"Personnalité luciférienne" : la charge est d’une particulière violence. Quand elle s’applique à un prêtre, cela prend immédiatement un autre relief. Quand celui-ci fut le fondateur d’une congrégation qui compte 3 250 membres, 750 prêtres et 2 500 séminaristes on change encore de dimension.

Le Père Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ fait l’objet dans le journal Le Monde de deux articles de Joëlle Stolz, à la fois sur sa personnalité et l’évolution des Légionnaires mais également sur la difficulté que représente aujourd’hui sa proximité avec le Pape Jean-Paul II dans le cadre de sa béatification.

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Je ne vais pas revenir ici sur les différentes affaires en cours. A la fin de ce billet je vous laisse les liens vers différents articles sur le sujet.

En résumé, les Légionnaires du Christ est un mouvement qui a connut un développement très important sous le pontificat de Jean-Paul II notamment grâce à l’énergie de son fondateur, le Père Marcial Maciel.

Les Légionnaires vouent depuis toujours un véritable culte à celui-ci, bien au-delà du raisonnable.

Or aujourd’hui c’est la personne même du Père Marciel qui est directement mise en cause, au-delà des plus classiques questions pastorales que peuvent soulever le conditionnement et le zèle apostolique de certains de ses membres.

Selon une source proche du Vatican, il s'agit d'un cas pathologique de dédoublement de la personnalité. Sans doute violé lui-même dans son enfance, Maciel se prétendait amnésique face à ses victimes. Mais le psychanalyste Fernando Gonzalez ne croit pas à une schizophrénie : "C'était, dit-il, un calculateur rusé qui s'adaptait parfaitement à chaque situation."

Dans un climat d'extrême répression sexuelle, il arguait de ses "douleurs de foie" - en fait, une inflammation chronique de la prostate - afin d'obtenir des garçons le "soulagement" procuré par des injections de morphine, mais aussi par des masturbations ou des pénétrations. Il a pour cela, leur assurait-il, une "permission spéciale du pape". Il n'hésite pas, enfin, à les absoudre du péché auquel il vient de les inciter. Or absolutio complicis, l'absolution du complice, est une grave infraction au droit canon, punie d'excommunication.

Depuis la retentissante enquête, en 1997, du quotidien mexicain La Jornada, puis El Legionario, le livre d'Alejandro Espinosa, neveu et éphèbe de Maciel, plusieurs livres ont cerné cette personnalité luciférienne, capable de dire une messe magnifique dans les ors de la chapelle, au sortir de l'infirmerie où le "saint" venait, dans la pénombre, de manipuler les corps et les âmes. "Nous étions un archipel de solitudes", écrit José Barba, en évoquant la longue souffrance de ceux qui ont été abusés.

Extrait de l'article "Les multiples vies du Père Maciel"

Le pape Benoît XVI, dans sa politique de tolérance zéro a suspendu peu avant sa mort le Père Maciel et a diligenté une enquête sur l’ensemble du mouvement en mai 2009.

Le papier du Monde est d’une rare violence, mais finalement très juste. Et le pire est peut être encore à venir.

Car ce qui interroge ici, bien au-delà des problèmes de dysfonctionnement, c’est bien la relation entre un prêtre et ses fidèles quand celle-ci vire à l’adoration.

C’est sans doute une des raisons qui font que je méfie assez de l’expression de « saint prêtre ». J’ai lu récemment une interview d’un jeune prêtre dans une feuille paroissiale qui demande de prier pour lui et pour tous les saints prêtres du diocèse. Oui cela me pose question sur la manière d’envisager sa mission. De la même manière, les intentions de prière qui demandent que Dieu nous donne plus de saints prêtres me laisse toujours un peu perplexe.

Autre épisode, celle d’une fin d’ordination où le prêtre nouvellement ordonné donne à embrasser ses mains sur le parvis de la Cathédrale, distribuant les bénédictions comme autant de talisman magique. Sur le coup je n’ai pas compris… aujourd’hui je cherche encore…

Je ne suis pas certain que ce jour-là et les suivants, nous mesurions à quel point nous ne lui avons pas rendu service à ce jeune prêtre, lui et les autres d’ailleurs.

Comment plus tard va faire un prêtre quand il aura un coup de blues ou de lassitude alors qu’il n’existe dans les yeux des autres que comme un être à part, une sorte de sur-homme ? Quelles possibilités lui reste t-il d’exister autrement que par sa fonction ? A-t-il encore le droit à l’échec quand on attend de lui une sainteté disponible en 24/24, 7j/7 et avec le sourire siouplé.

Disons le simplement : un prêtre n’est pas meilleur qu’un autre. Il n’est pas plus fort ou plus faible que n’importe qui. Enfin parfois cela arrive : mais ce n’est jamais pour cela qu’il a été ordonné.

Et ce n’est pas parce que quelqu’un est prêtre, ou diacre, ou confirmé ou baptisé même, qu’il est au dessus des difficultés de la vie.



La grâce du sacrement, la force de l’Esprit Saint, oui tout cela nous permet de franchir la mer Rouge et d’affronter le vide du tombeau au matin de Pâques à la lumière de la Résurrection. Mais rien n’empêche jamais de connaître la peur et le doute du jardin des Oliviers.

Pour aller plus loin sur la crise que traverse les Légionnaires du Christ :