Référence pour les étudiants en théologie mais inconnu du grand public, le Père Sesboué est sans doute un des meilleurs théologiens français, auteur de nombreux articles et ouvrages, dont le fameux Histoire des Dogmes, et l'un des spécialistes du dialogue inter-religieux. Enfin pour faire simple, il est difficile de le contredire sur les aspects dogmatiques de la Foi tant sa connaissance encyclopédique en la matière en font une référence incontournable.
Bref il est très fort[1].
Dans son nouveau livre, il détaille chacun des 7 sacrements de l'Église (baptême, eucharistie, confirmation, ordination, réconciliation, onction des malades et mariage), tant d'un point de vue historique que théologique, mettant notamment en lumière la tension toujours existante entre le sacrement don de Dieu et les vicissitudes de l'histoire qui obligent bien souvent à des adaptations.
L'occasion de se reposer quelques questions pourtant toute simple : pourquoi par exemple la confirmation est-elle un sacrement alors qu'elle n'est pas spécifiquement mentionnée dans les évangiles alors que le lavement des pieds apparait littéralement comme une mission mais n'est pas un sacrement ?
Cette visite guidée dans les sacrements dépoussière nos habitudes, met définitivement à mal toute lecture traditionaliste qui se pense toujours comme héritier d'un sacrement immuable, permet de redécouvrir les fondements et évolutions de réception de la pratique sacramentelle.
Enfin une partie de prospective clôt presque chaque chapitres [2] afin de proposer quelques pistes pastorales de réflexion dont je me suis permis de faire un petit résumé rapide, histoire de garder cela en mémoire et en ligne.
Seul regret, les parties techniques sont très nombreuses ce qui place difficilement ce livre dans la suite de son premier tome « Croire » et de son caractère très pédagogique. Livre donc à réserver aux personnes qui souhaite approfondir leurs connaissances théologiques ou disposer d'un vade-mecum sur les sacrements pour compléter un cours de théologie. A la limite cela peut être une première approche intéressante pour des personnes qui acceptent une responsabilité diocésaines, que cela soit dans un mouvement, un service ou une EAP, même si je pense qu'il existe d'autres livres bien plus adaptés.
Confirmation
De nombreux catéchisés s'estiment quittent quand ils ont respectés les exigences du catéchisme et accomplit la communion solennelle.
Comment sortir de ce piège et œuvrer pour une persévérance sérieuse de ses jeunes ?
Deux options se dégagent, retarder l'âge de la confirmation ou au contraire le rendre plus précoce.
Réconciliation
Les célébrations communautaires réduisent le temps consacré à l'aveu et à la monition au minium : l'idée serait de pouvoir vivre ce sacrement en deux temps, de manière communautaire puis personnel, idéalement durant le temps de Carême.
Sacrement de l'ordre
- Le diaconat permanent n'a pas encore trouvé ses marques dans l'Église, ce qui est assez logique, car il s'agit de recréer un ordre qui n'existe plus depuis une dizaine de siècle. Le concile Vatican n'a pas clairement tranché la question de l'identité exacte du diacre : s'agit-il de celui qui aide le prêtre dans l'exercice de sa charge pastorale, rôle de suppléance, ou bien s'agit-il avant tout d'un ministère centré sur l'exercice de la charité. La pénurie de prêtres en France orientent plus les Évêques vers la suppléance alors que la théologie et l'étude des sacrements vont plus vers le ministère de la Charité.
- Ministère des laïcs : de plus en plus de laïcs exercent un service spécifique et reconnu dans l'Église : mission proprement pastoral, mission de coopération au ministère presbytéral. Ce ministère requiert une interprétation théologique : l'envoi en mission est un acte de juridiction du même type que l'assignation d'un curé à une paroisse. L'Evêque accomplit cet acte sur le fondement de sa mission apostolique, il « greffe » le laïc sur son propre envoi en mission. Il lui confie donc des tâches qui appartiennent à la sphère du ministère presbytéral. Cette interprétation théologique a encore besoin de prendre corps dans la vie des Diocèses.
- Ministère presbytéral : l'étude théologique, sacramentelle et historique de ce ministère ne pose aucun obstacle à l'ordination d'hommes mariés. Mais pour des raisons christologiques, ecclésiologiques et eschatologiques, il est nécessaire qu'il y est des prêtres célibataires.
D'où la possibilité de l'existence de deux formes de clergé, célibataires et mariés. Nécessité néanmoins d'un temps de rodage important et d'acclimatation des fidèles.
Mariage
- Question de la reconnaissance du mariage civil par le droit canon afin de mettre fin à la distortion de situation entre les couples où un seul est baptisé et les couples où les deux sont baptisé mais n'ont plus la Foi.
- Sur la question des divorcés-remariés, la distortion entre le cadre canonique et la situation pastorale induit inévitablement des situations très différentes selon les prêtres et les Evêques. Il est nécessaire de continuer à travailler cette question douloureuse afin de concilier exigence de l'indissolubilité du mariage et miséricorde pastorale.
Notes
[1] et cela même au matin, juste après les Laudes et avant le petit déjeuner, j'ai déjà testé pour vous
[2] une de mes grandes interrogation concerne l'absence de cette partie pour ce qui concerne le sacrement de l'Eucharistie, question que l'on aborde trop souvent sous l'angle du manque de prêtre, alors qu'il pose de nombreuses questions en lui même


2 réactions
1 De Tellou - 20/04/2009, 14:40
Son "Croire" était tellement intéressant et didactique que je sens que ce dernier opus va intégrer ma bibliothèque rapidement. A recommander chaudement
2 De Marc - 20/04/2009, 14:54
Son petit dernier est intéressant, mais quand même beaucoup plus technique, je me suis endormi au moins 10 fois dessus... Disons que c'est pas le livre qu'il est possible de lire dans le métro entre 2 stations.