Mais pourquoi est-il si méchant ? Depuis un peu moins d’un an, Hans Küng, théologien Allemand particulièrement critique envers Rome manifeste une haine particulièrement tenace contre le successeur de Pierre.
Ce fut d’abord le cas lors de la publication d’une tribune, notamment dans Le Monde en date du 28 octobre 2009, à propos de la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus, permettant d'accueillir des groupes anglicans au sein de l'Église Catholique Romaine.
Rebelote il y a quelques jours où face à la crise pédophile que traverse l’Eglise, Hans Küng propose comme solution d’abolir le célibat des prêtres. Je ne vais pas revenir une fois de plus sur l’absence de lien entre pédophilie et célibat. D’autres que moi en font très simplement la démonstration.
Jamais deux sans trois, et au cas où ceux qui sont vraiment tout au fond de la salle n’auraient pas bien compris, il demande au Pape Benoît XVI de s’excuser pour sa responsabilité dans le silence de l’Eglise.
Mais donc il est vraiment méchant ? Ben en fait non, c’est un peu plus compliqué que cela. L’homme vient juste de sortir le deuxième Tome de ses Mémoires, qui couvre la période de 1968 à 1980 ; l’occasion d’essayer de comprendre un peu plus le parcours assez singulier de cet homme en colère.
1965 : nous sortons tout juste du Concile Vatican II, expert théologien, le jeune professeur retrouve sa chaire, ses articles et études, ses voyages et ses recherches… ainsi que son collègue de travail, Joseph Ratzinger.
L’un et l’autre n’ont déjà pas la même logique ni la même méthodologie de travail : il ne partage pas la même vision de l’Eglise, notamment dans le domaine de la théologie dogmatique. Mais là n’est pas vraiment le propos. Une analyse sérieuse de leurs divergences mériterait un blog à elle seule.
Ce qui est important pour Hans Küng, c’est le souffle d’air, de liberté et d’ouverture que représente le Concile Vatican II. Il y voit une chance extraordinaire de pouvoir annoncer l’Evangile à un monde en pleine recherche de sens.
Porté par cet élan, il publie de nombreux livres, qui vont tous remporter un immense succès. Car précisons que l’homme est aussi doué en théologie qu’en communication. Même si ses plus récentes prises de positions ne rendent pas spécialement hommage à celui que le Foreign Policy considérait en 2005, avec notamment Joseph Ratzinger, comme l’un des intellectuels les plus influents du monde.
Deux livres vont particulièrement retenir l’attention de Rome : « Infaillible ? Une interpellation » en 1971 et « Etre Chrétien » en 1978.
Le premier constitue une remise en perspective (en cause ?) du dogme de l’Infaillibilité Pontificale, tant par une démonstration efficace de l’absence de sources pour assoir ce dogme que par l’analyse de l’ensemble du contexte historique. Le second se veut une présentation objective de la Foi chrétienne uniquement à partir des sources bibliques.
Va suivre une longue, très longue bataille de procédure entre Küng et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi[1] qui lui reproche certaines erreurs théologiques. De cette longue querelle, personne ne va sortir grandi. Les uns et les autres usant de stratagèmes politiques, de manœuvres et de joutes procédurales autour d’un procès qui va finalement aboutir à la condamnation par l’Eglise de Hans Küng, entraînant de facto la perte de son habilitation de professeur en théologie.[2]
Quelques mois plus tard, Joseph Ratzinger devient le préfet de cette tant redouté institution, cela jusqu’à son élection comme pape.
Mais alors tout le monde il est méchant ?
Nan, même si dans cette affaire, rétrospectivement, on découvre à la lecture de ce livre [3] que la mise au banc d’un brillant théologien comme Hans Küng aurait put assez facilement être évité par un dialogue franc et direct.
Mais il s’agit d’une époque très particulière que celle de la fin du Concile Vatican II, et notamment dans la recherche théologique.
Gardons en mémoire que la plupart, sinon tous les théologiens du Concile ont eu des soucis, interdictions, blâmes, parfois même obligation d'une vie monastique de la part de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi :
L’histoire de chacun de ces immenses théologiens est parfois révélatrice d’un certain sens de l’histoire : ainsi d’Henri de Lubac qui fut interdit d’enseignement pendant plus de 10 ans avant d’être fait Cardinal. Le cas d’Yves Congar est encore plus dramatique : réduit au silence durant plus de 15 ans, l’ensemble de ses idées sur l’œcuménisme, la place des laïcs et l’ecclésiologie vont être reprise par le Concile Vatican II. En remerciement, il sera finalement fait Cardinal sur son lit de mort.
Dans tous les cas, la postérité leurs donnera raison. Nul n’est prophète en son pays…
Est-ce à dire qu’il y a de grande chance pour qu’un jour les théories de Hans Küng trouvent un écho auprès de Rome ? Répondre dans un sens ou dans l’autre serait sans doute engager sa Foi uniquement sur sa vérité, ce qui à mon avis exclut toute vie en Eglise.
Si le deuxième tome des mémoires d’Hans Küng a un intérêt, un seul,… - euh, le seul d’ailleurs - c’est de mettre en lumière avec une perspective particulière les liens entre la recherche théologique et l’Eglise ; sans doute a-t-il raison de mettre comme fil rouge à sa vie la recherche de la Vérité.
Car c’est sans aucun doute par un travail sur le statut de la Vérité et des vérités que l'Église pourra se mettre en capacité d’être plus en dialogue avec elle-même.
Il est nécessaire que les théologiens puissent travailler librement, quitte à remettre en cause parfois certaines certitudes, sans jamais n’avoir à craindre comme une épée de Damoclès une possible condamnation des commissions théologiques Romaines.
Il est indispensable que le Peuple chrétien dans son ensemble puisse s’exprimer librement, sans aucune limite et puisse recevoir une réponse.
L’enjeu est fondamental : il est de savoir comment l’Eglise accueille et fait vivre en son sein différentes expressions.
Bien évidemment il est nécessaire que l’Eglise puisse aussi dire, simplement, publiquement, quels sont les frontières et limites de sa Foi. Mais sous une forme dialoguale.
Dans le cas contraire, et c’est finalement la conclusion que je tire de ses mémoires, c’est l’ensemble du peuple de Dieu qui est victime de cette façon de vivre ensemble.
L’Eglise-institution en accueillant aujourd’hui ce qu’elle a hier condamné, décrédibilise totalement son expertise; les théologiens critiques en s’enfermant peu à peu dans une monologue stérile et déconnecté des réalités, ou en quittant l’Eglise sur la pointe des pieds.
La période postconciliaire a de ce point de vue était particulièrement pauvre en dialogue. Les courants les plus traditionalistes ont crées leur propre mouvement, tombant rapidement dans une posture plus politique que pastorale, s’empêchant aujourd’hui tout retour à une pleine communion.
Les plus progressistes ont quitté dans le silence les Eglises, quelques uns restant sur le parvis, la plupart disparaissant vers d’autres vies.
Pie XII, qui en connaît un rayon question liberté théologique, soulignait que « là où n’apparaîtrait aucune manifestation de l’opinion publique, là surtout où il faudrait en constater la réelle inexistence, par quelque raison que s’exprime son mutisme, ou son absence, on devrait y voir un vice, une infirmité, une maladie de vie sociale » (déclaration aux journalistes catholiques du 17 février 1950)[4]
Le Père Gourrier résume très bien cette situation :
Il est pourtant essentiel que nous trouvions dans les années à venir les moyens et les structures de ce dialogue, sans avoir à nous autocensurer par crainte de sanctions.
Librement, car si tel n’est pas le cas, de quel droit l’Eglise pourrait-elle demander la liberté de parole aux Etats qui la lui refusent encore et donner des leçons de démocratie au monde ? Nous ferions comme ce candidat à la députation qui, au début du XXe siècle, demandait à la société la liberté d’expression au nom des principes, annonçant qu’il la lui refuserait au nom des siens…
Au grand jour, car faute d’une réelle volonté de dialogue, nous subissons trop souvent dans l’Eglise la « langue de buis » de certains discours ecclésiastiques, en tout point identique à la langue de bois de certains politiques. De même, faute de structures adaptées à cet effet, de nombreuses critiques circulent en interne à l’encontre de l’Eglise – que ce soit dans les sacristies, sous le porche des églises ou lors des dîners en ville -, critiquent qui n’aboutissent en général à aucun discours constructif…
Il est alors de bon ton de râler, en sourdine, contre l’Eglise « d’en haut » porteuse de toute les tares, l’Eglise « d’en bas » étant apparemment exempte de tout péché ! Un dicton populaire vient effacer d’un revers de main cette vision simpliste et à courte vue. Ne dit-on pas couramment de quelqu’un qu’il a « l’esprit de clocher », lorsque l’on veut souligner son étroitesse de pensée et son côté médisant ?
Lettre ouverte au prochain Pape – P. Patrice Gourrier, Flammarion DDB, 2004, p. 10
Notes
[1] Organisme qui dans l’Eglise a notamment pour mission de dire ce qui relève ou non de la foi de l’Eglise Catholique.
[2] Il reste néanmoins prêtre ; on lui interdit seulement l’enseignement
[3] qu’il faut néanmoins recouper avec d’autres sources pour ne pas avoir une lecture trop partisane des événements
[4] Source, la charte des Sacristains


19 réactions
1 De Mike - 31/03/2010, 11:19
Je ne sais pas si vous avez lu le document de la congregation pour la doctrine de la foi sur "la vocation ecclésiale du théologien" ici http://eschatologie.free.fr/docsegl... Ce document permet d'avoir la conception actuelle que se fait le magistère du rôle du théologien dans l'Eglise. Par rapport à Hans kung, lui-même, il me donne l'impression d'un homme tout simplement amer. Le second tome de ses memoires laisse voir un homme quasiment obsédé par joseph ratzinger comme s'il avait besoin de ce dernier pour se sentir désormais exister. Quant à ses livres qui ont eu du succès, ce sont à mes yeux plus des ouvrages de vulgarisation que tout autre chose
2 De Marc - 31/03/2010, 11:35
Voici le bon lien :
http://eschatologie.free.fr/docseglise/textes/letheolcath.htm
Oui j'ai lu, honnêtement, sans vouloir être vexant, c'est mignon comme texte, mais cela ne règle rien. Le texte dit tout et son contraire. D'un côté on trouve l'encouragement au travail de la théologie, et de l'autre l'interdiction d'une remise en cause trop profonde.
Enfin, attention de ne pas se méprendre, c'est juste une instruction : il faut toujours bien remettre cela a sa juste place.
Je suis d'accord Mike, Hans Küng est un homme amer, je ne recommande d'ailleurs pas son livre.
Mais j'essaye d'aller plus loin, de comprendre pourquoi il est aussi amer, et donc je pose la question du débat dans l'Eglise, car le problème n'est pas de savoir si Küng a tort ou raison finalement, mais de constater que l'Eglise accepte très très mal de répondre aux questions des théologiens et de "l'opinion publique" catholique, progressistes ou tradis d'ailleurs.
3 De Bashô - 31/03/2010, 14:43
Mike> Il est vrai que Hans Küng se laisse trop souvent emporter par son amertume, mais on ne peut pas contester sa qualité de théologien ; rappelons qu'il fut un des experts au Concile au côté de Congar, Ratzinger, Congar, Rahner.... Personnellement, je regrette beaucoup qu'il se soit fait dévoré par son amertume et ses rancoeurs, ce qui n'a que pour résultat un pure gaspillage de ses qualités intellectuelles réelles. Si on veut découvrir le Küng réellement intéressant, je recommande par exemple le "Credo : le Symbole des Apôtres expliqué aux Hommes d'aujourd'hui."
Sinon, pour les rapports entre le théologien et l'administration ecclésiale, on pourrait lire avec profit le "journal d'un théologien" de Yves Congar. Aujourd'hui, ça s'est beaucoup amélioré mais pas autant qu'on ne le voudrait; les droits de la défense sont à géométrie variable lors des procès canoniques (au passage, cela a valu à l'Italie une condamnation de la CEDH pour avoir reconnu un procès canonique en nullité de mariage pour violation des droits de la défense), les décisions sont parfois marquées du sceau de l'arbitraire, songeons par exemple à Claude Geffré qui s'était vu interdire (sans explication jusqu'à présent) son doctorat honoris causa alors même qu'il allait embarquer à l'aéroport.
4 De Mike - 31/03/2010, 15:10
Bashô, je ne m'en prenais pas à la qualité de hans kung en tant que théologien. je n'ai pas la compétence pour me prononcer sur ce point. Par contre, je me suis prononçé sur ses livres qui ont eu du succès, livres écrits après le concile et qui sont pour la plupart à mes yeux des livres de vulgarisation. Il ya par exemple une énorme différence entre sa thèse de doctorat (entre autre) et les livres dont je parle. Avant d'être dévoré par son amertume, Kung l'a d'abord été par les médias à qui il resiste difficilement de leur dire ce qu'ils veulent entendre. Il suffit de lire le journal du concile de Congar pour voir qu'il publiait régulièrement déjà dans la presse des articles avant la fin du concile pour dénoncer le "système romain". Ce journal de Congar est surtout interressant car il permet se rendre compte que Kung a commençé progressement à perdre la sympathie du théologien français entre le début et la fin du concile. Cela est aussi perceptible quoique à un moindre degré dans le journal du Concile du Père de Lubac.
5 De Jean-Baptiste Bourgoin - 31/03/2010, 15:29
Non, je ne pense pas.
"L'Église-Institution" a pour but de conserver le dépôt de la foi, de transmettre la parole du Christ etc. C'est une charge extrêmement lourde, car il s'agit de la parole de Dieu.
Qu'est-ce que cela implique ? Cela implique qu'elle doit-être précautionneuse, quitte à mettre de côté des pensées nouvelles dont elle ne connaît pas les conséquences, mêle si après un long travail de réflexion elle finit par les approuver.
Les théologiens catholiques ne sont pas des philosophes, ils ont pour mission d'expliciter et de transmettre la foi de l'Église, pas de mettre en avant leurs pensées personnelles sur le sujet à tout prix. Ils peuvent le faire, mais dans un certains contexte, et en mettant de côté leur autorité. Ou alors, s'ils avancent des idées incertaines, en attente de "validation", comme des vérités certaines, qu'ils en acceptent les conséquences.
Et quoi ? Les théologiens de qualités ont toujours finis par être reconnus par l'Église. L'Église sait revenir sur ses jugements. Quand on parle de Dieu, mettons de côté notre orgueil mondain, et faisons confiance à l'Église, elle saura trier le bon grain de l'ivraie. Si cela implique que son œuvre sera reconnue dans dix ans, oui c'est difficile, mais le sujet est bien trop grave pour que l'on s'impatiente pour des mondanités.
Il reste qu'il peut toujours y avoir des procès injuste, des jugements hâtifs, des crispations ridicules, au sein même de l'Église. Évidemment. Mais il me semble que cette attitude précautionneuse, si elle n'est pas idéale, et la seule qui soit à la mesure du respect que nous devons à la Parole de Dieu.
6 De Marc - 31/03/2010, 16:24
@ Jean-Baptiste : il me semble que normalement, dans l'Église, ce qui compte d'abord, se sont les personnes, et pas la préservation d'une institution.
La mission des théologiens, c'est aussi de pouvoir être une force de proposition, ce ne sont pas des ingénieurs en catéchisme.
J'attends que l'Église soit aussi une force de progrès et d'audace ce qui se conjugue assez mal avec des logiques de précautions : heureusement que les disciples et les apôtres n'ont pas eu ce type d'arguments avec l'enseignement du Christ.
Mais à la limite, prendre le temps de la réflexion, pourquoi pas, mais dans le respect des personnes et dans des logiques constructives.
Le traitement récent du Père Claude Geffré, qui n'est pas un dangereux anarchiste, est de ce point de vue très contestable.
7 De Louve - 31/03/2010, 18:01
@ Marc
Tu dis: "J'attends que l'Église soit aussi une force de progrès et d'audace ce qui se conjugue assez mal avec des logiques de précautions : heureusement que les disciples et les apôtres n'ont pas eu ce type d'arguments avec l'enseignement du Christ."
Je pense que tu fais erreur car les épîtres de Pierre, Paul, Jacques et les actes des apôtres font le récit des nombreux prêches des apôtres qui ne cessaient de remettre les disciples dans le droit chemin, afin qu'ils transmettent en vérité les enseignements du Christ.
Parce que le but est bien là.
Il ne s'agit pas de "sauver l'institution", mais de rester fidèle au Christ et à son enseignement. Alors, oui ! Cela vaut le coup d'user de précaution ! Mais en même temps, tu as raison en disant que l'Eglise doit se faire toujours plus jeune, audacieuse et aimante...
En fait, c'est dans ce difficile travail d'équilibre que l'Eglise doit continuer de proclamer la Bonne Nouvelle. C'est sans doute pour cela que tu as l'impression que le texte de la CDF dit tout et son contraire : "D'un côté on trouve l'encouragement au travail de la théologie, et de l'autre l'interdiction d'une remise en cause trop profonde."
En gros, pour ne pas s'enfoncer dans l'eau, il ne faut pas rester immobile, ne pas craindre d'avancer, mais sans jamais perdre le Christ des yeux...
8 De Marc - 31/03/2010, 21:35
En fait texte de la CDF (Congrégation pour la Doctrine pour la Foi) n'a que très peu d'importance. Ce qui compte, ce sont surtout les faits. Prenons simplement le cas de Claude Geffré : est-ce que oui ou non Rome a une explication ? Non. Le problème c'est encore de vivre dans ce régime inquisitorial.
D'ailleurs, si on regarde Hans Küng, c'est la même chose, c'est pas très clair finalement les raisons précises de sa condamnation.
Pour ce qui concerne les Apôtres, je pense surtout à eux le soir de la résurrection : il se retrouve avec une Foi qui est à l'époque déjà totalement révolutionnaire et il ne vont pas se poser trop de question sur le pourquoi et le comment.
9 De Louve - 31/03/2010, 22:43
@ Marc
Tu dis : "Pour ce qui concerne les Apôtres, je pense surtout à eux le soir de la résurrection : il se retrouve avec une Foi qui est à l'époque déjà totalement révolutionnaire et il ne vont pas se poser trop de question sur le pourquoi et le comment."
Oui, ils ont le feu !
le feu de l'Esprit ! Mais ça ne les empêche pas de réfléchir, ni de reprendre leurs disciples lorsqu'ils voient qu'ils font fausse route. C'est l'équilibre dont je te parlais : donner toute place à l'Esprit pour souffler, tout en restant fidèle au Christ et donc, par conséquent, discerner quand l'Esprit souffle vraiment ou non... C'est la mission que Jésus donne lui-même aux apôtres et, plus particulièrement, à Pierre !
Pour ce qui est du fameux document, je trouve que tu es un peu expéditif en disant qu'il n'a aucune valeur. Il est tout de même estampillé Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ceux qui, justement, sont chargés de s'assurer qu'"on ne perde pas Jésus des yeux" en termes de théologie. Et puis c'est aussi un document signé Ratzinger, donc ce qui y est dit imprègne très certainement le pontificat de Benoît 16.
En ce qui concerne Claude Geffré, je n'ai que peu d'infos. Lui aussi d'ailleurs apparemment ! Je pense qu'il faut rester prudent avant d'en savoir plus. Il semblerait en tout cas que cela concerne sa vision du dialogue interreligieux.
Mais pour Hans Kung, il est important de rappeler qu'il n'a pas interdiction a être théologien, ni même à continuer de vivre son sacerdoce, mais à enseigner la théologie (pour l'obtention de grades universitaires catholiques) C'est tout de même bien naturel, vu les erreurs théologiques qu'il commet, qu'il ne puisse pas continuer à enseigner ! Qu'il continue ses recherches, et même qu'il les publie, soit ! Qui sait ? Il y aura peut-être, parmi ses errements, quelques réflexions inspirées...
10 De Bashô - 01/04/2010, 00:13
Mike> Tout à fait d'accord pour cette relation trouble de Hans Küng avec les médias, il s'est laissé dévorer, et c'est très dommage car il était un théologien de grande valeur.
Louve > " je n'ai que peu d'infos. Lui aussi d'ailleurs apparemment ! " Justement, c'est cela qui est grave. Un principe fondamental en droit moderne est la possibilité de pouvoir se défendre. Par exemple, tout procès pénal en démocratie repose sur le contradictoire : tout fait, tout témoignage soulevé doit être discuté par l'accusé. Si le jugement invoque quelque chose qui n'a pas été soulevé en présence de la défense, il sera automatiquement cassé. Le procès canonique est encore largement inquisitorial : la vérité est trouvée par celui qui enquête, et l'accusé n'a en général pas connaissance de ce qui a conduit précisément à la condamnation, ou plutôt à la sanction canonique.
Par ailleurs, un document signé par le préfet d'une congrégation ne réflète pas nécessairement sa pensée. Une congrégation, c'est avant tout un groupe d'évêques et de cardinaux. Le préfét peut imprimer sa marque mais pas tant que ça. Par exemple, Ratzinger avait conduit les discussions avec les luthériens sur la justification par la foi, discussions qui avaient abouti à un document. Ce document a été examiné et condamné par la CDF. Il a fallu que Jean-Paul II passe outre les réticences de la CDF.
Sinon, pour terminer, savez-vous que Saint Thomas d'Aquin avait été condamnée en 1277? Sans parler des éminents théologiens du XXème siècle. Savez-vous que Ratzinger avait été obligé de réécrire sa thèse car jugée trop moderniste?...
11 De Marc - 01/04/2010, 06:54
@Louve : je vais être provoc' jusqu'au bout, mais c'est quoi la valeur d'un document d'un dicastère ? Vraiment pas grand chose. Et allons jusqu'au bout
En bonne ecclésiologie, c'est le Concile qui a plus de valeur que toutes les déclarations, lettres et discours du pape. Lui ne fait que passer, c'est le Concile qui demeure.
12 De Jean-Baptiste Bourgoin - 01/04/2010, 08:19
Allons jusqu'au bout, c'est quoi la valeur d'un Concile par rapport à la Bible ?
On peut effectivement allez loin comme ça...
Oui, Thomas d'Aquin a été condamné, puis fait saint. Oui, Lubac a été embêté, puis reconnu. Oui, Hans Kung est interdit d'enseignement en théologie, mais c'est tout. Sera-t-il fait saint à l'avenir ? Vu son aigreur et sa mauvaise foi actuelle, j'en doute, je ne vois que pure réaction orgueilleuse.
Et oui, l'Église se doit d'être précautionneuse, et puis quand vous dîtes :
Il ne me semble pas avoir parlé de "préservation de l'institution", mais bien de "transmission de la foi" et de "conservation du dépôt de la foi, parole de Dieu" etc.
Ce qui compte d'abord ce ne sont pas les personnes, c'est l'annonce de la Parole, et sa conservation. Et c'est justement le rôle principal de nos évêques, et donc de "l'institution" (comme vous dites).
Ce souci de conservation et d'annonce abouti nécessairement au souci des personnes.
Et c'est précisément ce souci des personnes, lié à l'annonce de l'Évangile, qui fait que l'Église est si précautionneuse : elle ne peut pas prendre des risques avec le salut des âmes. Ni plus, ni moins.
Mais peut-être l'âme (et l'orgueil) des théologiens importe-t-elle plus que celle des fidèles incultes ? Allez, c'est moi qui me la joue provoc' là
Il reste qu'un évêque et un théologien catholique savent qu'ils ont une responsabilité dans la transmission de cette foi. Aussi doivent-ils s'attendre à des remontrances.
Les grands théologiens ont acceptés ces "remontrances". Lubac l'a accepté, Teilhard l'a accepté, Ratzinger l'a accepté, même si cela pu être difficile à vivre. Hans Kung n'a fait que déverser sa haine de la manière la plus ignoble : par la diffamation. Je crois que cela est suffisant pour juger son œuvre.
13 De Marc - 01/04/2010, 08:46
Ma boutade vise juste à redire qu'il faut bien replacer les documents dans un ensemble normatif plus vaste, les documents émanants du Vatican n'ont pas tous la même force.
14 De Louve - 01/04/2010, 11:34
@ Marc
Et que dit le Concile sur les théologiens ?
15 De Mike - 01/04/2010, 12:20
Bashô, concernant Claude Geffré, je ne pense pas qu'il y ait procès canonique en cours, donc il n'y a pas nécessité d'invoquer le principe du contradictoire dans son cas (je ne veux en aucune façon dire par là qu'il n'avait pas légitimement droit à une explication). Par ailleurs, c'est en lisant le livre de François Jourdan (Dieu des chrétiens et Dieu des musulmans) que j'ai mesuré à quel point certaines positions defendues par Geffré pouvaient être problématiques. IL faut rappeler qu'avant de publier son livre Jourdan l'a soumis à Geffré pour s'assurer qu'il n'avait pas trahi la pensée du celui-ci. Enfin, à ma connaissance, depuis la reforme de la CDF par Paul VI, un théologien a desormais le droit de se defendre devant celle-ci. il y a des echanges épistolaires et si besoin une rencontre à Rome. Voir ce lien et en particulier l'art. 18 : http://www.vatican.va/roman_curia/c...
16 De Marc - 01/04/2010, 16:31
@Louve
Pour ce qui concerne le Concile, on a deux textes principaux qui abordent la question, et une troisième, de manière indirect :
Et de manière anecdotique, dans Lumen Gentium 54, où le Concile refuse de trancher une question théologique sur Marie, et demande aux théologiens de poursuivent leur travail.
17 De Louve - 05/04/2010, 21:17
{Joyeuses Pâques à tous !}
Merci Marc !
Et trouves-tu qu'il y a des contradictions entre ce qui est dit dans les textes du concile et le texte de la CDF ?
18 De François - 07/04/2010, 15:36
Merci Marc. J'avoue ne pas arriver à passer par dessus la crispation amère des interviews de Hans Kung : ça me hérisse. Mais la réflexion que vous développez est vraiment intéressante, et le débat ci-dessus le montre.
Pour ma part, j'avoue avoir une attitude sans doute un poil fidéiste dans la confiance que j'accorde à l'Église, et lorsque je lis Congar, de Lubac, Theillard, Daniélou, ... j'ai l'impression que c'est ce même acte de foi (obéissance de la foi ?) qui leur a permis de porter tout le fruit qu'ils ont porté.
Pour finir, il me semble qu'une part des difficultés est que ces questions disputées, au sens théologique, sont placées trop vite sur le terrain médiatique, et/ou considérées comme des jugements personnels, et/ou investies de querelles personnelles (prestige, ...) qui n'ont pas grand rapport avec la question elle-même.
19 De François - 25/04/2011, 20:46
Bonjour et très sainte fête de Pâques.
Je précise tout de suite que je n'ai pas lu les Mémoires de M. l'abbé Küng, faute de temps et d'argent. Je n'en dirai donc que ce que j'en sais, qui ne correspond pas à ce qu'il raconte dans ses Mémoires.
J'ignore s'il est méchant, mais j'aimerais savoir en quoi consiste l'ouverture théologique qu'il revendique. Un "dialogue franc et sincère" aurait-il pu éviter la sanction ? Hélas, ce n'est pas sûr. Au début des années 1970, l'abbé Küng a fait paraître un livre intitulé Die Menschwerdung Gottes qui revendique hautement son but de défendre une christologie hégélienne ("Hegels theologisches Denken als Prolegomena zu einer künftigen Christologie" : "la pensée théologique de Hegel comme prolégomène pour une christologie future"). Cela l'a conduit à rabaisser le rôle de Notre-Seigneur Jésus-Christ à presque rien. Le Christ n'est plus prêtre, il n'a plus l'onction de l'Esprit Saint. Küng va jusqu'à noter qu'il n'a "aucune culture théologie" (contrairement à lui, sans doute).
Hans Küng a le droit de penser ce qu'il veut, il a même le droit de l'écrire. Mais sa réduction hégélienne (on peut trouver une excellente critique de la "philosophie chrétienne" de Hegel dans La Philosophie morale de Maritain) n'est rien d'autre qu'une réduction à néant de tout le christianisme authentique. Ce ne sera donc jamais une doctrine acceptable pour la sainte Eglise et pour le Successeur de Pierre, qui veille sur le dépôt de la foi.