Les livres de Patrice Gourrier, c’est un peu comme le printemps. On sait que cela va arriver mais c’est toujours difficile de prévoir comment cela va être. En cause, pas vraiment une personnalité cyclotimique mais bien une boulimie d’activités à la fois très différentes mais néanmoins complémentaires.
Prêtre, pschychologue-clinicien, co-fondateur de Talitha Koum, grande gueule de RMC,… et donc auteur par exemple d’un livre sur le travail le dimanche, d’un autre sur l’alccolisme avec le Professeur Senon ou d'un livre d'entretien sur la sexualité avec Brigitte Lahaie.
Son dernier ouvrage, "Curé qui es-tu ?" s’inscrit beaucoup plus dans la suite assez naturelle de « J’ai choisi d’être prêtre » et « Lettre ouverte au futur pape ».
Et fonctionne toujours avec les mêmes ingrédients : un style simple, assez souvent sur le mode du dialogue, cette fois-ci avec Elisabeth Marshall, journaliste à La Vie, pas de jargon de la tribu et surtout, surtout, pas de tabou et encore moins de difficultés pour appuyer là où cela fait mal.
Voici par exemple 3 petites "Gourinnades".
Sur la vie en Eglise :
Au risque de me répéter, je dis souvent que dans l’Eglise, comme dans la société elle-même, nous aimons la différence à condition qu’elle nous ressemble !
p. 124
Sur la formation des prêtres(et c'est tellement vrai malheureusement, et pas que dans le domaine de la psychologie..)
Il faudrait 50 % des sciences religieuses et 50 % de sciences humaines. Mais de vraies sciences humaines avec une véritable formation psychologique, faite par de vrais professionnels, et pas le jus pieux pschychologico-spirituel que l’on nous présente trop souvent.
p. 28
Sur la liturgie
Je vais sans doute vous choquer mais je pense qu’une réforme liturgique, qui ne porte ni sur les gestes ni sur la langue utilisée, est nécessaire. Il y a trop de textes à la messe ! Soyons lucide, les sciences de l’éducation nous le rappellent, notre capacité d’attention n’est pas extensible. (…)
De plus, le vocabulaire de certains textes semble venir parfois d’une autre planète. Vous parliez de l’Ancien Testament. Mais comment appréhender ces lectures sans connaître un minimum le contexte historique ? Or, et c’est une question, pensez-vous que beaucoup de personnes qui viennent à la messe le dimanche savent à quoi correspondent l’Exil, qui est Melkisedek, et j’en passe ? Ouvrons les yeux ! Combien de personnes sont abonnées à Prions en Eglise ou à Magnificat ? Très très peu ! Combien lisent la Bible ? Très très peu ! Ne vivons pas dans l’illusion !
p. 141

Mais là où un Daniel Duigou démonte un peu tout sans forcément remettre de l’ordre derrière lui, le Père Patrice Gourrier propose des pistes pour aujourd’hui. Les questions sont évidemment nombreuses : du célibat aux sacrements, de la vie en communauté à la transmission, avec également un long développement sur les interactions entre son travail de prêtre et de psychologue clinicien.
Mais aussi un livre ancré dans le temps, avec un changement d'Evêque très prochainement dans son Diocèse (Poitiers) et quelques questions à peine voilées sur la continuité ou non des choix pastoraux.
Au final un livre très agréable à lire qui ne tombe jamais dans la facilité du paraphrasage conciliaire ou de la démonstration épiscopale moralisatrice tellement à la mode en cette année du prêtre.
Ici, point de grande leçon ou de mise en avant de lui même, mais simplement le témoignage d’un prêtre qui a donné toute sa vie pour ouvrir le cœur des hommes à l’inattendu de Dieu.
C’est dans le témoignage que se transmet à mon avis la foi, bien plus que dans les longs discours lancés ex cathedra. Est-ce qu’un croyant, aujourd’hui, donne envie à ceux qui l’entourent de croire ? Est-ce que sa vie interroge ? Est-ce qu’une communauté chrétienne donne envie à celles et ceux qui vont venir la fréquenter de croire ? Est-ce que le prêtre, dans sa manière de célébrer, dans sa vie, son attitude, sa manière d’accueillir donne envie de croire ?
C’est là que se situe l’un des défis les plus difficiles à relever, le monde où nous vivons n’étant pas dupe et démasquant bien vite les tartufes. Il est relativement facile d’avoir de beaux discours, de belles paroles sur la foi. Mais c’est dans notre manière d’être, dans notre manière de faire que se transmet le plus de choses.
p. 204
Curé qui es-tu ?
Plaidoyer pour un nouveau visage du prêtre
Patrice Gourrier - entretiens avec Elisabeth Marshall
Presse de la Renaissance
228 pages - 17€
Pour les fans, les homélies du père Gourrier sont disponibles sur Dailymotion


5 réactions
1 De Bert' - 23/03/2010, 19:42
Hummm......Bien d'accord avec pas mal de points qu'il évoque et notamment sa pensée sur la formation du prêtre qui devrait probablement compter plus de psychologie.
En revanche je ne comprends pas ce qu'il veut au niveau de la liturgie....Se limiter aux évangiles parce que les gens ne connaissent plus l'ancien testament ? Ce serait un peu bêta...
C'est au prêtre pendant l'homélie de rapprocher les textes les uns des autres, en nous montrant dans quels contextes ils ont été écrits et nous montrer le lien avec l'Evangile.
C'est également aux chrétiens de se former (d'autant plus facile à dire que je ne le fais pas....) en prenant des cours de bible...
Un nivellement par le bas ne me semblerait pas adapté.
2 De Marc - 23/03/2010, 20:34
C'est ce que fait le Père Gourrier dans sa paroisse sur Poitiers, avec des temps de partage et d'explication des textes : contexte historique, explication biblique et théologique,...
Rien de très nouveau en définitive.
Mettre en perspective 3 textes en environ 10 minutes.... oui c'est possible, à condition de faire un cours de bible, mais une homélie c'est pas ça
enfin normalement parce que malheureusement c'est quand même souvent le cas...Nan je pense que là dessus il n'a pas tort ; il faut être réaliste, nous sommes dans une époque très très particulière. En un siècle, l'état des connaissances et de le recherche sur les textes a fait un énorme bond en avant.
Il faut bien tenir compte de cela d'une manière ou d'une autre.
D'où par exemple l'idée de dire, prenons déjà un texte, c'est bien suffisant. Mais cela n'empêche pas de mettre le paquet sur la formation : encore faut-il en avoir les moyens aujourd'hui.
3 De Bert' - 23/03/2010, 23:46
J'ai du mal à comprendre le message : les gens ne lisent plus trop la bible donc il ne faut plus la lire pendant la messe ? A ce rythme là les gens ne lisent pas trop non plus les Evangiles non plus....mais plutôt l'Equipe !
Se priver de l'ancien testament sous prétexte que peut connaissent le contexte historique, culturel etc.....serait bien dommage. Parce qu'il en est de même pour l'Evangile que les chrétiens ne comprennent pas forcément beaucoup plus..
Perso j'aime les homélies qui arrivent à trouver les liens entre les textes et les différentes époques (c'est beau de voir les interconnexions entre certains passage de l'ancien testament et les évangiles), et qui tout en mettant en perspective les 3 textes nous délivrent un message éclairant (et pas qu'un cours de bible).
N'avoir qu'un seul texte ne garantirait pas une capacité d'attention forcément meilleure, et les sermons médiocres ne seraient pour autant évités...
4 De Marc - 24/03/2010, 08:30
Nan, c'est pas du tout le message, c'est un appel à la lucidité sur la réception des textes par le public qui chaque dimanche va à la messe.
Son idée n'est pas un nivellement par le bas, mais d'être bien au clair sur deux choses :
Dans nos "communautés chrétiennes", il y a un tout petit noyau dur de personnes qui sont dans une dynamique de gestion, de responsabilité et donc souvent de formation. La grande majorité ne va pas, ce n'est pas un reproche, prendre ou pouvoir prendre le temps de l'étude et de la formation (d'ailleurs il me semble que cette dimension est bcp plus présente chez les Réformés notamment)
Dès lors, soit la messe se transforme en Catéchèse, soit nous essayons d'adapter le contenu liturgique à l'attention et la connaissance des gens, tout en proposant des cycles de formations en complément des célébrations.
Regarde sur Orléans, la formation permanente et la Catéchèse, au final, elle concerne combien de personnes ? Je ne sais pas, 300, 400 peut être ? En voyant large, on va dire 800. Mais alors très très large. Cela représente quoi en pourcentage sur un Diocèse ?
5 De Louve - 24/03/2010, 11:20
Je suis plutôt d'accord avec Bert.
ça n'est pas comme si les différents textes proposés chaque dimanche abordaient trois thèmes différents (quatre si on compte le psaume) avec la difficulté de développer chacun au moment de l'homélie.
Au contraire, ces textes viennent s'enrichir les uns les autres, s'entretissent pour donner un meilleur éclairage (logique, avec 4 sources lumineuses !) de chacun.
En retirer un ou plus, c'est retirer autant d'éclairage à mon sens.
Sinon, d'accord pour dire que l'homélie ne doit pas se limiter à un cours sur la Bible (j'ai eu l'occasion d'écouter beaucoup de prètres qui réussissaient bien ce travail d'équilibriste) et d'accord aussi pour dire qu'il faut toujours plus encourager les paroissiens à se former.