Après une analyse très précise et concrète de la situation actuelle, avec une grande lucidité, Mgr Di Falco, Evêque de Gap dresse un constat de la place des catholiques sur Internet qu’il juge trop institutionnel, éloigné de la réalité et de la nature même d’Internet qui est aujourd’hui beaucoup plus tourné vers le dialogue.

Ne nous leurrons pas. Ne faisons pas l’autruche. Internet se transforme, transforme notre société et ne peut pas ne pas transformer l’Eglise, ne peut pas ne pas transformer notre manière d’être et d’agir en Eglise, au risque de ne plus être témoins du Christ dans le monde d’aujourd’hui !

Avec internet, nous assistons à une révolution copernicienne qui a déjà ses effets sur notre manière d’être dans notre relation au monde, de nous situer dans le monde, d’interagir avec le monde. La prise de conscience par l’Eglise institutionnelle de l’importance d’internet est là.



La seconde raison du succès des sites évangélistes par rapport aux sites catholiques, c’est que « les sites catholiques sont centrés sur eux-mêmes » et « considérés comme outils et non comme un monde à évangéliser. »

Par là, il veut dire que nos sites sont des extensions ou des duplicata de nos feuilles paroissiales, de nos bulletins diocésains. Ils sont à usage interne. Ils parlent la langue des initiés à l’usage exclusif des initiés. Les sites évangélistes, au contraire, veulent atteindre les internautes, utilisant internet comme outil et vecteur d’évangélisation.



Certains croient qu’internet n’est que du virtuel ou du superflu. Tous nous connaissons des prêtres, des évêques pour qui internet est le dernier de leurs soucis et continuent leur pastorale comme si internet n’existait pas. Or internet fait de plus en plus partie intégrante de la vie quotidienne. En n’y étant pas présent on se coupe d’une bonne partie de la vie des gens. Et lorsqu’on y est ce que l’on y donne à voir est inséparable de ce que l’on est. D’ailleurs, d’une manière naturelle, à moins d’être complètement paranoïaque, on prend ce que l’on perçoit pour la réalité ; et à moins d’être un parfait manipulateur, on donne à percevoir ce que l’on est. Il ne peut y avoir dichotomie complète entre l’être et le paraître dans l’esprit des gens, et je pense que nos sites et nos blogs disent beaucoup plus sur nous que nous ne l’imaginons.

Je vous laisse lire l’ensemble de son intervention qui s’ouvre sans le dire très clairement sur une question très ouverte : pour que tout cela puisse prendre forme numériquement, ce n’est pas un problème de pouvoir trouver des gens compétents, mais de leur faire confiance.

Catholique ce n’est pas une compétence. Evêques, prêtres ou diacres ce ne sont pas des diplômes ou des médailles.

Le choix de faire un site Internet plus ceci ou plus cela, un blog comme-ci ou comme ça ne sont pas des questions qui doivent relever d’une hiérarchie mais de la compétence de personnes et cela indifféremment d’un statut.[1]

La 44e Journée mondiale des communications sociales qui aura lieu le 23 mai prochain aura pour thème : « Le prêtre et la pastorale dans le monde digital : les nouveaux médias au service de la Parole ». En choisissant ce thème, le pape place l’urgence d’une évangélisation par le monde digital et du monde digital dans le cadre de l’Année sacerdotale. Il s’agira d’ « encourager les prêtres à affronter les défis qui naissent de la nouvelle culture numérique » comme l’a souligné le communiqué de presse.

Mais à mon sens, il ne s’agit pas là d’un appel à tous les prêtres à créer son propre blog. Il s’agit plutôt d’un appel aux prêtres à s’entourer de laïcs >compétents pour la mise en oeuvre de leurs sites paroissiaux ou de mouvements, un appel à collaborer, un appel à accompagner les laïcs qui se lancent (ou >qui se sont déjà lancés) dans l’évangélisation par internet.

C’est un appel à voir comment nous pouvons aider les internautes à discerner les sites catholiques de ceux qui se réclament comme tels mais ne le sont pas toujours. Les médias réduisent souvent l’Eglise au pape et à quelques cardinaux. Raison de plus pour que les évêques et les prêtres laissent toute leur place aux laïcs sur le net.

L’Action catholique consistait à évangéliser le même par le même, l’ouvrier par l’ouvrier, l’étudiant par l’étudiant, la femme par la femme, le patron par le patron, etc. Il nous faut retrouver cette intuition en ce qui concerne le net, et si ce n’est évangéliser le net, du moins évangéliser par le net. Seule la présence de chrétiens laïcs compétents et éclairés sur le net, s’exprimant en tant que chrétiens, pourra montrer qu’on ne peut réduire l’Eglise à sa hiérarchie et au pape.

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Notes

[1] Pour le dire encore autrement, mais en note de bas de page parce que c’est plus discret, faire une distinction entre le pouvoir sacramentel et le pouvoir décisionnel, mais c’est encore une autre histoire ça…