Dans le flot des articles et des dépêches qui depuis 15 jours apportent de nouvelles révélations sur les affaires de pédophilie dans l'Église, il se trouve néanmoins quelques analyses particulièrement intéressantes, dont celle-ci, Pédophilie : le droit Canon est désormais inadapté de Charles Condamines[1]dans l'édition du journal Le Monde du 26 mars 2010.

Le signataire de cette epistula est le futur Benoît XVI. De 1981 à 2005, il fut le patron de ladite congrégation. Si à ce poste, parce qu'il s'en était réservé le traitement, il a eu à connaître de milliers de cas de prêtres pédophiles, il est difficile pour lui de se contenter aujourd'hui de joindre sa voix à celles des accusateurs scandalisés. Pourquoi six dossiers à charge sur dix n'ont-ils pas été instruits ? Pourquoi la peine maximale (réduction à l'état laïque) n'a été prononcée que dans 10 % des cas ? Pourquoi, surtout, aucune information n'est redescendue vers les autorités civiles des pays concernés ?
Soucieux de marquer sa différence, l'appareil hiérarchique de l'Eglise tend à s'exempter de la règle commune pour se régir selon son droit à lui. En vertu de principes sacrés, il se dispense de toute régulation démocratique, ne coopte que des hommes célibataires, exige d'eux le secret le plus absolu sur son fonctionnement intime, et se dote d'un état-major international lui permettant d'échapper au contrôle des Etats.
Or, il est avéré que les organisations fonctionnant sur ce modèle ont peu ou prou tendance à se corrompre. C'est vrai des sectes, des clans et des sociétés secrètes. Le linge sale ne se lave jamais en famille. Parce qu'il se prive de lumière et d'aération, le vase clos finit par être nauséabond. Contre les dérives de ce genre, notre pauvre humanité n'a, pour le moment, rien trouvé de mieux que la démocratie.
L'article en entier et à lire sur le site du Monde.
Je ne connais pas grand chose au droit canon, donc je ne me permet pas d'avoir un jugement sur ses propos ; cependant ce qu'il avance me semble autrement plus génant pour Benoît XVI que l'article du New York Times dont la presque totalité de la presse s'est fait l'écho et qui met en accusation Benoît XVI sur une affaire de pédophilie.
Alors quoi, démission du pape ? Moi aussi, j'en doute. Mais des doutes, tout le monde va finir par en avoir. Et rien n'est jamais définitif.
Notes
[1] Charles Condamines est théologien catholique, docteur en sociologie politique. Il est également l'auteur d'un livre sur L'Eglise Catholique au Chili ainsi que d'un livre sur les Chrétiens du Nicaragua.


25 réactions
1 De Koz - 25/03/2010, 22:28
Est-il vraiment indifférent que ladite "epistula" date de 2001, et que donc ces faits n'aient été "réservés" à la congregation pour la doctrine de la foi qu'à compter de cette date ? N'est-elle pas plutôt le signe d'une reprise en main face à des Eglises locales défaillantes ?
2 De Mike - 25/03/2010, 22:56
Je n'arrive pas à voir en quoi cet article serait gênant pour Benoit XVI. Il est clair que Gravioribus delictis ne visait pas à soustraire les questions de pédophilie à la justice civile mais plutôt à empêcher que dans le domaine canonique ces affaires soient enterrés par les épiscopats nationaux. la procédure canonique n'a en aucune façon pour objectif d'empêcher l'action judiciaire étatique. Les deux procédures qui n'ont pas le même objectif peuvent être tout à fait parallèles et ne s'excluent pas.
3 De Marc - 26/03/2010, 06:59
Ce qui me semble difficile, c'est de comprendre pourquoi 60% des dossiers n'ont pas eu de suite, et pourquoi il n'y a pas eu le plus souvent de conséquences juridiques (canon ou civil)
4 De Koz - 26/03/2010, 08:05
Certainement et là-dessus nous sommes d'accord. Le Pape aussi, qui adresse des mots sévères aux évêques. Mais tu auras bien compris que l'idée est désormais de trouver le moyen de mettre en cause personnellement Benoit XVI, pouisqu'il s'agit d'évoquer sa démission. Or à cet égard, il n'est pas correct de se servir de Delictis Gravioribus qui, précisément, visait à centraliser ces affaires face à la gestion défaillante des évêques. C'est un peu triste de voir l'auteur de cet article du Monde plongé tête baissé dans ce genre de panneaux.
5 De Marc - 26/03/2010, 09:29
Que l'objectif soit que Benoît XVI démissionne, c'est le but.
Ce qui pose soucis, c'est de connaître la raison du classement sans suite et de nombreux dossiers. Si c'est vrai, parce que pour l'instant, moi je ne dispose pas de preuves de cela, il y a effectivement un problème. Si l'Evêque de Rome demande la démission des Evêques Irlandais, comment lui même ne peut-il pas s'appliquer la même règle ? Sachant que tout cela reste théorique, jamais Benoît XVI ne démissionnera, c'est contraire à sa théologie et sa vision de la mission.
Un point dont personne ne parle, parce qu'il faut vraiment être dedans pour avoir ce type de conversation, c'est le discours qui parfois existe au sein des prêtres sur le "futur" des prêtres pédophiles, une logique de double peine.
Je m'explique : l'idée c'est de dire que une fois que le prêtre a fait sa peine civile, l'exclure du sacerdoce, c'est une double peine : que va t-il devenir ?
Et là-dessus, franchement, il ne faudrait pas trop que la presse aille chercher trop loin, parce qu'il existe de nombreux cas où les prêtres continuent à vivre au sein des Diocèses, le plus souvent comme archiviste par exemple, c'est-à-dire sans aucun contact, ou presque, avec l'extérieur.
Après perso je ne sais pas vraiment quoi en penser. La règle est aujourd'hui l'exclusion du sacerdoce, c'est un fait, je ne pense pas que cela soit souvent une réalité.
6 De Koz - 26/03/2010, 10:20
Oui, "si c'est vrai". Mais spéculer sans certitudes comme le fait l'auteur de l'article, non.
Après, si le prêtre en question purge une peine de prison, qu'il est placé dans une situation où il ne peut plus être en contact avec des jeunes (en tant qu'archiviste ou dans un monastère), pourquoi pas ? C'est gênant parce qu'on a du mal à imaginer qu'il puisse conserver la dignité du sacerdoce auquel il s'est consacré mais, en même temps, le réduire à l'état laïc, serait-ce une réaction très responsable de la part de l'Eglise ? Sans contrôle de l'Eglise, que devient cette personne, dont on peut craindre qu'elle soit toujours soumise à ses perversions ?
7 De Marc - 26/03/2010, 10:56
Sur la réduction à l'état laïc, maintenant depuis une modification du droit Canon, on parle de la "perte de l'état clérical", je n'arrive pas à avoir un avis précis.
En revanche, là où peut être il y a un risque, pour des prêtres qui par la suite se retrouvent dans un "isolement", c'est qu'il y a eu de quelques affaires de ce type, à savoir qu'au bout de quelques années le prêtre va peu à peu reprendre des activités, les ressources humaines n'étant pas le top des Diocèses.
Après, normalement la règle, c'est la perte de l'état clérical. Peut être que cela fait un peu bouc émissaire, mais c'est aussi un signal très fort que l'on donne aux victimes et à la société.
Il existe une association, très discrète, qui s'occupe de l'accompagnement des prêtres qui quittent le sacerdoce. Peut être serait-il possible d'avoir un peu sur le même modèle un comité national qui assure le suivi de l'ensemble des affaires : communication, conseil, expertise psychiatrique, accompagnement des victimes et des paroissiens, suivi des personnes après la prison,...
Avec dedans des prêtres, des psychiatres, des chargés de com', des juristes,....
Parce que pour avoir vécu professionnellement deux cas, quand par exemple cela tombe le week-end où le 31 décembre (ah ah ah !!!), tu es seul. Vraiment seul. Et il n'existe aucun dispositif d'aide. Rien.
Et je pense que dans de nombreux cas, si on savait en interne, qu'il existe un numéro de téléphone, disponible en 24/24, 7j/7, avec des personnes qualifiées au bout, cela serait un énorme plus.
8 De Louve - 26/03/2010, 11:11
Oui, et puis la réduction à l'état laïc est, comme le dit le journaliste lui-même, une peine maximale dans ce genre de situation. Le fait qu'elle soit "maximale" implique bien qu'elle ne peut pas être systématique. Il doit sûrement y avoir des faits plus ou moins aggravants (même si tout acte pédophile reste en soi très grave).
Je crois que le sacerdoce du prètre dépasse sa propre nature, pêcheresse par définition.
Qu'ils soient, dans tous les cas, présentés à la justice et mis hors d'état de nuire, voilà ce qui doit être systématique, Pour ce qui est de son sacerdoce, je laisse le soin à la congrégation de prendre cette décision délicate.
9 De Marc - 26/03/2010, 11:24
Oui, c'est pas forcément très évident et je pense que le Vatican doit dans cette affaire être très vigilant à ce que actes et paroles soient bien synchro.
Sur la question de la peine justement, d'un côté Benoît XVI dit "un pédophile ne peut pas être prêtre", et cela plusieurs fois, la dernière c'était le 16 février 2010.
Mais de l'autre, le Canon 1387 prévoit plusieurs sanctions possibles, en fonction de la gravité de l'acte : suspense, interdictions, privations, et dans les cas les plus graves, renvoi de l'état clérical.
Pour le grand public, et particulièrement les médias, c'est assez facile de s'engouffrer dedans.
10 De Louve - 26/03/2010, 11:55
Oui, je comprends...
En même temps, une fois sa peine de prison effectuée, son repentir et sa contrition exprimés et, par conséquent, son péché absout, peut-on toujours parler de "pédophile"?
Doit-on continuer à enfermer le pécheur dans son péché ?
La psychiatrie nous apprend que la tendance reste toujours là, et donc il est du devoir de l'Eglise de le garder "sous contrôle", éloigné de toute tentation, mais il est important de rappeler, je pense, que la tendance n'est pas le passage à l'acte, et que la prétrise ne dépend pas de la sainteté du prêtre.
Un alcoolique non plus ne peut pas être prètre. Comment pourrait-il, dans cet état continuer à être un pasteur ? Mais un prêtre qui connait sa tendance à l'alcoolisme, qui arrête de boire, qui est accompagné etc. doit-il pour autant être écarté du ministère ?
Attention, comparaison n'est pas raison, bien sûr...
11 De Marc - 26/03/2010, 12:13
"son péché absout, peut-on toujours parler de "pédophile"?"
Houlà attention Louve, le lien entre le pardon du péché et une maladie psychiatrique sont deux choses totalement différentes ; dans le cas contraire, il n'y aurait pas de médecin, juste des prêtres en confession.
Attention de ne pas confondre l'un et l'autre : ce fut un des drames tragiques de l'Eglise américaine et allemande, il y a de nombreuses années, de croire qu'elle pouvait à elle seule tout régler elle même en s'appuyant sur la force des sacrements et une très grande distance avec les sciences humaines.
12 De Bashô - 26/03/2010, 12:22
Il faudrait aussi prendre en compte l'évêque diocésain. Jusqu'en 2001, l'affaire était directement géré par l'ordinaire. Et en ce cas là, la politique était en générale : on lave le linge sale en famille, ni la société civile, ni les pouvoirs publiques ne devaient y mettre leur nez. Lorsque la presse américaine avait commencé à dévoiler le scandale, le Cardinal Law, archevêque de Boston, a déclaré que cette presse encourrerait le colère de Dieu. Et les premières réactions au Vatican, y compris chez Cal Ratzinger étaient : un complot de la presse sécularisée. Cela en dit long sur la mentalité assiégée dans l'Eglise et explique pourquoi ils ont tant tardé à prendre la mesure de l'ampleur.
13 De Louve - 26/03/2010, 12:30
C'est bien pour ça que j'ai précisé ensuite que la tendance pédophile demeurait présente et que c'est bien pour ça que l'absolution ne suffisait pas, que l'Eglise se devait de le mettre hors d'état de nuire, l'éloigner de la tentation et s'assurer qu'il soit suivi par un psy.
Par contre, je ne suis pas d'accord quand tu dis (dis-moi si je te comprends bien) que la pédophilie n'est pas un péché. Même si la pulsion maladive rend parfois le pédophile incapable de se maîtriser, un suivi psychiatrique et spirituel peut l'aider à lui donner les armes pour lutter contre cette pulsion. La première aide consiste à l'éloigner de toute tentation.
Le pédophile n'est pas un être dénué de raison et de volonté. Le passage à l'acte consiste donc bel et bien, selon moi, à un péché, plus ou moins difficile à réfréner. Il est d'autant plus important de le remettre face à sa responsabilité que tout mettre sur le dos de la pulsion les en dédouanerait.
14 De Louve - 26/03/2010, 12:44
J'ajoute que ma phrase n'était pas "son péché absout, peut-on toujours parler de "pédophile"?", mais "une fois sa peine de prison effectuée, son repentir et sa contrition exprimés et, par conséquent, son péché absout, peut-on toujours parler de "pédophile"?"
Il est nécessaire, pour le bien des victimes et pour la juste prise de conscience de la gravité de son geste, que tout prêtre pédophile soit jugé et purge une peine.
15 De Bashô - 26/03/2010, 12:47
Louve> Le risque justement qu'une approche trop "peccamineuse" est de priviléger les sacrements et autres moyens de salut fournis par l'Eglise, et par là d'exclure les autorités pénales et civiles. C'était en fait la politique ecclésiale en la matière jusque dans les années 90 : résoudre ces problèmes à notre façon, et donc laver le linge sale en famille.
16 De Bashô - 26/03/2010, 12:49
Louve (je réponds à votre second commenatire) > La pédophilie est une maladie psychiatrique, et donc une peine de prison effectuée avec ou sans sacrement de réconciliation ne garantit donc en rien qu'il n'a plus cette maladie.
17 De Louve - 26/03/2010, 12:53
@ Bashô
Oui, sans doute, mais le fait d'impliquer les autorités pénales et civiles (ainsi qu'un suivi psy) n'exclut en rien le besoin de rédemption du pédophile.
Relisez mes commentaires, je ne pense pas tomber dans une approche "trop peccamineuse".
18 De Marc - 26/03/2010, 12:53
Non mais je pense qu'on est bien d'accord.
Sauf que je ne considère même pas l'accompagnement spirituel puisque normalement un prêtre a un accompagnement spirituel.
Et l'accompagnement psychiatrique doit être fait, à mon avis, par une personne totalement indépendante, car trop souvent on a fait appel, et on fait encore appel à un psychiatre de la "maison". Donc soit un prêtre, soit quelqu'un que l'on va choisir parce que c'est un paroissien, mais malheureusement rarement en fonction de ses compétences.
Il y a encore trop souvent cette culture du "entre nous".
C'est particulièrement flagrant dans le cadre par exemple du comité de rédaction de la brochure de 2003 "lutter contre la pédophilie".
Comité de rédaction : 6 personnes dont 3 prêtres, toute avec un engagement très fort dans l'Eglise.
Spécialistes : 6 personnes, un prêtre, un diacre et le reste avec des lien très fort également
19 De Louve - 26/03/2010, 12:54
"C'est bien pour ça que j'ai précisé ensuite que la tendance pédophile demeurait présente et que c'est bien pour ça que l'absolution ne suffisait pas, que l'Eglise se devait de le mettre hors d'état de nuire, l'éloigner de la tentation et s'assurer qu'il soit suivi par un psy." bis repetita...
20 De Louve - 26/03/2010, 13:03
Mon précédent com' s'adressait à Bashô.
@ Marc
Tu dis: "Donc soit un prêtre, soit quelqu'un que l'on va choisir parce que c'est un paroissien, mais malheureusement rarement en fonction de ses compétences."
Le fait d'être croyant, paroissien ou prêtre retire-t-il toute compétence aux spécialistes ?
Maintenant, je comprends bien ta remarque, se limiter aux psys cathos ne me semble pas nécessaire s'ils reçoivent un suivi spi en parallèle, mais es-tu vraiment certain que tous les prêtres pédophiles ne soient suivis QUE par des croyants ?
21 De Bashô - 26/03/2010, 13:13
Louve> Lors des procès en canonisation, il est maintenant usuel, pour les miracles de type "sanitaire", de consulter des médecins non catholiques, voire incroyants. Justement, pour éviter un biais "catholique".
Et l'Eglise, je peux en témoigner, fonctionne énormément en vase clos. Un prêtre défaillant est bien encadré par l'Eglise, et à l'intérieur de l'Eglise. On l'enverra par exemple consulter un psy "maison".
22 De Marc - 26/03/2010, 13:33
@Louve : "mais es-tu vraiment certain que tous les prêtres pédophiles ne soient suivis QUE par des croyants ?"
Nan, je n'assure pas un suivi de l'ensemble des cas
C'est plus une constation d'orde général.
Et non, être catho n'enlève rien à la compétence, mais à mon avis, il serait intéressant d'avoir une approche un peu plus "paritaire".
23 De Louve - 26/03/2010, 14:18
@ Marc et Bashô
Une raison pour cela est peut-être (supposition de ma part) lié au fait que peu de psy comprenne le célibat choisi.
Alors qu'un psy catho, formé à cette dimension, parvient peut-être mieux à expliquer au prêtre pédophile ce qui différencie abstinence volontaire et refoulement sexuel.
Mais bon, en même temps, nos psys lambda se retrouvent bien face à des pédophiles célibataires à qui ils doivent apprendre à vivre leur célibat du mieux possible, alors...
Le contexte des reconnaissances de miracle est différent, car il peut y avoir un réel "intérêt" (pour faire avancer un procès en canonisation par ex) à falsifier l'enquête ou à manquer de vigilance.
Alors que pour le suivi d'un prêtre pédophile (en cours de procès, de peine ou par la suite), le but du psy catho et du psy non-croyant est bel et bien le même : l'aider à se soigner et à reprendre sa vie en mains. Donc, je ne vois pas où pourrait être le biais.
Ce qui serait mauvais, c'est que le suivi "en interne" d'un prêtre pédophile étant passé à l'acte mais pas encore poursuivi, maintienne les faits dans le secret. Là, je pense que nous sommes tous d'accord.
24 De Mike - 26/03/2010, 20:53
L'interview de Monseigneur Scicluna permet de voir comment la congregation a traité ces affaires.
un extrait:
Question: Combien en avez-vous traité jusqu'ici?
De 2001 à 2010 il s'est agi d'environ 3.000 accusations regardant des prêtres diocésains ou religieux, pour des crimes commis ces 50 dernières années.
Question: Il s'agit donc de 3.000 cas de prêtres pédophiles?
On ne peut pas dire ceci car, grosso modo, dans 60 % des cas on a affaire à des actes d' "éphébophilie", c'est-à-dire d'attraction physique pour des adolescents de même sexe. Dans 30 autres % il s'agit d'attirance hétérosexuelle, et pour les 10 derniers de véritable attraction physique envers des garçons impubères. En neuf ans, les cas de prêtres accusés de pédophilie sont donc environ 300. Trop certes, mais il faut constater que le phénomène n'est pas étendu comme on veut le faire croire.
Question: Combien de procès et de condamnation sur trois mille accusés?
Tout d'abord, dans 20 % des cas le procès, pénal ou administratif, s'est déroulé sous notre supervision dans le diocèse de compétence. Très rarement il y a un procès au Vatican, ce qui permet aussi d'accélérer l'iter. Dans les 60 autres % , principalement à cause de l'âge avancé des accusés, on n'engage pas de procès mais des mesures disciplinaires sont prises à leur encontre, comme l'interdiction de célébrer la messe en public et de confesser, ou l'obligation de conduire une vie retirée et de pénitence. S'il y a eu dans cette catégorie des cas particulièrement médiatisés, il ne s'est absolument pas agi d'absolution. S'il n'y a pas eu de condamnation formelle, la réduction au silence et à l'obligation de prière a tout son sens.
Question: Et les 20 derniers % ?
On dira que pour la moitié, celle des cas particulièrement graves, agrémentés de preuves indubitables, le Pape a pris la douloureuse responsabilité de la réduction à l'état laïque. Il s'agit d'une mesure extrême mais inévitable. Pour l'autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevés de leurs devoirs sacerdotaux. On compte parmi eux les prêtres trouvés en possession de matériel pédo-pornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile.
Question: D'où proviennent les 3.000 cas évoqués?
Principalement des Etats-Unis qui, en 2003-2004 ont fourni environ 80 % des cas. En 2009 leur proportion est tombée à 25 % des 223 nouveaux dossiers en provenance du monde entier. En 2007-2009, la moyenne annuelle des cas signalés à notre congrégation a été de 250. Nombre de pays ne signalent qu'un ou deux cas, bien que s'accroisse le nombre des pays intéressés par un phénomène somme toute assez réduit. Rappelons qu'il y a 400.000 prêtres diocésains et religieux dans le monde, un nombre sans mesure par rapport à la perception que provoquent les cas exposés dans la presse.
25 De Marc - 27/03/2010, 07:54
Intéressante interview, merci Mike.