Vatican III ?
« Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole ». Chacun campe donc sur ses positions et surveille ciel, terre et mer pour tenter une riposte rapide. La guerre médiatique qui se déroule actuellement autour des scandales de pédophilie dans l’Eglise s’annonce longue. Très longue.
Pas une journée sans que les médias ne révèlent une nouvelle affaire ou un silence coupable. Rome et avec elle une grande partie de l’Eglise s’essaye à une plus grande transparence et un important travail de vérité sur elle-même. Mais s’enferme aussi dans une logique purement défensive essayant à tout prix de sauvez le soldat Benoît, parfois au mépris de toute lucidité ou regard critique. Enfin notons que des kamikazes font des sorties meurtrières, obligeant le Vatican aàun service après-vente sur sol glissant avec triple saut périlleux.
Du coté des clochers, le moral n’est pas au beau fixe.
En effet, à quelques jours des 5 ans de pontificat de Benoît XVI, cette crise a un air de déjà vu. Rarement un pape a commis autant de maladresses verbales et pastorales en si peu de temps, déchainant des orages médiatiques à répétition. L’ensemble des Vaticanistes s’accordent sur ce point, au-delà des opinions sur les prises de positions du Pape. Tel Andrea Tornielli "Le Vatican ne se rend pas encore compte à quel point la crise médiatique est sérieuse", ou George Weigel "Il serait utile que les dirigeants du Saint-Siège parlent un peu plus avec les journalistes".
Pour éteindre l’incendie, certains préconisent des solutions radicales.
Se taire, faire profil bas. C’est le conseil du Père Gourrier ce matin sur France Inter.
Le Pape appelle aujourd'hui les chrétiens à faire pénitence. Il serait bien qu'il fasse appel à l'ensemble des catholiques dans d'autres occasions que de faire pénitence. Il faut du culot alors que le trouble que connaît l'Église n'est du qu'à une infime partie des chrétiens.
Mais au-delà des affaires de pédophilie, peut être est-il nécessaire de porter notre regard un peu plus loin. Non pas pour fermer les yeux sur les nombreuses affaires, mais pour essayer de voir en quoi cette crise est révélatrice d’une importante réforme à conduire.
L’absence de dialogue au sein de l’Eglise a cette fâcheuse conséquence que toute critique est vécue comme une agression. De fait, il est inquiétant de constater à quel point beaucoup voient le traitement médiatique actuel comme une sorte d’entreprise de désinformation organisée par des groupuscules hostiles à l’Eglise. A vivre mentalement dans une citadelle assiégée par un monde hostile, on s’enferme très vite dans un déni proche de l’autisme.
La seule solution pour sortir de cette impasse est de développer une culture de l’échange et de la parole au sein de l’ensemble des communautés chrétiennes. Car il n’est jamais facile d’être à l’écoute en gardant les mains sur les oreilles.
Ce n’est pas l’option de Benoît XVI : il l’a prouvé avec la libéralisation du rite latin en 2007 ainsi qu’avec la levée des excommunications des Evêques de la Fraternité Saint Pie X en 2009. Jamais les Evêques Français, pourtant directement concernés, n’ont été tenus au courant ou associés à la réflexion.
Mais ce vaste chantier devra, d’une manière ou d’une autre, sans doute avec son successeur, s’ouvrir. Il en va de la respiration même de l’Eglise. Et de sa survie. Elle est par nature dialoguale. C’est aussi le sens de l’incarnation de Jésus. Non pas une Parole qui descend du haut des nuages, mais qui se fait chair, proche, au milieu de nous.
Quelle est encore la crédibilité de l’Eglise à prendre position sur les aspects touchants aux mœurs et à la sexualité ? Je pense qu’il serait sage et opportun d’observer pendant un temps un devoir de réserve. Mais également de réfléchir à nos prises de positions. Je me pose depuis longtemps une simple question : pourquoi quand l’Eglise prend position sur l’immigration, l’environnement, la culture, on ne constate finalement que peu d’écart avec l’opinion publique, au contraire des prises de positions sur les questions morales sexuelles ?
Mettons à profit ce temps de silence forcé pour essayer de réfléchir à cela.
Enfin, à la lecture des nombreuses tribunes publiées dans les journaux depuis un mois, j’ai le sentiment que cette crise a aussi servi de soupape à de nombreux acteurs de l’Eglise pour évoquer des réformes et questions aujourd’hui nécessaires. Comme si maintenant dans le mur, il était possible de dire tout haut qu'au delà des affaires de pédophilie, l'Église toute entière doit prendre conscience que son avenir et sa pertinence passe par un regard lucide sur elle même.
De fait, je repense à la tribune de Mgr François FAVREAU, publié il y a maintenant 8 ans, juste avant son départ du Diocèse de Nanterre :
Vatican II a été un temps privilégié de la vie de l'Église, temps d'action de l'Esprit Saint pour guider, orienter, renouveler, réformer l'Église de Jésus Christ: il est notre grâce aujourd'hui encore. J'invite souvent à revisiter le Concile pour entendre ce qu'il nous dit, pour continuer sur sa lancée en poursuivant les recherches ouvertes, pour rester fidèles au dépôt de la foi qu'il nous livre.
Ce Concile n'est ni le point zéro de l'histoire de I'Église ni un nouvel évangile. Il n'annule pas les précédents conciles, même quand il en ouvre l'interprétation. Il n'interdit pas la convocation dans I'avenir d'un nouveau concile.
Quarante ans après l'ouverture de Vatican II, je crois que ce nouveau concile serait fort nécessaire pour l’Eglise et pour sa mission.
Il ne suffit plus d'« aménager » il faut « déménager ».. Autrement dit, il devient nécessaire d'habiter autrement un monde devenu autre. Il ne suffit plus d'adapter notre langage, il est nécessaire de retrouver les questions premières et d'offrir les éléments de réponse que nous recevons de la Parole de Dieu accueillie en Église. Il ne suffit ni de prophétiser, ni de contester, ni de transgresser: il est nécessaire d'oser dire Dieu et d'inventer la façon de vivre en ce temps-ci la Vie nouvelle. Il n'y a de fidélité que dans le courage des évolutions et dans la joie de l'espérance rendant compte de ce qui l'habite. (...)
Mgr François FAVREAU, Il n’y a de fidélité que dans le courage des évolutions, La Croix - Sam - Dim 28- 29 Sept 2002
nb : j'ai conscience que mon billet est écrit au vitriol, mais c'est aussi en réaction aux forteresses dans lesquelles de trop nombreuses personnes s'enferment, mûes par un réflexe défensif, de volonté de sauvegarde de l'institution. Le même réflexe de silence qui est à l'origine du scandale que nous traversons.

























Commentaires
Ecris au vitriol mais à mes yeux, il tire juste, très juste sur toute l'analyse de la situation actuelle. Pour cela, je dois avouer que vous avez mis des mots sur la vision qui se forme doucement dans mon esprit sur tout cela. Mais, dans la partie où vous exprimez votre opinion sur une des voies qui s'ouvrent à nous, je n'arrive pas à me dire que Vatican II a fini son travail et qu'un nouveau concile aiderait.
Certes, cela créerai peut être un élan. Certes, cela serait un signe, dans et en dehors de l'Eglise. Certes, ceux qui veulent une rupture la verront, ceux qui veulent une continuité la sentiront aussi puisqu'il sera forcément mis en oeuvre par les personnes actuellement à la curie romaine donc s'inscrira dans la lignée de leur travail.
Mais n'est-ce pas trop tôt ? Je dois être influencé par les conférences de Carême qui ont eu lieu à Paris récemment (portant sur la boussole qu'est Vatican II encore aujourd'hui) mais ce concile me semble être à peine en train de prendre toute sa profondeur. Il n'y a pas besoin de Concile pour que la curie romaine apprenne à parler avec le monde, et saisisse ce que les médias et la communication sont aujourd'hui dans ce monde. Il n'y a pas besoin de Concile pour que les diocèses, et les évêques, se forment à la communication : ils ont déjà commencé à le faire depuis quelques années, même s'il y a encore de nombreux ratés. Il n'y a pas besoin de Concile pour lutter contre la pédophilie dans l'Eglise : il faut des mesures concrètes et maintenant qu'elles sont posées (bien qu'elles aient commencé à être posées depuis quelques années aujourd'hui), le travail d'assainissement va avoir lieu. Cette purge, elle doit avoir lieu et elle doit être porté au grand jour.
En même temps, j'ai conscience que, du coup, je ne suis pas vraiment force de proposition moi même. Peut-être parce que j'en viens aussi à penser que la force de dialogue dans l'Eglise existe, la force de dialogue avec le monde de l'Eglise existe. Mais elle est discrète, elle ne hurle pas sa présence. Elle n'apparaît à la Une des journaux, elle ne suinte pas dans les reportages actuels.
C'est un peu décousu et je sais que je ne donne pas de solution. Mais vous appelez à un dialogue alors... Je me suis permise.
je ne suis pas tellement d'accord.
à mon travail, quand des collègues en mal de médisance prennent une personne pour lui casser du sucre sur le dos, je leur dis "moi, je n'ai pas envie de critiquer" et je sors, en rajoutant "maintenant, je ne suis plus là, vous pouvez me critiquer aussi, tant que vous y êtes", mais je ne commence pas à me dire "oui, c'est vrai, cette personne, elle est grosse, elle est casse pieds, il faudrait qu'elle change, je vais aller le lui dire, elle est trop bête pour y avoir pensé toute seule..."!
Si j'ai quelque chose à dire à cette personne, je vais même attendre que les médisances me soient sorties de la tête (ce qui n'arrive pas toujours) et je vais l'aider délicatement à évoluer si je pense que c'est mieux pour elle. Et si elle me dit "non merci", je lui fiche la paix. Ensuite, si elle a fait un truc grave contre un enfant, je vais le dire à la police, à la limite, mais je laisse les juges juger.
Là, je trouve que les médias s'en sont vraiment pris au Pape sans raison, car il y a au moins autant de problèmes dans l'Education nationale et aucun ministre de l'EN n'a été cité, il y a énormément plus de problèmes dans les institutions publiques pour enfants handicapés, et aucun ministre de la santé n'a été inquiété, Et il y a encore plus de problèmes dans les familles, et les ministres de la famille ne sont même pas concernés. alors je crois que ceux qui disent que le traitement est exagéré ont raison.
Ensuite, oui, réfléchir et prendre des mesures dans l'Eglise, je veux bien, mais apparemment, celles qui ont été prises ne sont déjà pas si mal, puisque les médias sont obligés d'aller chercher des cas prescrits et vieux de 20 à 40 ans pour charger le Pape! c'est bien qu'il n'y en a pas tant que ça depuis que l'Eglise a fait du ménage. Pourquoi les médias ne donnent-ils aucune indication sur la progression du nombre de cas dans l'Eglise et en dehors de l'Eglise depuis 60 ans? Ce serait une donnée objective, au moins, on saurait si on va dans la bonne direction ou pas. qu'est-ce que c'est que cette information où il n'y a que des cas isolés, du sentimentalisme, et aucune donnée objective, (sauf une, mais fausse)?
Ensuite, les médias sont les premiers à inciter aux relations sexuelles tout azimuts, alors je trouve qu'ils ne sont pas les mieux placés pour juger l'Eglise qui prône le mariage, la fidélité, et l'abstinence avant.
Il n'y a pas si longtemps, ils ont défendu Polanski pour une affaire exactement identique! (une gamine de 13 ans, non consentante, violée et sodomisée dans une maison prêtée par un acteur ami de Polanski, donc avec préméditation) c'est tout de même fort, non?
Comme pour Polanski, qu'ils laissent les juges faire leur boulot: si les victimes n'ont pas fait de procès, elles ont leurs raisons, comme la victime de Polanski qui a retiré sa plainte. Le silence n'est pas forcément le fait de l'Eglise, mais des victimes qui sont des enfants, qu'on ne croit pas forcément, qui ne disent pas forcément tout, ou qui le disent trop tard, et aussi de la nature de ces agressions: parmi les personnes que je connais, même adultes ou jeunes, qui se sont "faites" violer (comme si c'était elles), peu de plaintes ont abouti, et beaucoup ont stoppé en route tellement c'était éprouvant. L'Eglise ne cherche pas, à notre époque, à empêcher les gens de parler. Et à d'autres époques, ces problèmes étaient étouffés partout, pas seulement dans l'Eglise. Par ailleurs, ce n'est pas à l'Eglise de porter plainte! le supérieur hiérarchique ne peut pas savoir si c'est une accusation mensongère ou pas. Il n'a aucun moyen juridique pour le savoir. Il ne peut que s'appuyer sur le jugement civil. Ensuite, qu'il donne ou pas l'absolution au prêtre, ça dépend de ce qui est dit en confession seulement.
En plus, les compagnies d'avocats qui sont derrière cherchent à faire monter les enchères, mais les médias, ce n'est pas leur rôle d'entrer dans ce jeu; sinon, ça pose question: profit? idéologie? Pourquoi aucun grand média ne pose-t-il le problème de façon réaliste?
Je n'aime pas qu'on dise que c'est la faute du Vatican si on le critique quoi qu'il dise: on déforme et tronque les propos des cardinaux, comme Bertone, qui ne faisait que souligner que les prêtres dits pédophiles n'étaient en fait qu'homosexuels, puisqu'il n'avaient eu, pour la grande majorité, des relations o attouchements sexuels qu'avec des garçons pubères. on a retourné le propos! Et en cela, il ne parlait que des prêtres, pas de la pédophilie dans le reste du monde, puisque dans les familles, les filles sont plus concernées que les garçons: c'est évident que son propos ne fonctionne plus! Il n'est pas responsable du mauvais traitement volontaire qui est fait de ses propos, pas plus que les prêtres ne sont responsables des chiffres faux qui sont avancés contre eux:
exemple:
4392 accusations -au lieu de compter les condamnations effectives et sans préciser de quand à quand- sur 400 000 prêtres donneraient 1 pédophile pour 20 prêtres selon le monde! au lieu de 1%! qui est responsable? l'organisation interne de l'Eglise, ou le rédacteur du journal?
( http://www.lemonde.fr/opinions/arti... )
L'Eglise se remet sans arrêt en question, il y a toutes les tendances en son sein, c'est injuste de dire, quand on n'est pas chrétien, ce que doit faire l'Eglise! c'est profondément absurde, pour des athées, de dire aux croyants comment ils doivent vivre leur foi.
désolée pour la longueur, je devrais pas squatter les blogs des autres, c'est très pas bien je sais, mais de petites phrases rigolotes en slogans cassants, on perd l'important.
(et je ne parle pas de la responsabilité d'une société qui trouve que les femmes doivent absolument travailler et confier leurs enfants à des collectivités de 3 mois à 18 ans!)
Ouhhh là je ne suis pas du tout fan de ton vitriol et beaucoup de points de désaccords en ce qui me concerne.
J'apprécie beaucoup plus l'analyse de do ! Ton article me donne article me donne l'impression que tu te laisses entraîner par la foule qui crie à mort, le vatican tous des biiiip etc...
D'autres points sont gênants dans ton argumentaire :
En quoi les paroles du pape :
"Je vous demande d'offrir votre jeûne, votre prière, votre lecture de la Sainte Ecriture et vos œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l'Eglise qui est en Irlande" sont elles gênantes ?
Tous les chrétiens sont concernés par leur Eglise, pas seulement ceux qui se sont rendus coupables de pédophilie !
Mais alors même que tu considères que seule une petite partie des chrétiens sont fautifs et que seuls eux devraient prier "pour une effusion de la miséricorde de Dieu et des dons de sainteté et de force de l'Esprit Saint sur l'Eglise". Tu considères que l'Eglise entière devrait adopter un devoir de réserve sur les aspects touchants au moeurs et à la sexualité....
Pourquoi ne pas également proposer que l'Eglise la boucle concernant le péché en général, sur le fait que l'on doit aimer son prochain comme soi-même puisque après tout, nous mêmes sommes pêcheurs et n'arrivons pas à faire mieux que les autres.....
Mouais....
@Le Petit Chose : je suis d'accord sur le fait que le Concile Vatican II est encore dans une phase de réception, également bien d'accord qu'un Concile n'est absolument pas nécessaire pour lutter contre la pédophilie. Mais l'ensemble des crises que nous traversons met en lumière un fonctionnement global qui à mon avis est trop dépendant de quelques personnes, d'où la nécessité de mettre en clair de nombreux points.
@Do : je suis assez d'accord avec vous, sauf que finalement mon billet cherche à comprendre en quoi cette crise met en lumière des réflexes et des fonctionnements préjudiciables à tous. Il ne s'agit pas d'une analyse du phénomène de la pédophilie, mais de la crise en Eglise. En revanche, je ne pense pas qu'il faut aller chercher des responsables ou des responsabilités en dehors de l'Église. Il me semble difficile comme vous le faite de demander aux athées de ne pas prendre position sur l'Église mais d'aller chercher des responsables en dehors de l'Église.
@Bert : j'essaye de mettre en évidence le fait que Benoît XVI se tourne vers l'ensemble des chrétiens pour appeler à la pénitence, mais qu'il est beaucoup plus rare qu'il se tourne vers les chrétiens pour discerner les décisions à prendre. Ce fut notamment le cas avec les deux décisions importantes de 2007 et 2009 : il n'est pas normal qu'un homme seul, sans tenir compte des commissions en place, des personnes, des équilibres nationaux particuliers, puisse prendre ce type de décision.
Cher Marc, je ne trouve pas que ton article soit au vitriol. Au contraire, je trouve que commence par dire "pardon pour cet article au vitriol" alors que c'est TON avis en tant que chrétien, baptisé, montre à quel point nous n'avons pas cette culture du dialogue. Ecrire sur ce qui nous fait vivre en commençant par s'excuser montre à quel point justement nous avons besoin d'ouvrir les fenêtres et d'aérer notre Maison! Soyons justes: du vitriol c'est du Guillon, c'est du Desproges etc... c'est pas un article, pesé, réfléchi, fort éclairé et vrai (à mon sens, mais ça n'engage que moi) sur les difficultés que traverse l'Eglise!
Ou alors, mon Dieu, donnez nous des vitrioleurs!!! J'en redemande!
Je ne partage pas non plus tout à fait votre analyse. Il me semble avoir lu (dans le Figaro et chez Andra Tornielli) que la levée de l'excommunication avait déjà été discuté et accepté sur le principe par tous les cardinaux lors du dernier consistoire. Quant à la messe de Jean XXIII,Benoit XVI a écrit une lettre à l'épiscopat on ne peut donc pas dire qu'il n'a pas tenu compte d'eux sur ce point. Certes, il aurait pu en discuter avec eux avant, mais faut-il rappeler qu'un indult avait déjà été accordée par J.P II dans les années 80? Personnellement, si des fidèles veulent la messe selon le rite extraordinaire, j'ai du mal à voir pourquoi on le leur refuserait alors que Vatican II parle juste d'une plus grande prise en compte du laicat.
De plus, je pense qu'il ne sert pas à grand chose d'organiser un nouveau concile alors que le précédent n'a pas même pas encore été completement mis en oeuvre. Le concile de trente a attendu au moins un siècle avant d'être completement mis en oeuvre en France. Combien de temps faudra-t-il pour vatican II? Je n'en sais rien.
Enfin, je vous trouve injuste avec Benoit XVI. Dès le lendemain de son élection, il avait déjà été cloué au pilori par les médias occidentaux. je ne connais pas de pape qui ait connu une telle situation dans l'ère moderne pas même Pie IX. Je ne parlerais pas de complot (c'est absurde), mais reconnaissez qu'aujourd'hui l'information est geré la plupart du temps par quelques journalistes de l'AFP et de Reuters qui sont très souvent approximatifs voire carrement incompetents ou malhonnêtes lorsqu'il rapportent des information d'ordre religieux. Est-ce la faute du pape si les médias préferent parler des positions de l'Eglise dans le domaine sexuel plutôt que dans le domaine social? Prenez le temps pendant un mois seulement d'analyser les interventions du pape, vous serrez étonné par la place respective qu'occuppent les questions de moeurs et les questions sociales dans ses interventions.
je pense tout simplement qu'on est entré dans une nouvelle ère médiatique. IL faut apprendre à le gerer autant que faire se peut. Mais ce serait illusoire de croire qu'on le resoudra à coup de concile. A peine 5 ans après le concile Vatican II, certains parlaient déjà d'un concile vatican III qu'il faudrait organiser. Ce n'est pas notre activisme qui fera avançer l'Eglise.
Mon intervention pourrait faire que je pense que l'Eglise (et le pape) n'a absolument rien à se reprocher. Telle n'est naturellement pas mon intention.
Marc, j'avoue que je suis assez agacé quand j'entends cette qualification de "logique purement défensive". Il y a assez d'éléments objectifs qui montrent que sur ce sujet précis il y a au minimum une légèreté coupable, et certainement en plus, une volonté délibérée de focaliser sur certaines cibles choisies d'avance.
Je suis enseignant dans le public, et j'imagine très bien ce que donnerait un traitement analogue (déballer tous les cas depuis 40 ans, et toutes les tentatives d'étouffement/déplacement). Depuis le temps que les affaires concernant l'Eglise sont lancées, si la préoccupation des media était vraiment la pédophilie, voire la pédophilie dans les institutions à structure hiérarchique, c'est clair que la question des enseignants aurait surgi. Le simple fait qu'on n'en ait jamais parlé éclaire assez la nature du "débat".
En matière de communication, on peut faire des efforts au niveau de la communication interne. Quant à prétendre avoir une "bonne com' " dans les media, c'est coûteux (en temps, en hommes, en argent qui serait mieux employé ailleurs), c'est illusoire (ils ne tapent pas sur l'Eglise par hasard, même si je ne crois pas à un quelconque complot, il est clair que c'est une institution qui les dérange). Et surtout c'est extrêmement difficile d'être fidèle sur le fond quand on soigne trop la forme. Le mieux qu'on puisse espérer dans ce domaine c'est Jean Paul II : plutôt bien vu dans les media tant qu'il s'agissait de gestes ou de rassemblements, ignoré ou descendu en flèche dès qu'il s'agit de questions de fond. J'ai d'ailleurs découvert plusieurs de ses textes bien après son décès - ils sont souvent extraordinaires mais qui a entendu parler d'eux ? Bref il ne faut pas rêver, il y a des raisons de fond au désamour des média : ils nous demandent juste de cesser d'être ce que nous sommes !
Et puis, mince, que notre gouvernement claque du (=notre) fric pour soigner son image ça m'agace déjà prodigieusement (est-on vraiment dans la poursuite du bien commun ?), si l'église s'y met...
Pour Vatican III, clairement, il faudrait déjà que Vatican II soit mis en œuvre ! Les conciles sont des événements historiques au sens fort, il est normal qu'il faille de nombreuses décennies pour les absorber (on a vu le cycle : édicter - déformer - revenir à plus de fidélité au concile) ; je ne crois pas que le recours aux conciles comme un instrument de gestion / adaptation soit une bonne idée. La Communion anglicane est en train de se désagréger justement parce qu'elle cherche à se "mettre au goût du jour" tous les 10 ans environ. Ils en sont hélas au stade des synodes et contre-synodes parallèles.
@ Mike : je regrette, mais dans les 2 cas que je cite, personne n'était au courant. Le lettre de Benoît est justement une conséquence de cette absence de dialogue.
@Flam : attention, je n'ai aucune illusions, il n'y aura aucune réforme dans le sens que j'indique sous le pontificat de Benoît XVI, je ne rêve absolument pas à l'ouverture d'un Concile avant au moins 10 ans.
Effectivement, il existe des études historiques sur la mise en oeuvre des Conciles. On considère qu'il faut près d'un siècle. Mais c'était avant. Pour de multiples raisons, le temps n'est plus le même, le rythme du monde est différent. Comme l'explique très bien Isabelle de Gaulmyn dans une récente interview sur rfi, le centralisme Romain et les faibles moyens (elle fait le rapport par exemple entre le nombres de fonctionnaires à Paris et au Vatican, 40.000 c/ 3000) ne permet plus de rester dans les mêmes logiques.
Il faut une décentralisation globale, mais qui ne va pouvoir se faire je pense uniquement à travers une lecture ecclesiologique différente de la mission de l'Evêque de Rome. Ce qui permettra deux choses :
- Ouvrir la possibilité pleine et entière d'une réconciliation œcuménique
- Réintroduire la conduite de Concile Provinciaux et Nationaux
- Enfin vivre dans une logique synodale, qui soit une manière de vivre ensemble bien plus qu'un événement "t"
Je ne comprends pas que les catholiques ne comprennent pas que l'Eglise ne soit pas traitée comme l'Education Nationale. L'EN est une organisation purement humaine, mandatée et pilotée par la société pour assurer des missions d'éducation. L'Eglise se veut "hors de ce monde" et s'auto-proclame mandatée et pilotée par des forces supérieures pour transmettre le Message et montrer la voie à tous. En ayant posé la barre à hauteur divine, il n'est que normal qu'elle se prenne en retour des claques de divines proportions.
Même contresens avec la comparaison Polanski. Celui-ci prétend-il être détenteur de la Vérité et donner des leçons de morale à la terre entière ?
Et comme le souligne très bien do, mais à contrepoint, c'est justement parce que "l'Eglise prône le mariage, la fidélité, et l'abstinence avant" que les médias qui "sont les premiers à inciter aux relations sexuelles tout azimuts" sont particulièrement bien placés pour la critiquer quand (certains de) ses représentants montrent quel cas ils font desdits principes.
Marc, je ne retrouve pas l'info de Tornielli qui montre que la levée de l'excommunication était tout sauf une décision solitaire. Par contre cet article de JM Guenois le souligne bien. L'extrait pertinent:
"En admettant que l'ouragan s'apaise, les eaux resteront donc bien agitées pour la barque de Pierre. D'autant qu'aucun changement de cap ne s'annonce à Rome. On confirmait en haut lieu, hier encore, et contrairement aux explications de «dysfonctionnements», réelles mais superficielles, avancées ces derniers temps, que l'étude puis la décision de lever les excommunications avait été lancée dès 2001 sous le pontificat de Jean-Paul II. Cette décision a été ensuite explicitement soumise à deux conseils interdicastériels, c'est-à-dire à deux Conseils des ministres du Pape et à l'avis de tous les cardinaux du monde lors du consistoire de mars 2006. Elle vient donc de loin et n'a pas de raison de s'interrompre, assure-t-on, car elle est portée sans équivoque par Benoît XVI. Ce dernier l'inscrit, avec la reconnaissance du missel de Jean XXIII (messe dite «en latin») comme l'un des grands actes de son pontificat qui entend «interpréter» le concile Vatican II en tenant davantage compte de la tradition". Le lien: http://www.lefigaro.fr/internationa...
@ Mike : merci pour l'info, cela m'étonne, je vais faire de mon côté quelques recherches, mais si ce qui est ecri est vrai, je fait immédiatement les corrections à mon billet.
@ Yogi
Que le ressentiment du monde contre les prètres pédophiles soient plus forts que celui contre les professeurs, cela me semble en partie normal. Cependant, en tant que mère de famille, je me sentirais également profondément trahie si mon enfant était abusée par la personne qui est censée participer à son éducation ! On retrouve la même notion de "double trahison". Quel regard l'enfant aura-t-il ensuite de l'apprentissage ?
Et puis, oui, il est souhaitable que l'EN soit "traîtée" comme l'Eglise sur le thème de la pédophilie. Non pas "traîtée" dans le sens de traînée dans la boue, huée, décrédibilisée, mais dans la recherche de tous les cas remontant aux années 50-60, dans le but de permettre aux victimes d'être enfin écoutées et de prendre en compte les erreurs de gestion de ces cas.
@Yogi
Vous êtes en train de mélanger deux choses : la question civile et la question spirituelle.
La société, que je sache, ne reconnaît pas de droit spécifique à l'Église catholique (même si elle reconnaît la liberté de culte à ses citoyens). Quand on défend la neutralité en matière religieuse, on la défend des deux côtés !
Maintenant le sentiment de trahison (que j'ai moi-même mentionné sur le billet de Koz contre quelqu'un qui ne voulait pas "porter le poids" des actions des autres), il est évident que je le ressens de façon terrible comme catholique, il est évident que les victimes le ressentent de façon encore plus terrible (et vous avez pu voir que j'ai des raisons d'avoir une empathie particulière pour elles).
Mais j'ai du mal à comprendre comment certaines personnes soutiennent à la fois une vue purement sécularisée de l'Eglise tout en faisant semblant de se placer au plan spirituel pour la critiquer : faudrait choisir !
Ou alors il faut se décider à comprendre comment les deux s'articulent pour un croyant : l'Eglise est "immaculata ex maculis" (elle est elle-même Sainte même si elle reste composée des plus misérables pécheurs), ou encore selon un mot plus frappant encore, c'est "une chaste prostituée".
En tout cas, avec nos journalistes qui semblent raisonner pareil que vous, il n'est pas étonnant que le ménage ne soit toujours pas fait pour de bon dans le système éducatif. Je citais un rapport édifiant du Congrès américain ***en 2005*** remarquant que rien n'était fait ! on en est toujours aux déplacements en cas de problème : quand on voit que ça faisait déjà des années que la vague de scandale concernant l'église aux US avait eu lieu, vous ne trouvez pas ça sidérant ? Mais tant pis pour ces victimes-là, apparemment. Et je ne parle même pas de la France (où on se garde bien de faire un rapport).
Bonjour Marc,
Merci pour ce billet, parce que l'on y sent un vrai souci de l'Église, et pas seulement, justement, un coup de gueule ou du vitriol.
Mon analyse personnelle serait plutôt celle de Louve, mais effectivement, le dialogue au sein même de l'Église n'est pas encore optimal (doux euphémisme, je vous l'accorde). Je le vérifie aussi à un échelon beaucoup plus basique qui est celui de la relation entre les paroissiens. Arriver à faire droit au point de vue de l'autre sans se sentir agressé soi-même, arriver à dire son point de vue sans tomber ni dans le jugement ni dans la caricature, est en fait un véritable art.
Merci de nous aider à réfléchir.