
Compilation d’interventions devant la conférence des Evêques de France, dans des Colloques ou des tables rondes, le livre souffre parfois de certaines répétitions : suivre à chaque chapitre la démonstration de l’auteur autour du malentendu que constitue selon lui la formulation de la problématique des racines chrétiennes devient un peu lourd sur la fin.
Mais outre ce petit défaut, on y trouve surtout un regard particulièrement lucide et attentif sur notre société et ses évolutions : Guy Coq propose souvent de revisiter les concepts de démocratie, de liberté, de laïcité, d’Etat pour mieux éclairer les choix pastoraux du catholicisme.
Enfin, et c’est tellement rare que hop je vais mettre du gras, on y trouve un véritable franc-parler aujourd’hui tellement rare :
On est ici très loin d’une posture répandue dans le monde chrétien, qui consiste à faire porter le recul du christianisme aux autres, à la culture, à la société. Les chrétiens ont à se demander en quoi, par leur manière de vivre, par leur propre culture religieuse ils portent la responsabilité principale dans le fait que la parole de l’Evangile ne soit pas accueillie. Telle est l’attitude qui semble se développer en France dans le monde catholique.
p. 134
La difficulté d’obtenir un regard un peu lucide sur nos pratiques, de se remettre en cause et d’admettre que sans doute certaines options n’ont pas toujours été des plus pertinentes conduisent trop souvent à trouver un autre bous émissaire que soi-même : c’est tellement plus facile…
J’ai toujours du mal à comprendre cette impossibilité à relire notre « politique pastorale » : mauvaise interprétation du rôle de l’Esprit Saint ? Volonté de ne pas blesser certaines personnes encore en fonction ?
Pour repenser l’inscription chrétienne dans notre société, Guy Coq insiste énormément sur l’aspect communautaire de nos vies :
Nous en sommes à l’époque des décompositions sociales. Ne devrait-on pas faire des communautés, des lieux d’Eglise, des espaces de reconstruction, de création de liens humains, de lien social.
p.161
Ses lieux d’Eglises doivent pouvoir être un socle au milieu d’une société en recherche de repères, de structures, de sortes que nous puissions peu à peu ne plus penser et vivre en dichotomie et en opposition d’un monde qui vivrait sur une constante opposition entre Eglise et Société.
Mais cette société, faut-il encore pouvoir la comprendre…
Ne faut-il pas engager le travail pour que se construise dans l’Eglise une culture qui la rende capable, pour dialoguer avec ce monde, de percevoir ce qui le constitue ? Réduire le problème à l’embauche au Vatican de quelques docteurs en communication, ce serait passer à côté du problème. Cette culture nouvelle que j’appelle, amènerait d’abord les responsables de l’Eglise à reconnaître qu’il y a une opinion publique, qu’il y a de toute façon une perception de l’Eglise par le monde qui l’entoure, et les messages spirituels passent à travers cette perception. La culture ecclésiale devra se préoccuper de rendre l’Eglise, dans sa réalité concrète, physique, humaine, meilleur médiatrice de l'Évangile.
p. 182
Dans sa conclusion, avec un ton beaucoup plus personnel, Guy Coq appelle de ses vœux une Eglise qui sache faire évoluer son fonctionnement :
J’espère un temps où il ne sera pas irrévérencieux de parler vrai dans l’Eglise, où l’on aura le courage élémentaire, sans remettre en question le dogme, d’envisager l’évolution de certaines pratiques. J’ose imaginer, sans espérance prophétique excessive que viendra le jour où pour nommer l’évêque d’une communauté, on saura prendre en compte la réalité, les attentes de celle-ci.(…) J’ose imaginer ce temps où l’Eglise s’attaquerait à la question centrale si bien posé par Emmanuel Mounier : « Le monde a perdu la clef de sa langue et l’Eglise a perdu la clef de la langue des hommes ».
Bon ben, y’a plus qu’à alors 
- Inscription chrétienne dans une société sécularisée
- Guy Coq
- Paroles et Silences
- 213 pages – 18€


3 réactions
1 De Lemaigre - 28/08/2009, 09:02
Oui, c'est le retour des vacances et des billets de Monsieur Marc.
2 De Bert' - 28/08/2009, 18:59
Pfffiou,
Marc où l'art de se prendre la tête avec un bouquin de pelleteux de nuages et de refaiseurs d'Eglise à 2 sous.....T'avais pas plutôt un bon polar à lire cet été ?
3 De Marc - 28/08/2009, 20:50
Et encore Bert', je ne parle ici que des livres que je trouve sympa, parce que quand un bouquin me gave je vais pas en plus passer du temps à dire que c'est une bouse.
Ouais je te confirme et j'assume, y'a pas bcp de bouquins drôle chez moi... promis dès que je trouve un San Antonio qui traîne, j'en parle.