Le théologien Hans Küng s’est une nouvelle fois fait de nombreux amis. Avec sa tribune appelant à la fin du célibat pour les prêtres comme remède à la crise pédophile que traverse actuellement l’Eglise, disons-le simplement, il emmerde tout le monde.

D’abord parce qu’il fait un amalgame grossier, un lien de causalité stupide entre célibat et passage à l’acte pédophile. Dans le cas où il aurait raison, pensez quand même à planquer vos enfants parce que cela représente un peu plus d’un million de pédophile potentiel en France tout ces célibataires….

Deuxio car il plombe complètement le débat sur la valeur et le sens du célibat sacerdotal.

Car je pense que d’une certaine manière Hans Küng a raison (hummmm….. moi aussi je vais avoir pleins d’amis !!!) : la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise oblige nécessairement à se poser la question du célibat pour les prêtres.

Quelle est la valeur et le sens que l’on donne au célibat dans l’Eglise ? Rappelons au préalable une réalité historique : le célibat ecclésiastique relève de la discipline ecclésiale principalement pour des raisons matérielles et ne dispose pas initialement de fondements théologiques, à moins d’avoir une grande passion pour la plomberie universitaire.

C’est la raison pour laquelle c’est une décision d'ordre disciplinaire et non doctrinale.

Pour mémoire je me permets de redire que la question de l’abandon du célibat pour les prêtres a été posée aux Evêques par Paul VI lors du synode romain des évêques de 1971 et que le célibat n’est resté la norme que d’une courte avance.[1]

pretre_celibat.jpg

Il se dégage donc trois justifications au célibat :

  • Christologique : le prêtre est à l’image du Christ
  • Ecclésiologique : le prêtre ne s’attache à personne pour pouvoir se rendre disponible à tous
  • Eschatologique : le prêtre préfigure le monde à venir[2]

On retrouve l’ensemble de ses éléments dans les déclarations très récentes de Benoît XVI

« L’horizon de l’appartenance ontologique à Dieu constitue le point de vue juste pour comprendre et réaffirmer, aussi pour notre époque, la valeur du célibat sacré, charisme requis par l’Eglise latine pour les ordres sacrés, et tenu en grande estime dans les Eglises orientales. C’est une authentique prophétie du Royaume, signe de la consécration avec le cœur indivis du Seigneur et aux « choses du seigneur » (1 Cor., 7, 32), expression du don de soi à Dieu et aux autres.»

Ainsi que du Cardinal Claudio Hummes, préfet de la Congrégation pour le clergé.

« Le célibat sacerdotal est un don de l’Esprit Saint qui demande à être compris et vécu avec une plénitude de sentiment et de joie, dans un rapport total avec le Seigneur. (…) Ce rapport unique et privilégié avec Dieu fait du prêtre un témoin authentique d’une paternité spirituelle singulière et le rend automatiquement fécond »

Dans la Croix du Vendredi 12 mars 2010

Le problème de cette construction, c’est qu’elle n’est pas très solide.

Prêtre à l’image du Christ, c’est sympathique comme idée, mais pourquoi dans ce cas ne pas allez jusqu’au bout de la démarche ? Jusqu’au martyr par exemple ? Et puis si on se base sur l’exemple historique, que je sache Pierre, le premier Evêque était marié non ? Alors pourquoi on ne pourrait pas dire que l’Evêque de Rome, ben il a le droit de se marier lui aussi pour faire comme Pierre. Tiens on devrait même dire que c’est obligatoire pour faire tout pareil.

Sur cette histoire de disponibilité, oui effectivement c’est une réalité, sauf que vendu comme ça, ceux qui sont mariés risquent fort d’être perçus comme de dangereux égoïstes. La disponibilité à tous, ce n’est pas juste un problème de temps, c’est aussi une attitude, une forme de présence à l’autre.

Bon la vision eschatologique ou ontologique des éléments à partir de la Genèse ou de la lettre aux Corinthiens, honnêtement, j’ai beau appeler à la rescousse Saint Athanase et Saint Grégoire de Nazianze, je n’arrive pas à comprendre pourquoi cela concerne plus les prêtres que n’importe qui.

Bref, je ne trouve aucune des explications vraiment très sérieuses. Mais elles ont une conséquence importante : celle de mettre le prêtre comme un homme à part, ce qui en soi est vrai, mais en donnant à cet engagement une valeur supérieur aux autres choix de vie.

Ce qui est faux.

A fonder une supériorité sur l’abstinence sexuelle, on offre là un cocon bien moelleux pour un jeune qui a des difficultés à construire sa sexualité mais qui est en recherche de pouvoir.

Dans une récente interview au journal La Croix, la théologienne Marie-Jo Thiel ne dit pas autre chose :

"Ce n’est pas le célibat en soi qui est en cause. Mais une certaine conception de l’Église catholique qui parfois valorise de manière excessive le célibat, et confère au prêtre une « aura », en le coupant des laïcs. Les théologiens américains, qui ont beaucoup travaillé sur le sujet avec des associations de laïcs, puissantes dans ce pays, ont bien montré cela, en interrogeant le mode de gouvernance de notre Église."

A confondre sens et valeur, on récolte ce qu’on sème.

Notes

[1] 107 voix pour le maintien du célibat contre 87 pour l’ordination d’homme marié.

[2] Relire Luc 20, 27-38