Benoît XVI, mou du genou ?
A tous les éditorialistes et journalistes qui tirent à boulet rouge sur le soi-disant silence et la complaisance de Benoît XVI à l’égard de la pédophilie, je recommande vivement la lecture de quelques articles autour du grand ménage actuellement en cours au sein des Légionnaires du Christ.
Je me permets pour mettre un peu en perspective les deux extraits d’articles un petit rappel sur l’importance des Légionnaires du Christ en termes de vocation :
- 750 prêtres
- 2 500 séminaristes
- 21 pays de présence
Mais de cela, il semble que le Vatican s’en balance allégrement : l’importance numérique de la Légion ne constitue en rien une raison de ne pas faire le grand ménage et cela malgré les réticences encore perceptible des responsables actuellement en poste :

Mais l'arrivée au pouvoir, au sein de la Légion, de l'actuel groupe dirigeant remonte au chapitre général précédent, le deuxième, qui avait eu lieu à Rome en 1992.
À cette occasion les deux personnages qui sont encore aujourd’hui les hommes forts de la Légion avaient fait bloc autour du fondateur Maciel : les pères Corcuera et Garza, le second plus que le premier, avec autour d’eux un groupe de gens très fidèles dont on retrouve presque tous les noms dans l'actuelle "nomenklatura".
D’après les témoignages recueillis des derniers mois par les visiteurs apostoliques, il y avait dans ce groupe des gens qui étaient informés de la double vie du fondateur, de ses abus sexuels commis sur tant de ses séminaristes pendant des décennies, de ses maîtresses, de ses enfants, de son usage de stupéfiants. Et pourtant une forteresse a été construite autour de Maciel pour défendre ses vertus, son culte a été favorisé parmi ses disciples qui ignoraient tous la vérité, ses talents étaient glorifiés, y compris dans les hautes sphères de l’Église. Cette exaltation de la figure du fondateur a été si efficace qu’aujourd’hui encore elle inspire le sentiment d'appartenance à la Légion de beaucoup de ses prêtres et religieux.
Légionnaires. La "nomenklatura" qui doit disparaître par Sandro Magister
Cette absence de volonté de changement illustre que la volonté de protéger l’institution et une certaine culture du silence est encore, parfois, d’actualité. Mais que désormais cette attitude de complaisance va avoir des conséquences.
La veille, le quotidien Reforma a annoncé que, conséquence de l’enquête en cours, le Vatican aurait pris la décision de nommer un administrateur apostolique, de réunir un chapitre général et de procéder à une refondation de la Légion.
Le lendemain, l’un des visiteurs apostoliques, Mgr Ricardo Watti Urquidi, écoutera longuement, à Mexico, plusieurs membres d’un groupe de neuf ex-Légionnaires, qui, tous, ont été, selon leurs représentants légaux José Barba et Arturo Jurado, abusés à des degrés divers « sexuellement, spirituellement et intellectuellement » par le P. Maciel. « Nous avons exprimé notre douleur et notre désillusion devant l’attitude de l’Église. Nous pensons qu’elle n’a pas été sincère. Les agissements du P. Maciel étaient connus depuis longtemps jusqu’à un niveau très élevé de la hiérarchie, mais ceux qui savaient se sont tus. » Qu’ont demandé ces exLégionnaires ? Que le Vatican leur rende leur honneur.
La difficile refondation des Légionnaires du Christ par Paula Boyer
Personne n’a l’obligation d’être globalement d’accord avec Benoît XVI : moi-même, je suis souvent en désaccord avec lui. Mais sur la question de la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise catholique, son attitude est remarquable.
Aujourd'hui les Légionnaires, et demain l'Irlande ?

























Commentaires
"Aujourd'hui les Légionnaires, et demain l'Irlande ?" Exactement, dans sa lettre, Benoît XVI a implicitement annoncé la venue d'un administrateur apostolique (cf para. 14) pour l'Irlande, ce qui est plutôt inédit et une très belle gifle pour les évêques.
Je ne connaissais pas bien les Légionnaires du Christ mais ce que j'en lis dans La Croix est déplaisant. Les normes qui régissent jusqu'à la façon de se lever sont abusives et effectivement peu compatibles avec la doctrine catholique qui, contrairement à ce que l'on croit souvent de bonne foi, reconnaît/favorise le libre arbitre. En tout cas, c'est d'autant plus malvenu de la part de ceux qui sont censés être des pasteurs. Et, avec ce que l'on apprend maintenant du fondateur, c'est même troublant.
Les Légionnaires du Christ doivent nécessairement passer par une refondation intégrale.
Ce qui troublant c'est justement cette refondation : chez les Légionnaires, cela s'explique facilement car la personnalité du fondateur modèle tout, jusque dans les moindres détails.
Pour ce qui concerne l'Église Irlandaise, c'est plus complexe, car ce n'est absolument pas le cas. C'est la première fois que le Vatican va remettre en cause dans son ensemble une organisation comme responsable de graves déviances.
Le problème majeur chez les Légionnaires du Christ est le culte de la personnalité du fondateur. Celui-ci est encore pris comme référence dans leur vie quotidienne et la remise en cause est difficile. Le dernier communiqué de la Légion du Christ en est symptomatique : http://www.legionduchrist.org/spip....
Ils reconnaissent les erreurs du fondateur mais on sent tout de même une certaine réserve...
Nous ne pouvons nier leur influence y compris à Rome, même si celle-ci a décliné et nous ne pouvons nier leurs fruits, des gens très bien y sont engagés mais je rejoins Koz dans son affirmation sur le danger que représente les "normes" en tous genres...
La nommination de Visiteurs Appostoliques au sein des LC a été une très bonne chose même si un certains nombre de personnes dans le mouvement Regnum Christi (branche des laïcs) ont peu appréciés l'idée.
Notons que le Saint Père a été d'une grande attention paternelle à l'égard de ce mouvement en étant à la fois exigeant et pédagogique.
Partout où cela doit être fait il faut le faire et se poser les bonnes questions mais surtout ne pas le faire dans l'urgence ni sous la pression médiatique
D'accord avec Koz' et Franz, même si à côté de ça on peut se réjouir des réussites de cet ordre, et de certaines belles réalisations de la part de ses membres, notamment laïcs.
Par contre, concernant l'Eglise d'Irlande : Pourquoi serait-ce une "baffe aux Evêques", Bashô ? La venue d'un administrateur apostolique me semble plutôt de l'ordre de l'accompagnement et d'une volonté de construire, plutôt que d'une logique de critique (au sens péjoratif) et de sanction. Remettre en chantier des logiques de fonctionnement et des habitudes peu compatibles avec le message de l'Eglise et même parfois avec le Droit canon, ce n'est pas démolir, ce n'est pas contredire les personnes concernées : c'est les appeler à dépasser leurs erreurs, c'est les accompagner dans une progression. Je ne vois pas là le grand patron qui envoie son délégué pour remettre les choses en place et faire le ménage, mais plutôt le maître qui corrige avec bonté, le Pasteur qui montre le bon chemin.
@C.S. Indhal : en fait je pense qu'il faut attendre un peu pour voir vraiment ce que va faire Benoît XVI en Irlande, mais si, comme semble le savoir les vaticanistes, c'est l'ensemble de la structure qui va être et des nominations qui vont être remis en question, disons que c'est une baffe charitable, mais une baffe quand même.
Mais je pense qu'il faut attendre un peu avant de pouvoir avoir un jugement trop définitif.