Une page se tourne. Un monde va bientôt disparaître. Car même si la crise particulièrement grave que traverse l’Eglise est toujours d’actualité, notamment par la démission de Mgr Vangheluwe, Evêque de Bruges, pour des actes reconnus de pédophilie, le moment est plus au bilan et au diagnostic.
Dans le cœur des Eglises, l’heure est au silence, c’est sur les Parvis qu’il faut tendre l’oreille pour entendre les clameurs des tribuns.
L’éditorial de Christophe Barbier cette semaine est particulièrement représentatif des propositions de réformes qui s’articulent souvent sur deux idées :
En vérité, l'Eglise doit, pour renaître, changer toute l'organisation de son clergé. Elle doit, d'abord, en finir avec le célibat des prêtres. Tout ordre fondé sur l'interdit sexuel et sur la torture d'abstinence forcée mène aux déviances ou à la révolte: en prônant la sainteté d'existence, le catholicisme n'a provoqué qu'un enfer mental dont on mesure aujourd'hui le coût. Qu'une religion fondée sur l'amour puisse en interdire à ses ministres la forme la plus élémentaire est intenable. Benoît XVI voit en cette chasteté obligatoire une indispensable imitation du Christ: mais demande-t-il à chaque prêtre de mourir crucifié à 33 ans? De même, Rome doit autoriser l'ordination des femmes, qui sauront mieux que les hommes porter la parole du Christ au coeur des angoisses actuelles, et porter leur foi dans nombre de ténèbres où tâtonnent les prêtres. (…)
Le Grand Schisme déclenché en 1378 est un lointain miroir: soudain, dans le Moyen Age en mutation, l'Eglise se trouva en décalage avec les sociétés. Les nations s'affirmaient, la bourgeoisie marchande prospérait, les techniques progressaient, mais Rome ne comprit pas que l'on changeait d'époque. Lentement, les pouvoirs politiques et financiers s'affranchirent de l'Eglise, en l'accusant de corruption et de cupidité, et la dichotomie de la papauté leur permit d'accélérer cette manoeuvre. »
On nous refait donc le coup de la fin du célibat des prêtres et de l’ordination des femmes comme remède miracle, comme si finalement c’était la solution à tous les maux.
Cela me semble à la fois bien utopique et tellement réducteur.
De toute façon, c’est un combat d’arrière garde. Il n’y a pas d’obstacles théologiques sérieux à l’ordination d’hommes mariés. Ce n’est qu’une question de temps.
En revanche le parallèle avec le schisme de 1378[1] et la notion de progrès me semble très pertinente.
Cela peut être une des clés de lecture pour comprendre les grands enjeux à venir.
Dans un monde qui n’a jamais changé aussi vite, l’Eglise est-elle compatible avec le progrès ? En d’autres termes, comment l’Eglise va-t-elle discerner ce qui relève de sa nature profonde, de sa mission évangélique et des logiques d’habitudes, des jeux de l’histoire ? Comment, face à un monde dont les évolutions appellent aujourd’hui des énergies nouvelles, l’Eglise dispose des moyens de s’adapter, et non plus seulement de s’opposer.
Débat absolument passionnant, car nous obligeant à relire l’ensemble de nos pratiques ecclésiales pour y discerner ce qui relèvent de l’Evangile et ce qui appartient aux habitudes.
Prenons quelques exemples.
Le pape Benoît XVI a aujourd’hui 83 ans. C’est totalement incompatible avec ce que réclame aujourd’hui sa fonction. De fait il n’y est pour rien, il n’a jamais cherché à devenir Pape. Je ne lui jette pas la pierre. Mais au moins trois choses sont fondamentalement nouvelles.
L’allongement de la durée de vie a cette conséquence que nous sommes peut être devant un très long pontificat. Le rythme du monde oblige à réagir plus vite, avec une plus grande célérité et une très bonne connaissance de l’environnement médiatique. Enfin le défi du décentrement de l’Eglise de l’Europe vers l’Asie et l’Afrique nécessite une inculturation d’une Eglise bien trop européenne.
L’âge et son long passé à la Curie ont pourtant d’inévitables conséquences : ses collaborateurs ont une moyenne d’âge de 70 ans avec une importante surreprésentation des Cardinaux Italiens. On ne se donne les moyens que de ses réelles ambitions.[2]
Or cette règle que certains érigent en dogme absolu, que le Pape doit mourir Pape, d’où vient-elle ? Est-elle vraiment fondée sur autre chose qu’une interprétation toute subjective de l’appel de Dieu ?
Qui a décidé qu’il fallait forcément des séminaires pour les Séminaristes ? Pourquoi un prêtre diocésain devrait-il toujours rester dans son Diocèse ? La disposition des chaises lors des messes dominicales relève t-elle d’une habitude ou d’une préoccupation liturgique ? L’eucharistie, c’est vraiment tous les dimanches ? La Profession de Foi pour les jeunes, c’est vraiment un fruit de l’Esprit ?
Il est possible de multiplier les questions à l’infini avec toujours ce modèle : comment le progrès, l’évolution et le changement peuvent-ils être une chance pour discerner ce qui relève vraiment de l’appel à suivre le Christ.[3]

Sans doute le pontificat de Benoît XVI incarne t-il, bien malgré lui, la fin d’un monde comme une page qui se tourne. Les crises successives ne cessent de remettre en cause un système et avec lui un conservatisme romain désuet et poussiéreux.
Ceux qui voient encore en Benoît XVI le heraut de leur volonté de Restauration se trompent lourdement, car ils finiront bientôt par découvrir qu’il n’en est finalement que le fossoyeur, cristallisant injustement sur sa seule personne l’ensemble des dérives d’un système idéologique à bout de souffle dont le Conclave aura a cœur de se débarrasser.
Notes
[1] Division de l’Eglise entre deux papes, l’un à Avignon, l’autre à Rome, sous fond de tactiques politiques et d’intrigues financières
[2] Voir à ce sujet l’article d’Isabelle de Gaulmyn, Une curie profondément remaniée, La Croix du 16 avril 2010 http://www.la-croix.com/Une-curie-profondement-remaniee/article/2422405/55352
[3] Oui je me doute que pour certains, l'Eglise ne doit surtout pas s'adapter, comme si l'Église toute entière était en dehors du monde, dans une bulle où les événements extérieurs n'est aucune prise...


16 réactions
1 De Erasmus - 24/04/2010, 17:09
Merci pour cet article lumineux !
Je suis bien d'accord avec vous qu'il y a urgence à s'interroger sur les règles - tout à fait humaines - qui régissent notre Eglise. Imaginer que le pape actuel va demeurer pape jusqu'à sa dernière heure qui aura lieu - je le lui souhaite - dans 10 ou 15 ans est tout simplement fou ! Dans une telle situation, il y aurait fort à craindre que naissent des schismes plus ou moins officiels et, bien sûr, un effondrement du nombre des chrétiens catholiques. Certains s'en réjouissent peut-être - et je pense particulièrement aux intégralistes de tout poil qui nous fatiguent tant - mais je crois que c'est un très grave risque pour tous les croyants catholiques ! Espérons qu'il n'en ira pas ainsi !
2 De do - 24/04/2010, 18:57
Dans la série "n'exagérons rien!",
j'aime bien "la torture d'abstinence" : j'imagine les camps de torture, les bourreaux, et les prisonniers: des pauvres gens obligés à ne coucher avec personne jusqu'à ce qu'ils avouent où sont cachés leurs complices. "le catholicisme n'a provoqué qu'un enfer mental ": les nazis et les communistes qui ont essayé d'éradiquer tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la culture judéo-chrétienne ont donc créé des paradis sur terre, et si ça se passait si mal dans les camps de concentration et les goulags, c'est bien parce qu'ils n'étaient peuplés que de juifs ou de chrétiens!
et aussi la profondeur de l'argumentaire : "De même, Rome doit autoriser l'ordination des femmes": pour une démonstration, c'est une démonstration. Moi qui suis une femme et qui travaille avec des femmes, je peux affirmer que ça ne résoudrait absolument rien dans l'Eglise: ça ferait juste encore plus d'histoires.
Plus révélateur: le "soudain -tada...- l'Eglise se trouva en décalage avec les sociétés.": oui, vraiment, c'était surprenant que l'Eglise se trouve en décalage avec le monde.
ce qui est surprenant, c'est qu'elle le soit resté pendant 2000 ans, après que les juifs aient fait de même pendant 3000 ans, et qu'elle soit toujours là, égale à elle même, alors que le monde avec lequel elle est censée être en décalage, lui, s'effondre régulièrement, de guerres en crises, de dictatures sanglantes en démocraties décadentes, toujours à la recherche de l'idéologie du bonheur sur terre.
mais l'âge du Pape n'est pas un problème, à l'époque du "décentrement de l’Eglise de l’Europe vers l’Asie et l’Afrique " : ces continents n'ont pas cette culture djeuns' qu'on a construite en Europe: chez eux, les vrais sages, ce sont les vieillards! Ce que vous appelez un "conservatisme romain désuet", c'est aussi "le dépôt de la foi", et je crois que c'est une erreur que de penser qu'on peut faire mieux que ce que l'Eglise a toujours fait. Oui, on peut acheter des chasubles en nylon pour ne pas avoir à les repasser, on peut construire des églises en béton parce que ça coûte moins cher, on peut porter des baskets sous sa soutane pour aller marcher avec les jeunes, mais si on veut être prêtre ou chrétien en vivant comme le monde, en allant voir un voyant pour choisir entre deux fiancés, en faisant du spiritisme pour connaître les dernières volontés de papy ou de la méditation transcendantale pour visualiser ses vies antérieures, en couchant avec tout le quartier pour augmenter son "expérience sexuelle", en avortant ses 3 premiers enfants pour finir ses études, alors, non, désolée, on ne sera jamais de vrais chrétiens, on pourra dire "je suis croyant non pratiquant", mais à la vérité, on n'aura rien compris à l'amour de ce Dieu créateur qui vient nous sauver de l'emprise du démon. si Jésus est mort sur la croix, c'est pas juste pour faire joli: ça fait pas joli! c'est pour nous sauver. Mais pour ça, il faut se rendre compte à quel point on a besoin d'être sauvés, et de quoi: pas seulement de nos petites contrariétés, de notre envie d'une glace à la vanille, de notre caractère un peu emporté: on vit sous influence, on ne s'en rend pas compte. Je ne suis pas parano, mais quand on a vécu une délivrance, qu'on a connu le "avant" et le "après", et qu'on a compris à quel point notre liberté pouvait être liée, alors on comprend de quoi Jésus est venu nous sauver. Et on ne se sauve pas juste en essayant de faire de notre mieux, sinon, la Passion n'aurait aucun sens, mais en suivant ce que l'Eglise nous demande, parfois sans comprendre tout à fait, parce que ça nous dépasse.
Alors des réformes, oui, je ne dis pas, mais si le Pape, les Papes, les cardinaux, en acceptent certaines et en refusent d'autres, n'allons pas trop vite juger qu'ils sont vieux, séniles, ou désuets. Personne n'a comme eux une vision large de l'humanité, dans le temps et dans l'espace, et peu ont comme eux, un détachement et une vision sur le long terme.
"L’eucharistie, c’est vraiment tous les dimanches ?": oui, franchement, là, c'est oui! On en a besoin. Des martyrs sont morts pour ça avant que d'autres ne meurent pour le droit de vote. "sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre": je ne comprends pas forcément bien: je vivais aussi quand je n'allais pas à la messe, mais était-ce la même vie? savez-vous ce que je vivais quand je n'allais pas à la messe? je ne le dirai pas ici, c'est trop dur, mais ne croyez pas trop vite que le Pape se trompe.
par contre, pour le jeu de mot "il n’a jamais cherché à devenir Pape. Je ne lui jette pas la pierre.", chapeau! il fallait oser...
(à titre indicatif, je ne suis ni intégriste ni même tradi, je viens d'une famille d'ouvriers, catholiques très simples, trop pauvres pour nous protéger de la société, et j'ai passé par la machine à détruire les vies, cette machine que d'autre appellent "mai 68", d'autres "le progressisme". Jésus est venu me rechercher:;depuis, je panse mes plaies, et ça m'est tout à fait égal que des gens pratiquent leur foi n'importe comment si ça leur parle à eux.
Mais je voudrais que plus jamais, plus jamais, des gamins aient à vivre ce que nous, on a vécu. Et je ne parle que de l'Europe, je ne parle même pas de ce que vivent les filles dans des pays peu ou pas christianisés, ou dans les filières de prostitution, indispensable corollaire du libertinage sexuel... Non, ne critiquons pas trop vite l'Eglise.
3 De Marc - 24/04/2010, 21:02
Merci pour votre commentaire Do, c'est intéressant.
L'âge du capitaine n'est pas en soi le problème, c'est une illustration de la difficulté que je sens parfois à faire la distinction entre ce qui relève de la Tradition et de la tradition.
Pour le reste tous les jeunes ne fument pas du crack en faisant des tournantes dans les caves
4 De Bashô - 25/04/2010, 00:00
do> "dans les filières de prostitution, indispensable corollaire du libertinage sexuel... " mais ça a toujours existé madame. Déjà Saint Louis avait fait fermer les bains publics pour y mettre fin sans succès. Et savez-vous qu'au XIXème siècle, pourtant rigoriste en matière de morale, le trafic des prostituées avait déjà une échelle industrielle? Lourdes était un des pôles d'attraction en passant.
5 De Bert' - 25/04/2010, 02:36
Encore une fois bien en ligne avec l'analyse de do..
La question qui se pose n'est pas si le progrès est bien, mais ce que tu entends par progrès ? Tes idées de réformes que tu appliquerais si tu étais Pape (mazette on est mal barré.....;-) ) ?
Tu te doutes que certaines des évolutions que tu proposes seront bien vite vues comme des régressions par d'autres. Es tu sûr que l'Eglise actuelle ne se pose aucune question ni ne se remet en question même si les conclusions diffèrent de ce que tu pourrais souhaiter ?
Si certaines évolutions sont souhaitables il ne faut pas voir forcément l'évolution du monde comme un modèle à suivre (modèle qui subit également des crises) à tout prix et à toute vitesse.
6 De C.S. Indhal - 25/04/2010, 18:13
D'accord avec Do' et Bert'. Et on ne peut pas m'accuser d'obscurantisme poussiéreux ou de rigorisme ultra-conservateur sans esprit critique : je suis jeune (selon les critères des JMJ, càd moins de 30 ans) et Philosophe. Et j'assiste à la messe en Français courant, si ça peut rassurer certains.
Ce qui me gêne beaucoup dans votre propos, ici comme ailleurs, c'est une espèce de volonté de discréditer un fantôme, "Rome" ou "le Vatican", comme une espèce d'ennemi de l'Eglise véritable et du message du Christ. Comme si une Curie de vieillards plus ou moins séniles et certainement pas au fait des réalités du monde d'aujourd'hui ne pouvait entrainer l'Eglise que dans le gouffre d'un conservatisme désuet et obsolète, et par conséquent, n'avait aucune légitimité à gouverner l'Eglise. Eh bien moi je crois au contraire que c'est une grande sagesse et une grande force de l'Eglise d'aujourd'hui que d'être gouvernée par des hommes qui ont un âge certain, un vrai recul sur la vie, qui ont vu passé des crises, des réformes, de belles réalisations, et qui ont un grand sens du discernement. Et quand je lis ce qu'écrit un Pape comme Benoît XVI, dans ses encycliques, ses lettres pastorales, ses homélies et discours, je crois qu'à 83 ans, notre Saint-Père voit bien mieux que certains 'jeunes' qui gouvernent nos Etats les véritables enjeux du Monde actuel, tant européen qu'américain, africain et asiatique. De même que je reste très touché et ému par le souvenir d'un Jean-Paul II que je n'ai connu qu'affaibli, marqué par la maladie, diminué et presque anéanti dans ses derniers moments. Certains déjà à cette époque appelaient à la démission du Pape. Ils négligeaient totalement la puissance de compassion d'un Pape qui souffrait avec les fidèles qui lui étaient confiés. Ils ne pouvaient probablement pas comprendre l'immense émotion suscitée par ce Pape lors de sa dernière bénédiction urbi et orbi, bénédiction muette qui est restée dans bien des mémoires. J'ai aussi revu des images de JP II aux JMJ de Paris : déjà affaibli par la maladie, on voyait pourtant rayonner de sa personne, de ses yeux, de son sourire crispé une bonté, une générosité, un amour fort et aussi une grande joie d'être avec tous ces jeunes, d'entendre leurs chants et leurs cris... Et un brin d'espièglerie quand ce grand homme s'est mis à accompagner comme il pouvait de ses deux bras le mouvement de balancement de la foule ! S'il y avait eu une 'holà', je suis prêt à parier qu'il aurait d'une façon ou d'une autre participé !
Alors le progrès : OUI, bien sûr ! Et Vatican II a été un immense progrès pour l'Eglise ! Mais le progrès n'est pas une valeur en soi. Les modifications progressive des structures et des habitudes de l'Eglise ne doivent se faire que dans une logique d'Amour et de Vérité. Comme le disait Benoît XVI en parlant de Vatican II : il ne s'agit pas d'abolir la Tradition, mais de continuer et de développer la Tradition.
7 De Mike - 26/04/2010, 13:40
En Afrique, on dit qu'un viellard assis voit mieux qu'un jeune debout. L'âge de Benoit XVi ne me pose personnellement aucun problème. Par contre, j'ai trouvé interressant un certain nombre de questions que vous posez: "Qui a décidé qu’il fallait forcément des séminaires pour les Séminaristes ? Pourquoi un prêtre diocésain devrait-il toujours rester dans son Diocèse ?" La reponse est simple: le Concile de Trente. Face à la crise de l'Eglise à cette époque, le manque de formation des prêtres, le fait que des evêques pouvaient carrement delaisser leurs diocèses, les pères conciliaires ont mis en place ces mesures. J'ai trouvé l'exemple du schisme d'occident utilisé par M. Barbier particulièrement inapproprié. Les Etats n'ont commençé à s'emanciper en Europe qu'au XVI siècle. J'aurais préféré qu'il prenne l'exemple du XIXe siècle où à mon avis l'Eglise n'a pas vraiment su lire les "signes des temps" en dehors probablement de Leon XIII. Je trouve que votre problematique Eglise et progrès est interressante: Qu'est ce que l'Eglise peut abandonner pour s'adapter sans renier le depôt de la foi? il ne fait pas de doute que la position des lefevbristes et de certains mouvements évangeliques n'est pas la bonne. Mais celle defendue par l'Eglise anglicane et les Eglises luthero-reformés a debouché sur une situation perilleuse pour ces dernières qui ont pourtant épousé sans complexe la modernité. Il faudra que l'on évitede tomber dans le même piège que Hans im Glück (conte des frères Grimm rapporté par j. Ratzinger dans son " La foi chrétienne hier et aujourd'hui". IL semble que ce gars avait un sac d'or si lourd qu'il se laisse convaincre de remplacer son contenu par des substituts qui avaient de moins en moins de valeur. A la fin, Hans se retrouve avec comme seul bien de valeur une meule à aiguiser, ce qui l'amène à jeter son sac sans tergiverser.
8 De Erasmus - 26/04/2010, 23:56
Sur la question de l'"âge du capitaine"
Si je ne me trompe pas, une des originalités de l'Evangile est bien qu'il nous est annoncé par un homme à qui l'on reproche de ne pas être éduqué alors qu'il parle avec autorité et de ne pas avoir cinquante ans ! 2000 ans plus tard, on veut nous expliquer que tout a changé et qu'il s'agit désormais de nous en remettre à de nobles vieillards ! Que voulez-vous, je crois pas que cela soit juste et conforme au message chrétien. Un Vatican dirigé par des gérontes n'est pas très chrétien à mes yeux... Je suis désolé mais c'est ce que je pense.
9 De DO92 - 26/04/2010, 23:59
Un des points forts de l'Eglise est sa capacité d'inculturation, dans l'espace et dans le temps. Cela n'est pas toujours facile, car le discernement n'est pas évident en ce domaine. L'Eglise a démarré en se posant ces questions du monde. Cela a pris du temps, prends du temps et prendra du temps. Mais cela continuera. Et j'ai confiance pour cette raison.
Ce que le "progrès " apporte de changements peut ainsi être évalué à la lumière de l'Evangile et de l'expérience. Et certains de ses apports peuvent sans doute être assimilés tels quels, mais d'autres ont besoin d'être requalifiés ou rejetés. Il faut de la réflexion. Cela demande des efforts. Toute réflexion a aussi besoin de temps pour se déployer.
Pour la prise en compte du temps, je me demande si notre monde médiatique n'a pas pris à son compte, et à son niveau, mais en l'aggravant encore la dictature du court terme symbolisée par les bilans trimestriels tant décriés à une époque...
10 De Louve - 27/04/2010, 11:33
@ Erasmus
Il faut mettre au compte de Jésus que sa mère était sans doute une super catéchiste...
Ah oui, et aussi qu'il était Dieu.
11 De C.S. Indhal - 05/05/2010, 20:18
Merci pour ce petit trait d'humour, Louve !
@ Erasmus : vous proposez quoi, en remplacement ? Un Vatican dirigé par des plus jeunes, disons 40-50 ans ? Non, parce que bon, déjà, le Droit canon impose la retraite à 75 ans, il me semble. Donc les gérontes sont pas non plus les gâteux séniles et centenaires qu'on nous décrit trop souvent... Et puis, juste comme ça, même si vous les remplaciez tous par des hommes de 50 ans, pour moi ça serait déjà des 'vieux', pas en accord avec ce que vivent les jeunes de mon âge... Et si vous mettiez des jeunes de mon âge, toutes les personnes de plus de 40 ans trouveraient ces hommes-là coupés de ce que elles, elles vivent. (Et même moi, je ne vois pas comment on pourrait sérieusement confier à des hommes de mon âge la responsabilité de gouverner l'Eglise !). Sans compter, d'ailleurs, les personnes de cultures orientales, asiatiques ou africaines qui considèrent (pour la plupart) qu'un personne d'un âge avancé est plus sage qu'un personne d'âge mûr.
@ Mike : "Qu'est ce que l'Eglise peut abandonner pour s'adapter sans renier le depôt de la foi? il ne fait pas de doute que la position des lefevbristes et de certains mouvements évangeliques n'est pas la bonne." Je ne me reconnais dans aucun de ces deux types de pratiques, mais je ne vois pas ce qui vous permet d'affirmer qu'il n'y a pas de doute sur la question... Qu'est-ce qui prouve que la position de ces courants-là n'est pas 'la bonne' ?
12 De Marc - 05/05/2010, 23:09
@C.S. Indhal : le droit canon impose la retraite à 75 ans : non, c'est l'âge limite pour être Evêque ça, mais il n'y a aucune limite pour les Cardinaux, sauf la limite de 80 ans pour voter.
Pour ce qui concerne la perception eurasienne d'une certaine forme de sagesse dans l'âge c'est un peu court comme argument non ?
13 De Bretzel - 06/05/2010, 15:33
Hum... il existe pourtant bien une solution : la (vraie) collégialité... !!...
14 De C.S. Indhal - 06/05/2010, 19:47
@ Marc : il faut vérifier, avant de parler ! Même pour les cardinaux : "Can. 354 - Les Pères Cardinaux préposés aux dicastères et autres institutions permanentes de la Curie Romaine et de la Cité du Vatican, qui ont soixante-quinze ans accomplis, sont priés de présenter la renonciation à leur office au Pontife Romain qui, tout bien pesé, en décidera."
Bref, il y a renonciation à tout office de gouvernement de l'Eglise à 75 ans accomplis. Mais il arrive que le Pape mette quelques années avant d'accepter cette renonciation.
@ Bretzel : qu'est-ce que vous nommez 'vraie collégialité', en l'occurrence ?
15 De Flam - 09/05/2010, 16:13
Franchement se fonder sur les éditos de Barbier avec sa lecture bien à lui des épisodes historiques... Il avait d'abord tenté de ressusciter le gallicanisme... échec. Voilà qu'il nous ressort le grand schisme d'Occident (sans doute, de nouveau pour avoir un pape bien français, en Avignon ?) sans que je voie aucune pertinence dans le parallèle : ce n'est pas le seul moment où il y a eu des bouleversements sociaux ! Et l'Eglise a survécu à la disparition de la féodalité comme à celle de l'Empire : en se détachant d'un support humain auquel elle n'aurait pas dû s'arrimer. Plus précisément elle s'est détachée successivement de l'Empereur, du système féodal, plus tard de la monarchie absolue, du culte de l'état-nation et maintenant si possible, de celui de l'individualisme hédoniste ! Je ne crains pas ce détachement, je le souhaite pour ma part !
En tout cas, sans le savoir, Barbier tombe juste quand il dit que Benoît XVI demande aux prêtres de "finir crucifiés à 33 ans". Il se méprend juste sur ce qu'est le sens de la Croix, adhésion au Christ et victoire sur la mort. Pour moi ses mots sonnent creux : des prêtres que je connais, il n'y en a pas qui soient malheureux de leur célibat (et non il ne s'agit pas de prêtre tradis).
16 De Mike - 10/05/2010, 12:30
C.S. Indhal vous avez raison. En disant "il n'y a pas de doute...", j'ai été peremptoire et j'aurais du developper au minimum. Disons que je ne me sens pas la force de le faire pour l'instant. Cela dit, ces propos ne visent en aucune façon à denigrer les uns et les autres.