Une page se tourne. Un monde va bientôt disparaître. Car même si la crise particulièrement grave que traverse l’Eglise est toujours d’actualité, notamment par la démission de Mgr Vangheluwe, Evêque de Bruges, pour des actes reconnus de pédophilie, le moment est plus au bilan et au diagnostic.

Dans le cœur des Eglises, l’heure est au silence, c’est sur les Parvis qu’il faut tendre l’oreille pour entendre les clameurs des tribuns.

L’éditorial de Christophe Barbier cette semaine est particulièrement représentatif des propositions de réformes qui s’articulent souvent sur deux idées :

En vérité, l'Eglise doit, pour renaître, changer toute l'organisation de son clergé. Elle doit, d'abord, en finir avec le célibat des prêtres. Tout ordre fondé sur l'interdit sexuel et sur la torture d'abstinence forcée mène aux déviances ou à la révolte: en prônant la sainteté d'existence, le catholicisme n'a provoqué qu'un enfer mental dont on mesure aujourd'hui le coût. Qu'une religion fondée sur l'amour puisse en interdire à ses ministres la forme la plus élémentaire est intenable. Benoît XVI voit en cette chasteté obligatoire une indispensable imitation du Christ: mais demande-t-il à chaque prêtre de mourir crucifié à 33 ans? De même, Rome doit autoriser l'ordination des femmes, qui sauront mieux que les hommes porter la parole du Christ au coeur des angoisses actuelles, et porter leur foi dans nombre de ténèbres où tâtonnent les prêtres. (…)

Le Grand Schisme déclenché en 1378 est un lointain miroir: soudain, dans le Moyen Age en mutation, l'Eglise se trouva en décalage avec les sociétés. Les nations s'affirmaient, la bourgeoisie marchande prospérait, les techniques progressaient, mais Rome ne comprit pas que l'on changeait d'époque. Lentement, les pouvoirs politiques et financiers s'affranchirent de l'Eglise, en l'accusant de corruption et de cupidité, et la dichotomie de la papauté leur permit d'accélérer cette manoeuvre. »

On nous refait donc le coup de la fin du célibat des prêtres et de l’ordination des femmes comme remède miracle, comme si finalement c’était la solution à tous les maux.

Cela me semble à la fois bien utopique et tellement réducteur.

De toute façon, c’est un combat d’arrière garde. Il n’y a pas d’obstacles théologiques sérieux à l’ordination d’hommes mariés. Ce n’est qu’une question de temps.

En revanche le parallèle avec le schisme de 1378[1] et la notion de progrès me semble très pertinente.

Cela peut être une des clés de lecture pour comprendre les grands enjeux à venir.

Dans un monde qui n’a jamais changé aussi vite, l’Eglise est-elle compatible avec le progrès ? En d’autres termes, comment l’Eglise va-t-elle discerner ce qui relève de sa nature profonde, de sa mission évangélique et des logiques d’habitudes, des jeux de l’histoire ? Comment, face à un monde dont les évolutions appellent aujourd’hui des énergies nouvelles, l’Eglise dispose des moyens de s’adapter, et non plus seulement de s’opposer.

Débat absolument passionnant, car nous obligeant à relire l’ensemble de nos pratiques ecclésiales pour y discerner ce qui relèvent de l’Evangile et ce qui appartient aux habitudes.

Prenons quelques exemples.

Le pape Benoît XVI a aujourd’hui 83 ans. C’est totalement incompatible avec ce que réclame aujourd’hui sa fonction. De fait il n’y est pour rien, il n’a jamais cherché à devenir Pape. Je ne lui jette pas la pierre. Mais au moins trois choses sont fondamentalement nouvelles.

L’allongement de la durée de vie a cette conséquence que nous sommes peut être devant un très long pontificat. Le rythme du monde oblige à réagir plus vite, avec une plus grande célérité et une très bonne connaissance de l’environnement médiatique. Enfin le défi du décentrement de l’Eglise de l’Europe vers l’Asie et l’Afrique nécessite une inculturation d’une Eglise bien trop européenne.

L’âge et son long passé à la Curie ont pourtant d’inévitables conséquences : ses collaborateurs ont une moyenne d’âge de 70 ans avec une importante surreprésentation des Cardinaux Italiens. On ne se donne les moyens que de ses réelles ambitions.[2]

Or cette règle que certains érigent en dogme absolu, que le Pape doit mourir Pape, d’où vient-elle ? Est-elle vraiment fondée sur autre chose qu’une interprétation toute subjective de l’appel de Dieu ?

Qui a décidé qu’il fallait forcément des séminaires pour les Séminaristes ? Pourquoi un prêtre diocésain devrait-il toujours rester dans son Diocèse ? La disposition des chaises lors des messes dominicales relève t-elle d’une habitude ou d’une préoccupation liturgique ? L’eucharistie, c’est vraiment tous les dimanches ? La Profession de Foi pour les jeunes, c’est vraiment un fruit de l’Esprit ?

Il est possible de multiplier les questions à l’infini avec toujours ce modèle : comment le progrès, l’évolution et le changement peuvent-ils être une chance pour discerner ce qui relève vraiment de l’appel à suivre le Christ.[3]

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Sans doute le pontificat de Benoît XVI incarne t-il, bien malgré lui, la fin d’un monde comme une page qui se tourne. Les crises successives ne cessent de remettre en cause un système et avec lui un conservatisme romain désuet et poussiéreux.

Ceux qui voient encore en Benoît XVI le heraut de leur volonté de Restauration se trompent lourdement, car ils finiront bientôt par découvrir qu’il n’en est finalement que le fossoyeur, cristallisant injustement sur sa seule personne l’ensemble des dérives d’un système idéologique à bout de souffle dont le Conclave aura a cœur de se débarrasser.

Notes

[1] Division de l’Eglise entre deux papes, l’un à Avignon, l’autre à Rome, sous fond de tactiques politiques et d’intrigues financières

[2] Voir à ce sujet l’article d’Isabelle de Gaulmyn, Une curie profondément remaniée, La Croix du 16 avril 2010 http://www.la-croix.com/Une-curie-profondement-remaniee/article/2422405/55352

[3] Oui je me doute que pour certains, l'Eglise ne doit surtout pas s'adapter, comme si l'Église toute entière était en dehors du monde, dans une bulle où les événements extérieurs n'est aucune prise...