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Mais on ne va pas refaire le match, ce qui est fait est fait. Il faut simplement se faire à l’idée que Soan va débarquer dans quelques mois avec un album du même niveau que Cindy Sanders avant de disparaître définitivement des écrans.

En revanche, le Père Jean-Marie Vianney, de son nom de scène le Saint curé d’Ars, c’est bien durant une année entière qu’il va falloir le supporter.

Ah oui, petit rappel pour ceux qui prennent le train en route : hier s’est ouvert au Vatican une année thématique sur le prêtre dont le curé d’Ars, prêtre français (1786-1859) connu pour ses qualités de confesseur et son dévouement total à sa charge pastorale, est présenté comme un modèle pour les prêtres d’aujourd’hui.

Enfin heureusement, les Evêques et les radios ont ceci de commun qu’ils conservent une certaine liberté dans leur diffusion : et autant la plupart des diocèses parlent de l’année sacerdotale et des prêtres, autant peu évoque le curé d’Ars.

L'envoyée permanente à Rome du journal La Croix le reconnaît elle-même la difficulté de partir d’une telle figure :

Le choix de ce prêtre de campagne du XIXe siècle, dont la ferveur populaire vante l’esprit de sacrifice (« deux pommes de terre par jour pour seule pitance ») et la lutte contre le démon, a en effet de quoi surprendre. Après le concile Vatican II, qui a reconnu toute leur place aux laïcs dans l’Église, après aussi la crise des vocations que connaît notamment l’Europe et qui contraint les prêtres à repenser leur rôle et leur vocation, que peuvent apporter l’exemple de Jean-Marie Vianney et son profil typique de prêtre du concile de Trente ? En quoi les jeunes prêtres y puiseront-ils de quoi répondre aux défis de la société urbaine et sécularisée d’aujourd’hui ?

La lettre de Benoît XVI qui présente très largement le saint curé d’ars comme un modèle ne permet pas de lever ce malaise.

Les références et citations sont d’un autre temps, mais surtout d’un autre monde et malgré les indications du pape, il en reste une impression décalage : comme si un prêtre tout entier concentré sur sa mission sacramentelle, et en particulier la confession et l’eucharistie, cela au sein de sa paroisse, pouvait être la solution à la sécularisation de notre époque.

Etrange décalage entre le curé d’Ars et le les prêtres d’aujourd’hui qui n’est finalement que le reflet de celui qui se creuse entre le pape et la société dont il ne semble pas pouvoir ou pas vouloir comprendre l’inexorable évolution.

Il est toujours nécessaire de savoir d’où l’on vient, et partir de la vie d’un saint comme le curé d’Ars peut sans aucun doute constituer une base pour comprendre aujourd’hui et anticiper demain.

Mais à trop regarder dans le rétroviseur, ne prend t-on pas le risque d’en oublier que l’on avance jamais en marche arrière ?

Pour conclure deux remarques rapides.

Tout d’abord, je me demande si le curé d’Ars a une dimension, une aura et une profondeur spirituelle suffisante pour avoir un caractère d’universalité : je ne suis pas certain de la pertinence de cette figure tellement française en Asie, en Amérique du Nord ou même en Afrique.

Enfin, si (il est vraiment important ce si là) le choix du curé d’Ars relève d’un calcul politique, c’est très habile : les plus conservateurs pourront facilement y trouver de nombreux justificatifs à leur démarche, quant aux plus progressistes, au prix de nombreuses contorsions intellectuelles et d’une pincée de révisionnisme, il arriveront néanmoins à en faire une figure positive et attirante.