Jean-Marie, Soan et le Titanic
Le point commun entre la Nouvelle Star 2009 et l’année sacerdotale ? Une grosse opération, un nombre vraiment important de candidats et au final une impression d’erreur de casting.
Et donc cet étrange sentiment que le vainqueur, malgré les promesses de promotion et de soutien ne va pas faire vibrer les foules et va vite passer au panthéon des stars oubliées.

Mais on ne va pas refaire le match, ce qui est fait est fait. Il faut simplement se faire à l’idée que Soan va débarquer dans quelques mois avec un album du même niveau que Cindy Sanders avant de disparaître définitivement des écrans.
En revanche, le Père Jean-Marie Vianney, de son nom de scène le Saint curé d’Ars, c’est bien durant une année entière qu’il va falloir le supporter.
Ah oui, petit rappel pour ceux qui prennent le train en route : hier s’est ouvert au Vatican une année thématique sur le prêtre dont le curé d’Ars, prêtre français (1786-1859) connu pour ses qualités de confesseur et son dévouement total à sa charge pastorale, est présenté comme un modèle pour les prêtres d’aujourd’hui.
Enfin heureusement, les Evêques et les radios ont ceci de commun qu’ils conservent une certaine liberté dans leur diffusion : et autant la plupart des diocèses parlent de l’année sacerdotale et des prêtres, autant peu évoque le curé d’Ars.
L'envoyée permanente à Rome du journal La Croix le reconnaît elle-même la difficulté de partir d’une telle figure :
Le choix de ce prêtre de campagne du XIXe siècle, dont la ferveur populaire vante l’esprit de sacrifice (« deux pommes de terre par jour pour seule pitance ») et la lutte contre le démon, a en effet de quoi surprendre. Après le concile Vatican II, qui a reconnu toute leur place aux laïcs dans l’Église, après aussi la crise des vocations que connaît notamment l’Europe et qui contraint les prêtres à repenser leur rôle et leur vocation, que peuvent apporter l’exemple de Jean-Marie Vianney et son profil typique de prêtre du concile de Trente ? En quoi les jeunes prêtres y puiseront-ils de quoi répondre aux défis de la société urbaine et sécularisée d’aujourd’hui ?
La lettre de Benoît XVI qui présente très largement le saint curé d’ars comme un modèle ne permet pas de lever ce malaise.
Les références et citations sont d’un autre temps, mais surtout d’un autre monde et malgré les indications du pape, il en reste une impression décalage : comme si un prêtre tout entier concentré sur sa mission sacramentelle, et en particulier la confession et l’eucharistie, cela au sein de sa paroisse, pouvait être la solution à la sécularisation de notre époque.
Etrange décalage entre le curé d’Ars et le les prêtres d’aujourd’hui qui n’est finalement que le reflet de celui qui se creuse entre le pape et la société dont il ne semble pas pouvoir ou pas vouloir comprendre l’inexorable évolution.
Il est toujours nécessaire de savoir d’où l’on vient, et partir de la vie d’un saint comme le curé d’Ars peut sans aucun doute constituer une base pour comprendre aujourd’hui et anticiper demain.
Mais à trop regarder dans le rétroviseur, ne prend t-on pas le risque d’en oublier que l’on avance jamais en marche arrière ?
Pour conclure deux remarques rapides.
Tout d’abord, je me demande si le curé d’Ars a une dimension, une aura et une profondeur spirituelle suffisante pour avoir un caractère d’universalité : je ne suis pas certain de la pertinence de cette figure tellement française en Asie, en Amérique du Nord ou même en Afrique.
Enfin, si (il est vraiment important ce si là) le choix du curé d’Ars relève d’un calcul politique, c’est très habile : les plus conservateurs pourront facilement y trouver de nombreux justificatifs à leur démarche, quant aux plus progressistes, au prix de nombreuses contorsions intellectuelles et d’une pincée de révisionnisme, il arriveront néanmoins à en faire une figure positive et attirante.

























Commentaires
Oui mais justement, la suite de l'article de La Croix parlait de la proximité du curé d'Ars vis à vis de ses paroissiens, son énergie consacrée à la rencontre des personnes... vu sous l'angle de la proximité, le choix n'est pas si mauvais ?
Une fois l'image du curé d'Ars dépoussiérée de tout ce qui appartient à son siècle, je pense qu'il y a de quoi faire, justement, pour toutes les "tendances"...
Un prêtre, un homme pour les autres, disait Jean-Paul II.
Vu sous l'angle de la proximité, moi effectivement, cela me va. Idem pour la phrase de Jean-Paul II, à la fois toute simple et tellement profonde.
Mais cela transforme un peu le curé d'ars en supermarché où chacun va venir y chercher ce qui correspond à sa vision du monde : or un Saint justement, est Saint par le témoignage de toute sa vie.
Mouais... Et le Titanic, alors ?!
Autant la longue évocation du Curé d'Ars dans la lettre de Benoît XVI m'a un peu gonflé à la lecture (par pur ennui), autant je ne suis pas spécialement convaincu par ta perception du personnage. Ce qui prouve sans doute que tu as raison quand tu dis que chacun pourra y voir un peu ce qu'il veut.
Mais peut-être que l'intérêt du Curé d'Ars, c'est d'abord de présenter une figure totalement dévouée à sa mission. Sans nécessairement imposer un modèle tout fait, puisqu'il est entendu que le rôle du prêtre aujourd'hui n'est plus tout à fait le même ?
Le Titanic : parce que c'est tout gros, tout beau, mais qu'au final cela coule à pic très vite...
Oui, je sais, je suis un gros nul du titre.
Pour le Curé d'Ars, c'est clair que je suis vraiment pas spécialiste, mais je vais sans doute en profiter pour bouquiner un peu dessus. Enfin, on va voir...
Mais au final, tu vote pour qui toi ? T'es plutôt Soan, Leïla ou Camélia-Jordana ??
Je sais pas trop. J'allume pas tellement la télé en ce moment.
La Nouvelle Star, c'est un genre de Chance aux chansons, c'est ça ?
Non, le titre n'est pas nul, mais, il est peut être un peu sévère. L'austérité bien connue du curé d'Ars peut effectivement faire réfléchir des candidats potentiels. Personnellement, j'aurais aussi préféré que l'on nous propose un Oscar Romero, ou un François de Sales,ou autre, canonisé ou pas. Mais je me dis aussi qu'en matière de fécondité spirituelle, on peut avoir de grandes surprises ; nos critères d'évaluation sont humains avec tout ce que cela comporte de grandeur...et de limites. Je vais, comme toi, relire tout ça
Mais qu'est-ce qui est susceptible de choquer, dans la vie du curé d'Ars, en fait ? Le fait qu'il soit d'un autre siècle, avec tout ce que ça comporte au niveau culturel, des valeurs d'alors (austérité, lutte contre les démons, etc) ? Il me semble que c'est normal d'être touché par un saint pour un aspect particulier de sa vie... Un saint est un modèle pour telle ou telle attitude, pour sa façon de recevoir et donner de l'amour, pas un modèle de vie à reprendre tel quel, non ? Enfin, je n'ai pas lu la lettre du pape, peut-être y a-t-il des explications dedans...
Je ne reproche pas au curé d'Ars d'être un homme de son temps, marqué par une histoire à l'époque particuliérement "vivante".
Ce que je n'arrive pas vraiment à comprendre, c'est qu'est-ce qui va rester après le nécessaire dépoussiérage historique ? Et en quoi cela donne t-il une piste pour l'avenir ?
L'impression que j'ai, car je ne recherche pas vraiment l'objectivité, c'est que les pistes que proposent le pape ne correspondent en rien à la réalité de la situation et que, mais je me répète, ce modèle n'est vraiment pas exportable.
Laura et Laurence : même ip, même adresse e-mail, deux personnes différentes ou une seule ?? Si possible, merci de conserver le même pseudo, c'est plus facile pour suivre la conversation. Merci
D'accord, j'ai mieux compris avec votre dernier message.
Désolé pour la confusion de pseudos...
Jean-Marie, l'"ancienne star" de la confession si j'ai compris. (même si je ne sais pas vraiment ce que peut être "un grand confesseur"). Remettre ce sacrement au goût du jour. hum...
J'imagine que c'est plutôt aux prêtres de voir si une telle personne peut être un modèle pour eux. quant à moi je me pose une question bien futile. Pourquoi les années sont-elles lancées au mois de juin ?
Non seulement on regarde dans le rétroviseur, mais à l'heure où c'est finalement l'AFrique et l'Amérique du Sud qui fournissent les plus gros bataillons de prêtres, l'on fait encore preuve d'un eurocentrisme assez désolant. POur moi, donner le Curé d'Ars en exemple c'est certes recentrer peut-être son rôle sur le sacramentel...mais aussi et justement le redéfinir comme sacramentel et non plus presbytéral...Le prêtre du futur va-t-il être un sur-homme sacré? Ou un homme ancré dans la réalité de son presbytère et le dialogue, la coopération avec les baptisés?
Ben moi, en tant que jeune prêtre, je l'aime bien la figure du Curé d'Ars.
Bien sûr, si un prêtre aujourd'hui en paroisse vivait comme lui, son vicaire général ou son évêque viendrait lui demander d'améliorer son équilibre de vie, et ils auraient raison !
Pour ma part, je passe une heure par semaine à confesser, et j'en suis très heureux... Dans ce sacrement comme quand je célèbre l'eucharistie, j'ai vraiment le sentiment d'être prêtre.
Et pourquoi opposer le sacramentel à la vie ? A votre avis, avec qui et pour qui les prêtres célèbrent-ils messes, baptêmes, mariages, confessions...? Ben, avec les gens ! Et parfois, surtout aux baptêmes et aux mariages, ainsi qu'aux sépultures, avec des gens qui sont loin, très loin de l'Eglise. Je crois vraiment "qu'un prêtre vaut ce que vaut sa messe" (je ne sais plus de qui est la citation). Car c'est à l'autel que le prêtre replonge dans l'Amour de Dieu qui se donne au monde, pour lui-même ensuite aller porter cet Amour de Dieu au monde. Par pitié, ne cherchons plus à opposer les différentes dimensions du ministère, cela nous tue ! C'est l'unification du ministère qu'il faut chercher, à la fois contemplatif et actif, incarné et spirituel, humain et divin !
Je n'oppose pas le sacramentel à la vie. Pardon, je me suis mal exprimée probablement. POur faire rapide et raccourci, je trouve que l'on est en train de remettre sur un espèce de piédestal la prêtrise, parce que le prêtre justement est le seul à faire des sacrements (et c'est très bien). Ceci dit, des mauvaises dérives (vécues malheureusement) font que du coup, tout ce que fais le prêtre est "sacré", tout ce qu'il dit est "parole divine" etc... Combien de fois n'entend-on pas: "oh le père à dit que..." "ahhh, le père untel a fait..." le tout avec un air extatique. Pas de remise en cause possible de la parole ou des actes desdits prêtres, puisque eux sont "sacrés", ils ont le ministère de la Parole.... J'aimerai que l'on puisse en dire autant de tous les baptisés engagés dans la vie de leur paroisse et plus généralement de l'Eglise (nonobstant le travail et la vocation formidables des prêtres que je ne renie pas.)
@Tellou : peut être existe t-il une confusion entre le pouvoir sacramentel et le pouvoir temporel ? Peut être l'un et l'autre doivent-ils, peuvent-ils être dissociés ??
C'est une réflexion comme ça, je ne maîtrise pas plus que ça la question, il faudrait pour creuser la question ouvrir Lumen Gentium en détail
Moi, l'image que j'ai du curé d'ars, c'est le prédicateur fougueux, qui attirait chaque dimanche des paroissiens de toute la région... ça, ça peut être un bon modèle pour les prêtres! La prédication, c'est important... Perso, dieu sait que souvent, le dimanche, je compte les mouches qui volent pendant l'homélie, tellement je m'ennuie... ou que je trouve ça abstrait et loin des préoccupations des hommes.