverse « pour le seul renom de Dieu », désintéressée et bienveillante, et dont on loue la stupéfiante fécondité. Pour s’y prêter, il faut sortir de la logique binaire, du tiers exclu, comme l’indique le fameux dire talmudique : « Durant trois ans, les écoles de Chamaï et Hillel s’opposèrent, chacune prétendant détenir la halakha (la règle à suivre) jusqu’à ce que retentit une voix céleste qui proclama : « Les dires des uns et des autres sont les paroles du Dieu vivant » ! Attention, cela ne signifie pas « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… » (…). On ne sort pas « indemne » d’une vraie confrontation d’idées. Mais plus affûté et plus futé, plus près des hommes et de Dieu.

La seconde chose à faire pour avancer est de repenser l’idée de vérité révélée. Nos traditions respectives partagent une conviction fondamentale : en amont, Dieu Se fit « logos ». En suite de quoi, pour les chrétiens, ce logos s’est fait chair en Jésus et pour les Juifs, parole vivante de la Tora. Nous devons admettre que les traditions religieuses sont autant de déclinaisons de ce logos (de « l’Esprit Saint offert à tous les hommes ») mais que son sens ultime est encore en aval de toutes. Telle est la valeur de vérité de chacune, comme un vecteur sur une trajectoire distincte, tournée vers un même sommet.

Vatican II, Une boussole pour notre temps
Plus de quarnate ans après, qu'est devenu le Concile ?
Collectif - Parole et Silence - France Culture 2010
p. 109 à 111, 15€


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