L’Esprit Saint est bien souvent le parent pauvre de la théologie occidentale. Dans la Trinité, le Père et le Fils semblent plus facilement représentables, accessibles.
Pourtant, il n’est pas une espèce d’opérateur 24/24 assurant le service après-vente historique de l’entreprise Eglise sur terre, donnant par petites impulsions quelques consignes de votes.
Ce livre du Jésuite Bernard Sesboüé permet de redécouvrir dans ce petit essai théologique l’évolution de la perception de l’Esprit Saint dans la théologie, la liturgie, la pastorale.

On sait comment l’analyse de l’expérience transcendantale distingue dans la conscience deux pôles. Le plus immédiat est celui de la connaissance catégoriale qui passe par le langage, la thématisation des catégories, et qui est à l’origine des relations humaines situées dans l’histoire et le temps entre des personnes « corporelles », ainsi qu’à celle du progrès de toutes les sciences et les techniques.
Mais un autre pôle existe, le pôle originaire de la conscience, celui qui échappe toujours à une connaissance thématique, de même que l’œil ne voit pas sa propre rétine, parce qu’il est précisément cette zone mystérieuse du jaillissement de l’initiative, de la connaissance et de l’action.
Karl Rahner appelle ce pôle transcendantale, parce qu’il est le lieu où l’homme fait l’expérience de lui-même comme transcendance, c’est-à-dire habité par un mouvement de dépassement perpétuel qui l’oriente vers l’absolu. Ce pôle est le lieu de l’expérience de Dieu.
Au plan anthropologique, ces deux pôles correspondent respectivement à la mission du Fils et à celle de l’Esprit dans l’histoire du salut. La mission du Fils est de l’ordre catégorial : elle apparaît dans l’histoire des hommes. Elle passe par la communication du langage : le Fils est le verbe par excellence; il annonce le message du Royaume ; il accomplit le don de Dieu sous la forme sacramentelle de son événement (vie, mort, résurrection), qui passe par la dualité complémentaire de la parole et des actes.
La mission de l’Esprit est de l’ordre du transcendantal. L’Esprit est présence est agit en nous au pôle originaire de la conscience, là même où nous sommes incapables de la discerner directement et de l’objectiver. Il est notre « inconscient divin ».
p. 92-93
Attention cependant, le livre est la reprise d’une conférence, il n’est donc guère accessible au grand public, le Père Bernard Sesboüé, grand connaisseur des questions œcuméniques, envisage notamment assez longuement la querelle autour du filioque sans reprendre l’ensemble des termes du débat.
Livre donc très intéressant, mais nécessitant un bon background en théologie dogmatique.
L’Esprit sans visage et sans voix
brève histoire de la théologie du Saint-Esprit
Bernard Sesboüé
DDB 2009 – 118 pages, 12 €
De Bernard Sesboué, en beaucoup plus accessible, je vous conseille Des sacrements crédibles et désirables et De Mgr Lefebvre à Mgr Williamson : anatomie d'un schisme.


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