C’est sans doute, et je le dis en toute subjectivité, un des livres les plus intéressants de cette année sur la foi aujourd’hui et la place de l’Eglise.
L’analyse d’un homme qui souhaite avant de quitter son ministère d’Evêque dire simplement ce qui lui semble essentiel aujourd’hui.

Analyse des grandes tentations qui guettent l’Eglise (starisation, recherche d’une sécurité liée au nombre, affirmation identitaire,...) et dialogue libre autour des grands enjeux de la Foi aujourd’hui.
Un livre intelligent, lumineux et indispensable.
Voici un passage qui donne à réfléchir en cette année sacerdotale alors que les Evêques réfléchissent actuellement à la réorganisation de l’Eglise.
Il n’y a pas de phrase pire que celle que l’on prête à Saint Vincent de Paul : « Tant qu’on a pas tout donné, on n’a rien donné ». Mais non ! On donne ce qu’on peut, une part de ce qu’on a, pas à pas, jour après jour, goute après une goute … On ne vit pas la vie humaine selon la loi du tout ou rien. Vous avez cité cette phrase « Le doute est l’autre côté de la foi, sinon la foi serait le savoir. » Il n’est pas seulement l’autre côté, il marche avec la foi, car il n’y a pas de confiance sans distance. La confiance se vit dans le relatif, parce que l’homme vit lui-même dans le relatif. Moi, je ne suis pas l’absolu. Certains pensent que parler de la foi et de Dieu, excuse ou exonère du besoin de redire ce qu’est l’homme. Profonde erreur ! Nous parlons de Dieu, mais c’est nous qui parlons. Par conséquent nos mots sont limités, nos mots sont fragiles. Le Christ n’a pas enlevé cette fragilité, il l’a utilisée. Ce n’est pas du tout pareil. Il l’a rendue productive, il en a fait l’endroit de la rencontre, l’endroit de la confiance.
Votre question, qui concerne plus directement l’expérience des individus appelle une autre réflexion plutôt d’ordre ecclésiologique, parce que nous regrettons aussi que l’Eglise manque de moyens pour annoncer l’Evangile de manière efficace. Mais imaginons une Eglise qui ait tout : en homme, en argent, en bâtiments, en moyens. Aurait-elle encore besoin de foi ? Elle aurait tellement de richesses qu’elle pourrait s’y fier au lieu de se fier à Dieu, ce qui est la définition même de la « richesse » biblique.
Aujourd’hui nous sommes dans une situation de pauvreté et là arrive l’heure de la foi. Une façon de demander beaucoup de prêtres, beaucoup de saints prêtres laisseraient penser que Dieu nous auraient abandonnés. C’est un manque de foi. A chaque jour suffit sa peine. Le vrai problème n’est pas là. Le vrai problème n’est pas là. Le vrai problème est qu’aujourd’hui Dieu nous donne les moyens de la pastorale d’aujourd’hui.
Nous devons faire avec ces moyens ce que nous pouvons, aujourd’hui. Il ne faut pas rêver aujourd’hui de faire ce qu’on a fait au XIXe siècle avec les moyens du XXe siècle. On a d’autres moyens donc d’autres choses à faire. Si vous n’avez aucun doute sur la forme même de la pastorale, si vous voulez simplement la continuer, la sacraliser, etc. vous n’inventez plus. Et là, vous sortez de la foi et de la mission.
On a éperdument prié pour les vocations et Dieu semble nous indiquer d’autres pistes, ouvrir d’autres portes. Si vous n’avez aucun doute sur le bien-fondés de vos demandes, vous dites à Dieu : « Que ma volonté soit faite et non pas la tienne. » C’est un problème de foi, et le doute n’est pas l’autre côté de la foi mais à l’intérieur de la foi, pour empêcher la foi d’être un savoir. Il laisse à la foi d’être confiance.
p. 108-109
J'aimerais vous dire
Albert Rouet, entretien avec Denis Gira
Bayard - 342 pages
19 €


8 réactions
1 De Claire - 06/11/2009, 17:43
Je suis en train de le lire et j'apprécie la profondeur et la justesse des questions posées. Ce livre fait vraiment réfléchir en abordant les sujets d'un autre angle de vue. J'ai bien aimé ces pages que vous citez où lucidité et espérance se côtoient.
2 De Bert' - 06/11/2009, 21:02
Reuuh encore un bouquin sérieux, j'va t'faire lire les dernières histoires zzzzextraordinaires de Pierre Bellemare ça va d'détendre ;o)
3 De Flam - 08/11/2009, 21:05
"Il ne faut pas rêver"... puis plus loin : "On a éperdument prié pour les vocations."
N'est-ce pas là qu'est la grande faute ? s'imaginer qu'on a fait assez, qu'il est établi que Dieu ne répondra pas ?
Je suis loin de croire qu'on fait assez pour les vocations : on a plus peur aujourd'hui qu'hier de se donner, parce que cela nous place à rebours du message ambiant de la société qui est de plus en plus un message de l'avoir ("attrape tout ce qui est à ta portée, tout est bon à prendre") et du refus de l'engagement (j'ai le droit de changer de vie comme je veux, de tout larguer). Et c'est pour cela qu'il faut prier plus ! Et surtout, il y faut de l'audace : quand l'oeuvre des orphelins apprentis d'Auteuil s'est mise à battre de l'aile financièrement, le père Brottier ne s'est pas lancé dans de savants montages financiers. Il s'est mis en tête de bâtir une église ! et il y a réussi ! Non décidément, la sagesse de Dieu n'est pas celle des hommes. Mais qu'ils lui fassent confiance !
4 De Kwilleran - 08/11/2009, 22:36
Je n'en attendais pas moins d'Albert Rouet, qui n'a d'évêque que le titre (et encore ne consent-il même pas à le porter en tête de son livre...).
L'approche de Monsieur Rouet sur le don est certes plus humaine, mais elle n'est pas chrétienne.
Évangile de ce matin : Marc 12, 38-44. "Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre". Ce n'est qu'un exemple, il saute à l'esprit car c'était la lecture d'aujourd'hui. Ce n'est pas le seul de l'évangile.
Quant au fait de demander des prêtres...les prêtres sont essentiels dans l'Église catholique, il est normal d'en demander à Dieu (d'autant plus que Jésus lui même nous incite à prier pour demander: cf. la parabole de la veuve et du juge inique Luc 18,1-8). Et lorsque l'on voit la raréfaction des vocations, n'est-ce pas normal, sain et nécessaire de prier pour en avoir d'autres?
J'ajouterai, joignant les deux sujets : un prêtre donne sa vie (cad ses envies personnelles, son éventuelle carrière, sa descendance...) pour l'Église. Il ne la donne pas à moitié. Enfin, normalement...
Rouet est dans cette dialectique mortifère du "la qualité est mieux que la quantité", qui n'est qu'un cache-misère pour éviter de dire que les églises sont vides et que leur foi est moribonde. Si nous avions réellement des cathos de combat dans les églises en France, nous aurions aussi d'innombrables conversions et des actions d'éclat. L'arbre se reconnait aux fruits, il n'y a qu'à voir le dynamisme des tradis et de nombreuses communautés nouvelles -comparés à nos paroisses...surtout dans le diocèse de Poitiers.
Un livre à fuir, donc.
k
5 De Marc - 09/11/2009, 15:02
@Kwilleran : d'un côté comme de l'autre, il s'agit bien d'options pour l'avenir et je pense qu'il est sans doute intéressant de voir et de savoir qu'il existe d'autres options pastorales. Et que la solution miracle n'existe pas.
Effectivement, si le but est d'avoir "d'innombrables conversions et des actions d'éclat" ce n'est pas un livre qui va dans ce sens.
6 De Kwilleran - 10/11/2009, 01:16
@Marc.
Je suis d'accord pour que l'on recherche des solutions pragmatiques, surtout vu le désastre humain actuel de l'Église en France. Ceci étant, sans compter sur une solution "miracle" pour nous en sortir, la moindre des choses pour un croyant est de prier pour qu'elle survienne...
Ce qui m'indigne particulièrement, c'est la posture de Rouet lorsqu'il dit "Aujourd’hui nous sommes dans une situation de pauvreté". Parce que le Saint curé d'Ars vivait au Paradis peut-être? La Révolution avait été une monstruosité diabolique qui a laissé l'Eglise exsangue, ruinée et traumatisée. Il fallait tout reconstruire; nous n'en sommes pas là !
Et plus encore concernant M. Rouet, ce "aujourd'hui", il a contribué à le construire. Les solutions, il aurait peut-être fallu les trouver auparavant; la pastorale, nous avons peut-être déjà eu de Dieu les moyens de la mettre en œuvre. Encore eut-il fallu s'en saisir. On voit aujourd'hui que certains diocèses s'en sortent mieux que d'autres de ce point de vue.
k
7 De Marc - 10/11/2009, 08:50
@Kwilleran : mais je pense pas que Mgr Rouet demande de ne plus prier pour les vocations, il fait simplement le constat que c'est Dieu qui a appelle le premier et que les vocations, de fait sont aujourd'hui peu nombreuses.
En revanche je pense qu'effectivement nous sommes aujourd'hui très pauvre, mais ce n'est pas tant de personnes ou de moyens : je pense que nous sommes surtout pauvre dans nos mots et dans nos manières de dire Dieu aujourd'hui, nous n'arrivons pas à ré-inventer un dialogue avec le monde qui lui n'a plus aucune de nos références.
Oui certains Diocèses s'en sortent mieux, j'ai vu effectivement ce classement hier qui rejoint ton premier commentaires sur les communautés nouvelles. Il s'agit d'un classement du nombre de séminaristes par Diocèses en 2008 :
Sur les 6 premiers, deux (Toulon et Avignon) font appel massivement aux communautés nouvelles. Il est évident que cela permet de donner un dynamisme important, mais cela ne se fait pas sans crise ni questions pour l'avenir.
8 De Claire - 10/11/2009, 19:03
Je ne pense pas que Dieu appelle moins d'hommes à la prêtrise qu'il y 50 ans voire même plus... Certainement il est plus difficile de répondre à l'appel, même dans les familles pratiquantes les parents qui "sautent de joie" au fait d'avoir un fils prêtre ne sont pas légions... S'il s'agit d'une congrégation, ce n'est jamais la bonne... Et puis les critiques perpétuelles sur les prêtres, les évêques qui sont trop comme ceci et pas assez comme cela ne sont pas de réels encouragements. Personnellement, la lecture de certaines prières pour avoir de "saints" prêtres me font penser à des prières pour avoir la pluie, le beau temps, gagner au loto ...
Dieu ne nous abandonne pas...