J’ai eu personnellement l’occasion d’expérimenter cela au cours d’une interview. Un journaliste m’appelle pour faire un portrait de l’Evêque. Nous prenons rendez-vous quelques jours plus tard, je lui transmets un petit dossier avec bio et photos de l’Evêque, nous convenons en gros du type de questions, après je le laisse libre d’improviser en fonction de l’actualité.
L’interview se déroule normalement, jusqu’à ce que le journaliste me sorte la bio extraite de Wikipédia pour revenir sur quelques déclarations de l’Evêque.
Rien de bien méchant, il a fait son travail, il a même bien fait son travail, c’est normal, ce fut simplement l’occasion de constater qu’il faut maintenant faire avec Wikipédia pour les interviews, en vérifiant au préalable ce qu’il contient.
Je me suis intéressé au contenu des bios de l’ensemble des Evêques de France, et plus particulièrement au contenu de leurs prises de positions et aux sources des internautes qui font les mises à jour.
Pas inintéressant…
Qui dit quoi ?
Première constatation, 25% des Évêques n’ont aucune prise de position référencée sur Internet... ce qui fait un silence assez assourdissant.
41% des prises de positions concernent des questions de sociétés, que cela soit les élections municipales, le travail le dimanche, les migrants ou l’international.
Il est possible de rajouter à cela les 12% qui concernent les débats éthiques, qui sont à inclure dans les débats de société mais que j’ai choisi de présenter à part pour montrer que malgré ce que l’on pourrait penser, les prises de positions sur ses sujets ne sont pas aussi nombreuses que cela. Dans la plupart des cas, il s’agit de déclarations sur l’avortement, les embryons, le Téléthon et l’euthanasie.
12% concernent le dialogue œcuménique et interreligieux, ce qui au contraire me semble artificiellement plus important que la réalité. Cela s’explique principalement par le référencement sur des sites d’autres religions et confessions.
Enfin 10% sur les questions internes : cela va de la Catéchèse au questions liturgiques en passant par les lieux de pèlerinage.
Bien évidemment il faut bien replacer ses chiffres dans leur contexte : il ne sont en aucune manière le reflet des prises de positions des Evêques de France, mais leurs échos sur Internet, à travers Wikipédia. La question n’est donc pas tant celle de l’équilibre des différents domaines d’interventions que de la présence de l’Eglise de France sur les moteurs de recherche.
Où se trouve l’info ?
Pour avoir une bonne mise en perspective, il faut dans un deuxième temps regarder les sources d’informations. Elles représentent un indicateur intéressant sur la maîtrise et la place des sites diocésains et de la cef sur Internet.
25% des infos proviennent de la presse locale et nationale, dont 9% pour la Croix.
29% ont leurs origines sur les sites liés à la Conférence des Evêques de France, ce qui représente un assez bon chiffre compte tenu d’un certain retard sur les questions de référencement et d’agrégation.
Pour le reste, ben y’a un camembert, donc je vais pas faire plus de commentaires que cela...
Une conclusion ?
Ce rapide tour d’horizon permet de tirer quelques conclusions sur la présence des déclarations des Evêques de France sur Internet :
- Les Evêques s’expriment très régulièrement par le biais de leur magazine diocésain. Mais tous sont sous forme d’abonnement et ne sont pas disponibles librement sur Internet. Et donc sans aucune répercussion sur Internet.
- Dans (presque) chaque Diocèse, il existe une radio diocésaine, RCF ou Radio Notre-Dame : un effort considérable sur le podcasting a été fait, mais encore peu d’émission au niveau local sont disponibles, principalement du fait d’un manque de moyens humains : c’est ce même manque de moyens humains qui explique l’impossibilité pour les personnes faisant les mises à jour de pouvoir se faire l’écho des émissions.
- Une des clés de la communication, c’est la maîtrise de l’émission. Or avec seulement 30%, il y a un travail considérable de la part des services de communication diocésains pour proposer un contenu plus riche, tant par le biais de leurs sites diocésains qu’en mettant eux-mêmes à jour les pages de Wikipédia


2 réactions
1 De Tellou - 15/01/2009, 14:22
Tout d'abord, je te souhaite une excellente année 2009.
Pour en revenir à ton poste, j'y vois deux aspects:
- malheureusement, la plupart du temps quand la presse cherche une "parole", un point de vue catholique, elle va chercher ces avis chez les évêques. Pourquoi la parole d'un evêque a-t-elle plus de poids qu'un laïc engagé? Mystère....
- l'Eglise catholique ne prêche malheureusement que des convertis: il faut faire partie du milieu, du sérail pour connaître l'info. Quid des personnes qui sont sur le parvis de nos Eglises et qui n'éoutent/lisent pas les medias cathos? Quelle communication est reprise dans les grands médias généralistes locaux ou régionaux?
D'un côté l'Eglise veut faire connaître ses positions et a un rôle important à jouer dans nos sociétés de par certaines de ses engagements (encore faut-il que les evêques et la cef se mettent d'accord) , mais de l'autre elle ne sait pas communiquer de façon moderne et ouverte....
2 De Marc - 15/01/2009, 21:45
Bonne année à toi aussi
Oui les médias cherchent un Evêque, comme ils cherchent un élu, un premier secrétaire, un spécialiste... Evidemment que la parole d'un laïc n'a pas moins de poids, mais déjà qu'à l'intérieur de l'Eglise le chemin dans les mentalités est encore long pour faire advenir un autre modèle écclésial de co-responsabilité, alors pour pour les personnes qui ne sont pas du sérail... patience Tellou
La communication externe est effectivement un des enjeux importants, sans doute le plus important d'ailleurs, mais pour l'instant, c'est surtout quand les trains arrivent en retard et sur les questions très polémique que l'on souhaite obtenir l'avis de l'Eglise.
Mais il s'agit de se retrousser les manches, de développer une pédagogie plus importante et d'avoir des avis qui ne soient pas des communiqués de presse de 15 pages une fois par trimestre.