Mais également car la construction théologique des sacrements ne permet que difficilement d’entrevoir aujourd’hui une possible évolution pastorale.

Reprenons tout ça dans l’ordre.

Sans rentrer dans le détail du sondage, il est possible d’en extraire les deux grands enseignements suivants : les Français se déclarant catholiques divorcent autant que la moyenne de leurs compatriotes (17%) et se remarient dans les mêmes proportions. 75% des catholiques pensent que l’Eglise devrait adopter une attitude plus souple pour tenir compte de l'évolution des mœurs (soit le même taux que les français en général).

Il faudrait donc que l’Eglise s’adapte… vaste programme ! Alors Cardinal, le pape Benoît XVI avait eu cette assez remarquable comparaison. Pour lui, l'Eglise est en forme de croix.

Horizontalement, elle épouse l'histoire des hommes et les accompagnent tout au long de leur chemin sur cette terre en s'adaptant sans cesse pour rendre l'annonce de l'évangile pertinente et compréhensible par tous.

Mais verticalement, elle ne doit jamais avoir de cesse de rappeler les principes qui au delà des temps, des particularismes, des effets de modes structurent l'homme et la société à l’appel de Dieu.[1]

Cela exprime parfaitement à mon avis la difficulté constante de l’Eglise et ce grand écart permanent qu’elle doit maintenir pour honorer la mission qui n’est pas la sienne mais qui lui est confiée.

Car voilà le fond du problème : l’Eglise et le peuple de Dieu sont dans une attitude de réception : et il en est de même pour le sacrement du mariage.

Ce qui pose souci, ce n’est pas le divorce, mais bien le fait pour une personne de se remarier. Car le sacrement de mariage se reçoit de Dieu et donc l’Eglise considère qu’elle n’a pas le pouvoir de rompre ce qui vient de Dieu.

Et c’est bien ici que cela coince. Comment pouvons nous soutenir un Dieu de Pardon et de Miséricorde et en même temps maintenir des personnes hors des sacrements ?

Si l'Eglise est constituée par des fidèles qui se disent frères, qui croient et qui pratiquent l'esprit de l'Evangile, elle ne peut pas rejeter d'autres frères, sous prétexte que socialement, ils sont en dehors de certaines nombres et pour certains source de scandale. C'est allé à l'encontre de l'enseignement du Christ sauveur ! Jésus en effet a passé son temps à lutter contre les sectarismes et les discriminations de toutes sortes. Jésus réintègre, sans cesse dans la communauté des hommes et des fidèles, ceux qui étaient exclus par leur appartenance à une catégorie discriminée du reste. " La mission libératrice de l'Eglise demeure, elle incombe à toute l'Eglise, voire à toute la communauté humaine. (journal le monde des 3-4 Décembre 1972- Les choses de la foi-Le centurion.1973)



Des initiatives existent dans les diocèses pour accompagner les personnes, des associations également, des pistes théologiques sont encore à explorer en s’inspirant de la théologie orthodoxe par exemple qui permet le remariage après une certaine période et avec un rite spécifique.

Dans le dernier numéro du journal Pèlerin, le théologien Xavier Lacroix avance l’idée d’une réintégration à la vie sacramentelle au terme d’une pénitence de sept années correspondant, dans la tradition biblique, à la remise de toute dette.

Malgré le fait qu’il ne me semble pas que Benoît XVI souhaite ouvrir cette question, je pense pour ma part que c’est exactement le bon moment. Oh non pas pour s’adapter ou pour faire plaisir aux sondages, ou pour montrer qu’on est capable d’évoluer.

Non, mais juste parce que Benoît XVI a fait le choix de placer son Pontificat sous le signe courageux de la Réconciliation : le dialogue qui va reprendre avec la Fraternité Saint Pie X montre que la charité permet de dépasser toute les frontières, les incompréhensions et les orages de l’histoire.

Afin que nous soyons cohérent, je formule le vœu qu’il puisse en être ainsi avec l’ensemble de nos divisions.

Notes

[1] Désolé je ne dispose pas de la référence et de la phrase exacte, je ne me ballade pas constamment avec mon petit ratzinger illustré…