Saint Barack Obama o.p.
Je suis pénible. Si vraiment.
A la messe, je suis le premier à râler à la suite d’une homélie incompréhensible ou trop longue, à soupirer (intérieurement bien sûr...) quand trop souvent la prédication se transforme en paraphrasage de la Parole ou en cours de vieux catéchisme et de mauvaise théologie biblique.
Ou tout simplement parce que tout cela est mou, triste, terne, sans relief et sans avenir, qu’on y mêle l’absence d’analyse aux bons sentiments avec cette même sempiternelle conclusion : il faut donc s’aimer, être gentil et respectueux. Dans ce cas autant rester chez soi à écouter du Jacques Brel, il le dit aussi bien et en musique en plus.
Pénible et râleur. Chiant quoi !
Je devrais donc me réjouir qu'au hasard de mes pérénigrations numériques de découvrir ce reportage de TLM sur la formation à l’homélie pour les prêtres. Grâce à la vigilance de David, je sais désormais qu’il faut dire l’homilétique pour désigner la science de l’homélie.
Alors donc il s’agit d’apprendre tous les « trucs » qui doivent permettre d’être plus pertinent, de s’adapter finalement, à la fois en terme d’organisation de son homélie que d’occupation de l’espace, capter l’attention, avoir une intro, une chute pour la conclusion.
Et la référence c’est donc Obama. Fichtre, la barre est haute !
Normalement je devrais donc être plutôt content et si j’étais sournois j’essaierai de glisser un tract d’invitation dans la boite à lettre du presbytère de mon village. Mais non en fait.
Oui mais il y a dans cette initiative un petit truc qui me dérange.
Pénible et jamais content. Mais quel lourd !
Mais pas de faux procès pour autant. Il ne s’agit pas d’une fausse pudeur de ma part, d’une cristallisation intellectuelle qui voudrait que l’Eglise dans sa grande pureté n’utilise jamais les techniques et outils du monde de la communication.
Ce fut par exemple la réflexion de quelques uns sur le fait que dans la dernière campagne d’affichage de l’Eglise sur les vocations, il s’agissait de figurants et pas de véritables prêtres. Et Cerise de Groupama, elle existe peut être ?
De la même manière, il serait sans doute totalement vain de dire que finalement la Parole de Dieu se suffit à elle-même : la conclusion logique en serait alors la suppression de l’homélie.
Le sujet est important car l’homélie, c’est souvent ce que les personnes vont retenir de la messe. C’est bien c’est pas bien, je ne sais pas, mais c’est comme ça. On va plus à la messe qu’à l’Eucharistie, c'est un fait, pas si nouveau finalement.
Dans le même temps le pape Benoît XVI nous invite aussi à relativiser tout cela : "le miracle de l’Église, c’est qu’elle survit chaque dimanche à des millions de très mauvaises homélies."
Alors pourquoi donc chez moi ce sentiment ?
Peut être parce que j’ai l’impression qu’on s’occupe de la couleur du papier peint avant même d’avoir construit les fondations.
Ou pour reprendre l’analyse d’Eric Jaffrain, expert en marketing non marchand cité dans un article de l’Express à propos de la padre cup :
Ce type de marketing est contre-productif. Elle veut rendre son image plus moderne et actuelle en changeant la forme plutôt que le fond. Pour parler en termes marketing, on donne un nouveau packaging à un produit ancien.
Idem il y a quelques mois avec la crise autour de la pédophilie : il a fallu plusieurs semaines pour sortir du soupçon généralisé d’attaques cathophobes et pour commencer à admettre qu’il y avait aussi un problème de fond. Et pas juste un problème de communication.
J’ai parfois cette même impression aujourd’hui avec quelques analyses autour du Kiss-In.
Bien sûr qu’il y a de la communication, une nécessaire adaptation aux nouveaux rythmes, usus et abusus.
Pour en revenir au sujet, oui un prêtre qui regarde tout le monde pendant l’homélie et qui décolle de son papier c’est plus sympa.
Mais si effectivement souvent parfois la qualité de l’homélie n’est pas suffisante pour capter l’attention de l’auditoire, je doute que quelques trucs suffisent vraiment.
Autrement dit et pour en revenir à Barack Obama, qui apparemment est leur modèle, bien sûr qu’il a un excellent nègre, Jon Favreau, (J’aimerais bien mais non…), il a appris à devenir un très bon orateur, ce qu’il n’était pas forcément dès l’origine, il y a les formations, les victoires et les défaites et puis toute l’équipe qui derrière lui prépare le travail.
Mais même sans cela, je pose la question, Barack Obama serait-il un grand orateur ? J’ai envie de répondre oui.
Car il est un symbole.
Car il vit ce qu’il dit.
Car il y croit.

























Commentaires
Le problème, c'est que bien souvent les prêtres qui rendent les homélies longues, difficiles à suivre et pas très vivantes, sont les mêmes qui donnent l'impression de réciter le moment de l'Eucharistie par coeur, sans la vivre et sans penser à ce qu'ils sont en train de faire... et pour moi, le problème est plutôt là ! J'aimerais tant que tous les prêtres vivent ce qu'ils disent et y croient !
Je suis comme toi à vivre les homélies: soit ça m'énerve, soit je finis assoupie. Et effectivement je crois que nous aimerions tous avoir des prêtres qui vivent ce qu'ils disent et qu'y y croient.
Ceci dit, je ne leur mettrait pas tout sur le dos non plus. Avant d'arriver à l'homélie, on a déjà eu deux ou 3 lectures dites par des laïcs certes de bonne volonté mais qui souvent mâchonnent ce qu'ils lisent ou le lisent de manière barbante sous prétexte que ce sont des écritures saintes. Une fois j'ai assisté à une messe où l'on a lu une lettre de St Paul: on avait vraiment l'impression que la personne lisait une réelle missive d'un ami parti au loin. Il y avait de l'intonation! Et les gens de l'assemblée disaient "amen" ou applaudissaient à une phrase qui leur parlait. Bon ok, c'était une église afro-américaine aux US.
Je ne parle même pas des chants qui sont sensés être des chants joyeux et qui sont repris par l'assemblée en mode "adagio ma non troppo"
Bref, on arrive à l'homélie et on est déjà complètement stone.
Après l'homélie, on se tape encore une PU (dite par des laïcs souvent) pleine de bons sentiments envers les incroyants, les malades, les futurs morts, les déjà morts, les choses horribles de ce monde.
Bref, quand on vient à la messe, est-ce qu'on y croit encore, est-ce qu'on la vit encore? Nous sommes Eglise non?
Holà, loin de moi l'idée de tout mettre sur le dos des prêtres !!! ce que je dis est aussi valable pour les laïcs.
Après c'est les prêtres qui font les homélies, cela pourrait se discuter, rien n'est jamais inscrit dans le marbre, même si je trouve intéressant parfois que cela ne soit pas le prêtre qui fasse l'homélie, mais je pense qu'il doit néanmoins en conserver la maîtrise.
Ce que je veux dire, c'est que je préfère un prêtre qui me parle de chose toute simple, mais en rapport avec ce qu'il vit, qu'un prêtre qui se sent dans l'obligation de nous faire un cours de théologie ou d'histoire, truc souvent assez abstrait.
Tout d'abord bonjour et bravo pour ce blog, un de plus que je découvre au sein de cette décidément si dynamique cathosphère.
J'ai longtemps pensé comme vous (je fais référence au début de votre article...) Ras le bol de ces homélies dont le ton annonce le "quatre quarts - jus de pomme" du verre de l'amitié à la fin de la messe.
J'y pensais justement dimanche dernier au cours de l'homélie et puis... j'ai du faire mon auto-critique à ce sujet parce que moi, laïc, je ne suis pas non plus blanc-bleu à ce sujet.
@renatane : Peut-être aimeraient-ils que leur assemblée paraisse également vivre et croire à ce qu'ils entendent ?
Si les prêtres aussi sentaient (mode pub on) mais je le dis plus explicitement sur mon blog (mode pub off) que l'amour qu'ils prônent, parfois maladroitement certes, était vécu avec plus de ferveur, alors peut-être essaieraient-ils alors de nous emmener plus loin...