casearemplir.jpgQuand sonne l’heure de la retraite, il est possible d’observer un même mouvement, une espèce d’appel de la nature, un truc quasi-génétique. Par exemple un Président de la République va consacrer une énergie considérable pour que l’ensemble de ses collaborateurs trouvent une place au soleil. Un PDG va prendre le temps de relire scrupuleusement son contrat, et si nécessaire faire voter en conseil d’administration quelques alinéas lui permettant d’envisager (plus) sereinement sa retraite dorée.

Un Evêque, c’est un peu différent. Ici pas de retraite ni de places à offrir. Mais parfois une envie de dire, de parler, de s’exprimer librement, sans contraintes.

Le phénomène n’est pas vraiment nouveau. Cela explique même quelques prises de positions.

Mgr Rouet lui a toujours été libre. Il le restera. C’est bien ainsi tant il est difficile de recueillir chez nos Evêques une parole sans langue de buis.

Mais sa dernière prise de position dans les pages du journal Le Monde en date du 3 avril me laisse néanmoins un peu songeur. En voici un extrait :

Ces révélations surviennent après plusieurs crises, qui ont jalonné le pontificat de Benoît XVI. Qui malmène l'Eglise ?

Depuis quelque temps, l'Eglise est battue d'orages, externes et internes. On a un pape qui est plus théoricien qu'historien. Il est resté le professeur qui pense que quand un problème est bien posé, il est à moitié résolu. Mais dans la vie, ce n'est pas comme cela ; on se heurte à la complexité, à la résistance du réel. On le voit bien dans nos diocèses, on fait ce qu'on peut ! L'Eglise peine à se situer dans le monde tumultueux dans lequel elle se trouve aujourd'hui. C'est le coeur du problème.

Au-delà, deux choses me frappent dans la situation actuelle de l'Eglise. Aujourd'hui, on y constate un certain gel de la parole. Désormais, le moindre questionnement sur l'exégèse ou la morale est jugé blasphématoire. Questionner ne va plus de soi, et c'est dommage. Parallèlement, règne dans l'Eglise un climat de suspicion malsain. L'institution fait face à un centralisme romain, qui s'appuie sur tout un réseau de dénonciations. Certains courants passent leur temps à dénoncer les positions de tel ou tel évêque, à faire des dossiers contre l'un, à garder des fiches contre l'autre. Ces comportements s'intensifient avec Internet.

En outre, je note une évolution de l'Eglise parallèle à celle de notre société. Celle-ci veut plus de sécurité, plus de lois, celle-là plus d'identité, plus de décrets, plus de règlements. On se protège, on s'enferme, c'est le signe même d'un monde clos, c'est catastrophique !

En général, l'Eglise est un bon miroir de la société. Mais aujourd'hui, dans l'Eglise, les pressions identitaires sont particulièrement fortes. Tout un courant, qui ne réfléchit pas trop, a épousé une identité de revendication. Après la publication de caricatures dans la presse sur la pédophilie dans l'Eglise, j'ai eu des réactions dignes des intégristes islamistes sur les caricatures de Mahomet ! A vouloir paraître offensif, on se disqualifie.

L'Eglise est menacée de devenir une sous-culture, interview de Mgr Rouet, Le Monde, 3 avril 2010

Sur le fond, je partage son avis. Son analyse rejoint d’ailleurs un billet assez récent sur la liberté des théologiens dans l’Eglise.

Non, ma préoccupation concerne l’attitude du Vatican sur le choix de son successeur. Surtout après ce genre de papier… En effet, Mgr Albert Rouet va quitter le Diocèse de Poitiers à la fin de l’année. Et disons le simplement, il n’est pas en odeur de sainteté dans les couloirs pontificaux.

Même s’il n’est jamais possible de connaître l’avenir, la probabilité qu’il soit remplacé par son contraire est importante, par un souci de « remettre un peu d’ordre ».[1]

La question est donc de savoir quelle est la part du « politique » et du « pastoral » dans les nominations. Car il ne faut pas se leurrer, on remplace plus facilement un Evêque qu’un choix pastoral en place depuis plusieurs années.

Mgr Rouet a fait le choix de la liberté. Reste maintenant à connaître le prix à payer pour le Diocèse de Poitiers.

Notes

[1] Bon aussi en raison de certaines rivalités épiscopales et Cardinaleques