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D’ailleurs de la distance, il en a prit une certaine depuis l’écriture de ce livre puisqu’il vit en ermite dans le grand sud du Maroc, et vu son analyse de l’Eglise, sans pour autant y voir une relation de cause à effet je pense que c’est sans doute pas mal parce qu’il ne doit pas avoir que des z’amis.

Disons le, cela change des analyses toutes en nuances, ici au moins on n’y va pas par quatre chemins.

Les synodes diocésains qui se sont tenus ici et là depuis une quinzaine d’année ne vont-ils pas en ce sens ?

Ils devraient aller dans le sens de l’ouverture et du dialogue. Mais ils ont provoqués bien des déceptions chez les fidèles qui en attendaient beaucoup : la plupart ont été de véritables chausse-trappes qui donnaient l’illusion d’un dialogue mais qui enterraient systématiquement toutes les questions qui fâchent.

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C’est sans doute ce qui constitue la qualité et le principal défaut de ce livre : c’est en entretien libre, entre une journaliste et un prêtre qui tente d’analyser le fonctionnement de l’Eglise à l’aide de son expérience personnelle et des outils de la psychanalyse.

La démarche est intéressante, sur l’exemple des synodes, je pense également qu’en France leurs utilisations est particulièrement maladroite et trop peu contraignante, mais Daniel Guigou n’en fait pas l’analyse. Ce n’est pas l’objet de ce livre.

En revanche l’auteur ne se contente pas de déconstruire les logiques, les modes de fonctionnements, les mauvaises habitudes et les dérives traditionnalistes : il avance également de nombreuses pistes de réflexions sur l’ensemble de la vie de l’Eglise. Comme par exemple cette comparaison assez intéressante des organismes de contrôle des Etats.

Comment l’institution-Eglise peut-elle prendre des décisions sur le terrain caritatif, au niveau mondial, en faisant appel régulièrement à la générosité de ses fidèles sans jamais les consulter ni rendre publiquement compte de ses dépenses ? Pourquoi n’accepteraient-elle pas un contrôle de sa gestion économique, de ses ressources mais aussi de ses dépenses.

Avec les budgets qui sont les siens au niveau international, elle ne peut effectivement pas être neutre. Des arbitrages sont en permanence nécessaires. Pourquoi ne mettrait-elle pas en place, par exemple, des commissions chargées de vérifier chaque année la pertinence de ses choix ou de ses orientations pour lui permettre de les évaluer et surtout de les corriger ? Ces instances pluripartites pourraient interroger ses responsables pour savoir s’ils ont eu raison d’engager telle somme en telle circonstance.

Ces contrôles seraient l’une des conditions pour pouvoir parler d’église « universelle ». Autrement dit, par fidélité à la parole du Christ, il serait souhaitable qu’elle se dote d’instances critiques de son fonctionnement. En ce domaine, les sociétés civiles des payes démocratiques la dépassent de beaucoup. Ainsi la Cour des Comptes étudie en France les dépenses de l’Etat pour vérifier la bonne utilisation des deniers de l’Etat. Ainsi la Cour Européenne des droits de l’homme rectifie les lois nationales lorsque celles-ci ne respectent pas les droits de des hommes des pays adhérents.

Qu’est-ce qui empêche l’Eglise de se doter d’instances, à différents niveau de son organisation, permettant aux « fidèles » d’apprécier la réalité de l’orientation des fonds et d’en débattre ? Ce « droit de regard » existe bien au plan local, paroissial et diocésain. Le droit canon, dans sa dernière version de 1983, citant un vieux précepte, précise que quod autem omnes uti singulos tangit, ab omnibus approbari debet (canon 119, n° 3) : ce qui concerne tous et chacun doit être approuvé par tous.

En fait, l’institution-Eglise ne peut faire l’économie d’un débat politique au sein de sa propre structure. Prétendre échapper à la politique et plus généralement à l’idéologie, ou aux conditionnements culturels, c’est s’inscrire dans une idéologie sans vouloir l’avouer. Tout au contraire, ouvrir l’espace au débat, c’est prendre le seul moyen de ne pas se laisser enfermer dans une idéologie.

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L'Église sur le divan
Daniel Duigou. Entretien avec Claude Plettner
Bayard 264 p., 19,50 €