L’actualité de l’Eglise est centrée aujourd’hui sur les problèmes de pédophilie. Après une mise en place des premières lignes médiatiques, les quelques salves d’usages, l’ensemble de la presse tire à boulet rouge. Mais cette fois-ci le service communication du Vatican, bénéficiant avec Benoît XVI d’un entraînement quasi hebdomadaire à la communication de crise, a choisi de rendre coups pour coups.
Et avec le Vatican, toute l’Eglise et supporteurs du Pape.
C’est assez légitime, tant parfois les erreurs sont grossières et les analyses dépourvues de travail sérieux.
Alors forcément, parce que la guerre s’annonce longue, on tente quelques escarmouches, comme autant de piques dans le moral de l’adversaire. Chacun est venus avec armes de poings, haches, arbalète et engins de guerre. Ca va saigner !
Mais pourtant déjà les premiers risques d’embourbement se font jour.

Bafouant tout les Traités de guerres, la Presse est accusée de faire un amalgame entre quelques cas et l’ensemble des prêtres. Parfois peut être, mais cela relève t-il vraiment d’un anticatholicisme primaire ?
Ne s’agit-il pas d’un phénomène plus global : les quelques nazillons SM du PSG sont-ils vraiment représentatifs de l’ensemble des clubs supporteurs du PSG ? Et plus largement des fans de foot ?
Les jeunes qui chaque année brûlent des poubelles dans les cités font-ils de l’ensemble des habitants des banlieues des terroristes en puissance ?
Et quid du dérapage d’un CRS qui va jeter l’opprobre sur l’ensemble de ses collègues ? Et enfin, que dire des quelques politiques qui sont accusés de détournements de fonds ou de blanchissement, quand des milliers de maires, conseillers municipaux, régionaux, s’investissent sans relâche au nom de l’intérêt général.
D’un cas, la presse, pas toute heureusement, fait une généralité. C’est dommage, mais y voir une volonté de nuire à l’Eglise Catholique est un leurre.
Oui ce type d’affaire est croustillante, oui cela vendre : mais Johnny Hallyday aussi fait vendre. Et plus que l'Église 

Le deuxième piège, c’est d’être dans une logique de défense globale de l’institution. Défendre Benoît XVI et les prêtres contre des fausses accusations, oui, bien sûr. Mais il faut néanmoins admettre, à la suite de Charles Scicluna, chargé au Vatican des enquêtes pour les crimes sexuels dans une interview au journal Avvenire, que l’Eglise est dans la "persistance encore forte d'une culture du silence"
Ne soyons pas Manichéen. Tout n’est pas blanc ou noir. Il s’agit simplement de remettre à sa juste place chaque chose.
En France, depuis le 1er janvier 2010, 6 prêtres ont été mis en examen pour des faits de natures sexuelless avec des mineurs. C’est trop. C’est inadmissible. Mais rappelons néanmoins que notre Eglise compte plus de 20.000 prêtres.

Dernier point sur lequel nous devons porter notre vigilance : à mettre tout nos efforts dans le maintien de nos lignes, nous en perdons toute mobilité.
Car les déclarations de soutien au pape et aux victimes et la condamnation des pédophiles sont naturelles et attendus par tous. Mais sans doute devons nous faire preuve d’un peu plus de d’audace en envoyant un signal fort.
Dans le brouhaha des luttes, il est bien difficile d’entendre des propositions d’actions.
Sans doute pourrions faire mieux, dans au moins 2 directions principales :
- Repenser entièrement la formation des prêtres et avec elle toute la logique de l’appel à une vocation dans l’Eglise par une implication plus grande de l’ensemble de la communauté. De la même manière, les formateurs et formations doivent être paritaires : autant de sacré que de profane, autant de prêtres que de laïcs… et une plus grandes places aux femmes. Ouvrir largement au monde, dans sa globalité permet de désanctuarisé cet espace, évitant toute logique d’enfermement dans une citadelle.
- Mise en place d’une commission permanente, indépendante (oh le gros mot), sous la présidence d’un Evêque, chargé d’accompagner les Diocèses qui rencontrent des problèmes de pédophilie. Pouvoir faire un accompagnement de la communication diocésaine, mais aussi mise en place d’une cellule de crise pour les paroissiens, conseils-juridiques,… je pense que savoir qu’une personne au niveau national est toujours joignable en cas de problème permettrait à beaucoup de se sentir moins seul.
Enfin permettre un accompagnement des prêtres à la sortie de prison ; une réinsertion dans la société, ou dans l’église selon les cas, ne s’improvise pas.


16 réactions
1 De Julien - 27/03/2010, 18:11
Très bon article. Merci Marc. Etant prêtre moi-même depuis peu, Je ferai simplement une remarque à propos de la première direction proposée : les séminaires ont déjà beaucoup évolué sur ce point plus que n'importe quelle autre institution qui forme des éducateurs. Une troisième direction pourrait être proposée, celle d'insiter les jeunes à se donner davantage, à rendre service mais plus encore de proposer à des jeunes équilibrés affectivement de choisir de manière déterminée la voie du sacerdoce. Je souhaite que ce ne soit pas seulement le travail des prêtres eux-mêmes toujours en porte-à-faux à ce sujet mais également celui de chrétiens solides qui se décident pour proposer à des jeunes cette vocation magnifique.
2 De Marc - 27/03/2010, 21:10
Oui, je suis bien d'accord que l'évolution est déjà très importante, mais il y a encore bcp à faire pour ouvrir un peu plus aux réalités diocésaines.
3 De Bert' - 27/03/2010, 22:44
J'ai du mal à voir en quoi apporter des femmes et des laics lors de la formation des prêtres pourra permettre de juguler le fléau de la pédophilie (qui ne touche pas seulement l'Eglise).
La pédophilie est présente également dans les lieux ou les femmes sont présentes....
Apporter un soin important dans le discernement de la maturité affective est également important, mais parfois si difficilement prévisible.
4 De Marc - 28/03/2010, 10:37
Plus de femmes et de laïcs, impliqués dans la formation, cela veut dire une ouverture au monde beaucoup plus grande.
Il faut être conscient que, puisque toi et Julien êtes sur Orléans par exemple, que les séminaristes vivent entourés de prêtres, ce qui, je suis désolé de le dire, ne favorise pas l'ouverture au monde. Or, d'après les différentes recherches existantes, les pédophiles vont trouver dans l'Eglise une structure qui leur offre un statut particulier et les coupent du monde.
Un Séminaire, en étant un lieu différent, coupé du monde et de beaucoup de réalités matérielles peut être un lieu "cocon" pour des personnes dont l'immaturité affective a comme conséquence une relation aux autres difficiles.
Tu va me dire que la vie en communauté dans un séminaire met la relation à l'autre au coeur de la vie : d'une certaine manière oui, mais c'est vie avec un autre qui n'est pas très différent.
Les femmes ? Parce que les hommes ont une approche de l'affectivité et de la sexualité propre à eux, et que ne pas avoir de femmes, c'est se priver volontairement d'une autre sensibilité.
5 De Bashô - 28/03/2010, 13:46
Et donc les moines ont une sexualité diminuée puisque privée de présence féminine? Je ne caricature pas vos propos, je souhaite juste souligner que l'argumentation mériteraient d'être développée davantage. Car se contenter de cela, cela revient au même que par exemple accuser les homosexuels d'hétérophobie, puisque étant privés de cette "altérité fondamentale" comme l'ont fait des catholiques lors de l'affaire du Pacs.
6 De Marc - 28/03/2010, 13:51
Oui effectivement mais ce n'est pas mon propos.
C'est juste de souligner que par exemple dans toutes les réunions de Séminaire, il n'y a jamais une femme, mais que des prêtres, et qu'il est dommage de se priver du jugement des femmes (sans rentrer dans le truc que c'est paradoxal que les prêtres soient formés par des hommes... alors qu'en paroisse, ils vont travailler presque exclusivement avec des femmes...)
7 De Bashô - 29/03/2010, 13:35
Vous connaissez mon métier et savez donc que pour moi l'argumentation a presque plus d'importance que la conclusion (que je partage du reste).
Ceci étant dit, le fonctionnement des séminaires américains est sensiblement différent de celle des françaises. Je me souviens d'un article très intéressant dans Commonweal, il y a quelques années sur ce sujet et qui rejoint ce que vous dites. Je vais essayer de le retrouver.
8 De Louve - 29/03/2010, 14:44
@ Marc
Tu dis : "Dans le brouhaha des luttes, il est bien difficile d’entendre des propositions d’actions."
Voici le 4e paragraphe de la lettre aux irlandais de Benoît 16:
« Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation déplacée pour la réputation de l’Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne."
Ce ne sont pas des propositions ultra concrètes, ce qui est plutôt normal puisque cela revient aux évêques des différents pays d'en tirer des conclusions, mais ce sont de sacrés pistes:
- revoir ou approfondir la formation (dans toutes les dimensions, et entre autres humaines) et le discernement des séminaristes.
- Donner, dans nos communautés et nos séminaires, toute leur place aux laïcs.
- Appliquer, sans crainte pour la réputation de l'Eglise, les peines en vigueur dans le droit canonique.
Cela rejoint pas mal ce que tu dis, non ?
9 De Marc - 29/03/2010, 14:50
Tout a fait, mais ne perdons pas de temps dans des procédures d'audits inutiles et coûteuses. Maintenant, action !
10 De Louve - 29/03/2010, 15:23
Qu'appelles-tu des "procédures d'audits" ?
Sinon, j'imagine que ces pistes ont été longuement développées lors de la conférence de Lourdes... Sur le thème de la pédophilie, je trouve que nos évêques sont plutôt réactifs depuis quelques années. Je suis donc plutôt confiante.
Comme le disait Julien, le premier point que tu évoques a déjà beaucoup évolué en France. Il faudrait d'ailleurs qu'il nous précise si ses professeurs étaient tous des clercs et tous de hommes.
Pour le deuxième, je sais que des cellules de crise telles que tu les décris sont montées dès qu'il y a soupçon ou faits avérés. Pour ce qui est d'une équipe travaillant en continu, il faudrait se renseigner pour savoir si cela n'existe pas déjà....
11 De Marc - 29/03/2010, 15:28
Alors pour ce qui concerne les cellules de crises et une structure permanente, je t'assure que je sais de quoi je parle
Il n'existe rien du tout.
Benoît XVI parle "d'examiner les nombreux éléments", il y a eu une longue visite canonique chez les Légionnaires, ils va y avoir la même chose en Irlande. J'appelle un chat un chat, c'est un audit. Mais souvent c'est assez long.
12 De Louve - 29/03/2010, 16:04
Pour les cellules de crise, peut-être n'est-ce pas le cas dans tous les évêchés, mais je sais que c'est ce que Mgr Barbarin préconise. Et j'ai lu il y a peu un autre évêque à ce sujet (désolée, impossible de retrouver l'article !)
Pour la visite canonique, tu ne crois pas qu'il est absolument nécessaire d'étudier ainsi les choses en profondeur, pour bien cerner les véritables pb plutôt que d'agir à la va-vite, sans réfléchir et taper à côté ?
13 De Marc - 29/03/2010, 16:44
Cela n'existe pas dans les Évêché, ce qui est bien normal, il n'ont pour la plupart pas les moyens de faire vivre ce genre de structure qui dans 95% des cas ne vas servir à rien.
Il faut que cela se fasse au niveau national.
Oui bien sûr, cela peut être utile, mais un rapide tour de table permet à mon avis d'avoir un peu près les mêmes conclusions. D'ailleurs Benoît XVI ne s'y trompe pas, puisqu'il a peu ou prou les mêmes conclusions que moi. (j'avoue avoir un peu survolé sa lettre...)
14 De Louve - 29/03/2010, 21:09
Ah, tiens, j'ai retrouvé l'article en question. Il provient de La Croix et date de 2001. L'affaire de Mgr Pican avait déclanché une prise de conscience des évêques et certains (rares, je te le concède) avait mis en place une petite "cellule de veille".
http://www.la-croix.com/Le-proces-d...
Comme tu le disais, pour d'autres évêques, cela revient trop cher. L'idée d'une cellule de veille sur le plan national serait une bonne chose, c'est certain.
Comme tu le dis, la visite canonique n'empêche en rien la prise de décisions par les évêques pour lutter et améliorer la prévention contre la pédophilie. C'est ce qui s'est passé en Irlande, en Allemagne, en Angleterre, en France, aux Etats Unis... et ce depuis les années 90 jusqu'à très récemment pour l'Irlande (les évêques ont reçu des indications du Vatican et ont aussi pris des décisions). La visite canonique, c'est autre chose il me semble, elle a pour but de fouiller ce qui doit être fait comme réforme de fond, principalement sur le plan hiérarchique.
15 De Louve - 29/03/2010, 23:50
Au fait, rien ne t'empêche d'écrire à ton évêque pour lui parler de ton idée de "cellule de veille nationale" et lui demander si cela a été abordé pendant la dernière conférence de Lourdes.
16 De Marc - 30/03/2010, 06:56
Oui enfin mon Évêque, ayant été responsable de la communication du Diocèse d'Orléans pdt 3 ans, je pense que je vais le laisser un peu tranquille (en plus il est à 5 mois de la retraite le pauvre...)