vaticanIII.jpg« Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole ». Chacun campe donc sur ses positions et surveille ciel, terre et mer pour tenter une riposte rapide. La guerre médiatique qui se déroule actuellement autour des scandales de pédophilie dans l’Eglise s’annonce longue. Très longue.

Pas une journée sans que les médias ne révèlent une nouvelle affaire ou un silence coupable. Rome et avec elle une grande partie de l’Eglise s’essaye à une plus grande transparence et un important travail de vérité sur elle-même. Mais s’enferme aussi dans une logique purement défensive essayant à tout prix de sauvez le soldat Benoît, parfois au mépris de toute lucidité ou regard critique. Enfin notons que des kamikazes font des sorties meurtrières, obligeant le Vatican aàun service après-vente sur sol glissant avec triple saut périlleux.

Du coté des clochers, le moral n’est pas au beau fixe.

En effet, à quelques jours des 5 ans de pontificat de Benoît XVI, cette crise a un air de déjà vu. Rarement un pape a commis autant de maladresses verbales et pastorales en si peu de temps, déchainant des orages médiatiques à répétition. L’ensemble des Vaticanistes s’accordent sur ce point, au-delà des opinions sur les prises de positions du Pape. Tel Andrea Tornielli "Le Vatican ne se rend pas encore compte à quel point la crise médiatique est sérieuse", ou George Weigel "Il serait utile que les dirigeants du Saint-Siège parlent un peu plus avec les journalistes".

Pour éteindre l’incendie, certains préconisent des solutions radicales.

Se taire, faire profil bas. C’est le conseil du Père Gourrier ce matin sur France Inter.

Le Pape appelle aujourd'hui les chrétiens à faire pénitence. Il serait bien qu'il fasse appel à l'ensemble des catholiques dans d'autres occasions que de faire pénitence. Il faut du culot alors que le trouble que connaît l'Église n'est du qu'à une infime partie des chrétiens.

Mais au-delà des affaires de pédophilie, peut être est-il nécessaire de porter notre regard un peu plus loin. Non pas pour fermer les yeux sur les nombreuses affaires, mais pour essayer de voir en quoi cette crise est révélatrice d’une importante réforme à conduire.

L’absence de dialogue au sein de l’Eglise a cette fâcheuse conséquence que toute critique est vécue comme une agression. De fait, il est inquiétant de constater à quel point beaucoup voient le traitement médiatique actuel comme une sorte d’entreprise de désinformation organisée par des groupuscules hostiles à l’Eglise. A vivre mentalement dans une citadelle assiégée par un monde hostile, on s’enferme très vite dans un déni proche de l’autisme.

La seule solution pour sortir de cette impasse est de développer une culture de l’échange et de la parole au sein de l’ensemble des communautés chrétiennes. Car il n’est jamais facile d’être à l’écoute en gardant les mains sur les oreilles.

Ce n’est pas l’option de Benoît XVI : il l’a prouvé avec la libéralisation du rite latin en 2007 ainsi qu’avec la levée des excommunications des Evêques de la Fraternité Saint Pie X en 2009. Jamais les Evêques Français, pourtant directement concernés, n’ont été tenus au courant ou associés à la réflexion.

Mais ce vaste chantier devra, d’une manière ou d’une autre, sans doute avec son successeur, s’ouvrir. Il en va de la respiration même de l’Eglise. Et de sa survie. Elle est par nature dialoguale. C’est aussi le sens de l’incarnation de Jésus. Non pas une Parole qui descend du haut des nuages, mais qui se fait chair, proche, au milieu de nous.


Quelle est encore la crédibilité de l’Eglise à prendre position sur les aspects touchants aux mœurs et à la sexualité ? Je pense qu’il serait sage et opportun d’observer pendant un temps un devoir de réserve. Mais également de réfléchir à nos prises de positions. Je me pose depuis longtemps une simple question : pourquoi quand l’Eglise prend position sur l’immigration, l’environnement, la culture, on ne constate finalement que peu d’écart avec l’opinion publique, au contraire des prises de positions sur les questions morales sexuelles ?

Mettons à profit ce temps de silence forcé pour essayer de réfléchir à cela.

Enfin, à la lecture des nombreuses tribunes publiées dans les journaux depuis un mois, j’ai le sentiment que cette crise a aussi servi de soupape à de nombreux acteurs de l’Eglise pour évoquer des réformes et questions aujourd’hui nécessaires. Comme si maintenant dans le mur, il était possible de dire tout haut qu'au delà des affaires de pédophilie, l'Église toute entière doit prendre conscience que son avenir et sa pertinence passe par un regard lucide sur elle même.

De fait, je repense à la tribune de Mgr François FAVREAU, publié il y a maintenant 8 ans, juste avant son départ du Diocèse de Nanterre :

Vatican II a été un temps privilégié de la vie de l'Église, temps d'action de l'Esprit Saint pour guider, orienter, renouveler, réformer l'Église de Jésus Christ: il est notre grâce aujourd'hui encore. J'invite souvent à revisiter le Concile pour entendre ce qu'il nous dit, pour continuer sur sa lancée en poursuivant les recherches ouvertes, pour rester fidèles au dépôt de la foi qu'il nous livre.

Ce Concile n'est ni le point zéro de l'histoire de I'Église ni un nouvel évangile. Il n'annule pas les précédents conciles, même quand il en ouvre l'interprétation. Il n'interdit pas la convocation dans I'avenir d'un nouveau concile.

Quarante ans après l'ouverture de Vatican II, je crois que ce nouveau concile serait fort nécessaire pour l’Eglise et pour sa mission.

Il ne suffit plus d'« aménager » il faut « déménager ».. Autrement dit, il devient nécessaire d'habiter autrement un monde devenu autre. Il ne suffit plus d'adapter notre langage, il est nécessaire de retrouver les questions premières et d'offrir les éléments de réponse que nous recevons de la Parole de Dieu accueillie en Église. Il ne suffit ni de prophétiser, ni de contester, ni de transgresser: il est nécessaire d'oser dire Dieu et d'inventer la façon de vivre en ce temps-ci la Vie nouvelle. Il n'y a de fidélité que dans le courage des évolutions et dans la joie de l'espérance rendant compte de ce qui l'habite. (...)

Mgr François FAVREAU, Il n’y a de fidélité que dans le courage des évolutions, La Croix - Sam - Dim 28- 29 Sept 2002

nb : j'ai conscience que mon billet est écrit au vitriol, mais c'est aussi en réaction aux forteresses dans lesquelles de trop nombreuses personnes s'enferment, mûes par un réflexe défensif, de volonté de sauvegarde de l'institution. Le même réflexe de silence qui est à l'origine du scandale que nous traversons.