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Alberto est prêtre. Et aux Etats-Unis c’est une star. Alors forcément quand il se retrouve lui en maillot de bain et elle en string en train de se bécoter en première page du Voici local, cela fait désordre.

Cela a râlé là-haut… Roberto a été obligé de s’expliquer, de se justifier. C’est ça aussi les Etats-Unis.

Et puis Alberto a expliqué qu’il était trop difficile pour lui de choisir entre son amour pour une femme et son amour pour l’Eglise.

Alors il a choisi : il vient de quitter l’Eglise Catholique pour rejoindre l’Eglise Episcopalienne. Dans cette déclinaison américaine de l’Eglise Anglicane, les pasteurs ont la possibilité d’être mariés.

Bref Alberto va bien.

Mais inévitablement la communauté catholique, et en particulier hispanique est en émoi et le débat sur le mariage des prêtres est relancé : et cela nous donne dans un article du Figaro ce superbe sondage :

74 % des personnes interrogées dans la région de Miami se disent opposées à l'obligation du célibat pour les prêtres. Un pourcentage en augmentation dans la communauté hispanique. La popularité du père Alberto n'y serait pas étrangère.

La question n’est pas nouvelle : elle est source de querelles théologiques et historiques incessantes depuis déjà de nombreuses années[1] : de nombreuses personnes au sein de la communauté catholique pensent pouvoir y trouver un remède à cette fameuse « crise des vocations ».

Comme nous allons le voir, dans ce débat, ce qui est en jeu, ce n’est pas la réponse sur le fait de savoir si une évolution théologique, disciplinaire et pastorale est possible ou même souhaitable : c’est de savoir à quelle question nous allons répondre.

Un p’tit peu d’histoire

Dans les premiers siècles, certains vivent dans la continence, d’autres non. Ce n’est qu’à partir du IV ème siècles qu’évêques et prêtres mariés deviennent moins nombreux. Ont commence alors à voir apparaître quelques dispositions législatives pour encadrer tout ça.

Ce n’est qu’au VI ème siècle que la continence s’impose, mais ce n’est vraiment qu’à partir du XII ème siècle que l’Eglise va vraiment essayer de faire appliquer cette discipline en n’admettant à l’ordination les seuls célibataires prenant l’engagement de ne pas se marier.

Pourquoi cette évolution ?

Trois grandes raisons : une haute estime de la virginité et de sa valeur spirituelle. Une motivation liturgique, celle de s’abstenir de toute relation conjugale avant de célébrer, mais également durant certaines périodes de l’année en fonction du calendrier liturgique (en bref, pour dire les choses simplement, il ne reste plus beaucoup de jours ouverts aux siestes crapuleuses…).

Enfin, une raison économique : la volonté de conserver les biens de l’Eglise qui jusqu’alors tomber par la voie successorale aux enfants et épouses des clercs. Sans doute l’argument décisif qui va également permettre une plus grande autonomie de l’Eglise par rapport au monde.

Et aujourd’hui ?

Les motivations pour justifier le célibat des prêtres restent de trois ordres (on aime bien dans l’Eglise les plans en trois parties, allez savoir pourquoi…)

  • Sens christologique : le prêtre se consacre totalement au Royaume à l’image de la virginité du Jésus.
  • Sens ecclésiologique : le prêtre témoigne de sa volonté de se consacrer uniquement à sa tâche de vivre, faire vivre et proclamer l’Evangile.
  • Sens eschatologique : le prêtre est le signe vivant du monde à venir où les enfants de la résurrection ne prennent ni femme ni mari (Luc 20, 27-38)

Sur le fait d'évaluer la pertinence de ces 3 sens, c'est encore une autre question...

Un changement pour quoi faire ??

Pourquoi dans le cas présent, mais plus généralement, les catholiques sont pour le mariage des prêtres (bien que la formule ne soit pas vraiment correcte, nous allons le voir plus tard...)

On pense que la possibilité pour les prêtres de se marier pourrait être une bonne réponse à la pénurie des vocations presbytérales. Déjà il faut pouvoir admettre qu’il y a une crise des vocations, ce qui n’est absolument pas évident.

Moins de prêtres, certes, mais moins de catholiques également… tout cela étant progressivement en train de s’équilibrer progressivement.

Et cette préoccupation, si elle est légitime, ne révèle t-elle pas une difficulté à admettre qu’il n’y a pas un modèle unique, une sorte d’âge d’or où chaque paroisse françaises avait son prêtre : et si nous sortions d’une situation extra-ordinaire pour vivre progressivement dans un ordinaire plus sain où la foi est adhésion et conviction et non force des habitudes et attitudes grégaires.

Enfin si le célibat était véritablement un obstacle, pourquoi les protestants réformés connaissent-ils aussi un véritable problème de renouvellement des pasteurs ?

Autre argument, non des moindres, celui qui consiste à penser qu’une vie de famille pourrait permettre aux prêtres d’être un peu moins déconnectés de la réalité (ça c’est l’argument qui surgit quand on découvre les horaires pour le caté, avec des réunions de préparation le vendredi à 14h30…)

Bon déjà pour être un bon médecin il n’est pas nécessaire d’avoir eu toute les maladies : ensuite je connais des hommes mariés avec de nombreux enfants qui restent bien déconnecté des réalités de la vie familiale. Cela ne serait constituer une garantie.

Mais au-delà de ça, n’est-ce pas plutôt sur l’importance de la formation des prêtres et la valorisation de la vie communautaire avec l’ensemble du peuple de Dieu qu’il est nécessaire d’insister et pas seulement une petite vie tranquille dans le cadre du presbyterium.

Enfin un dernier argument consiste à vérifier la pertinence théologique des arguments christologiques, ecclésiologiques et eschatologiques.justifiant le célibat et la continence des prêtres.

L’immense majorité des théologiens, du fait justement qu’il s’agisse non d’un dogme mais d’une règle de discipline, ne voient aucun obstacle à lever cette interdiction.
Mais la théologie ne fait pas toute l’Eglise : il faudra aussi tenir compte des nécessités pastorales et de l’évolution des mentalités avant de pouvoir envisager une (r)évolution.

Anticipons un peu

Il y a 8 siècles, ce sont les nécessités économiques qui ont poussé l’Eglise à changer durablement le statut des clercs.

Demain, ce sont les nécessités pastorales, principalement le droit des fidèles aux sacrements, donc la nécessité d’avoir des ministres du cultes en capacité de célébrer les 7 sacrements qui va faire bouger l'Eglise.

Le dispositif de cette réforme va s’organiser autour de deux questions :

  • Le mariage des prêtres
  • L’ordination d’hommes mariés

La règle datant du IV ème siècle qui interdit le mariage après l’ordination va rester valable : une partie du clergé va demeurer célibataire.

Mais d’autres part, l’ordination d’hommes mariés prêtre va être possible, du moment que leur mariage est stable et que le témoignage de leur vie est conforme à l'évangile.

Nous allons donc avoir une Eglise avec deux figures de prêtres très différentes.

Et ici, normalement, les plus attentifs d’entre vous vont sans doute réagir.

Allez je vous laisse quelques instants de réflexion.



Non toujours pas ?

l’ordination d’hommes mariés prêtre va être possible, du moment que leur mariage est stable et que le témoignage de leur vie est conforme à l'évangile

Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Il s’agit effectivement de la définition, grosso merdo, du diaconat permanent, c’est-à-dire d’une forme de ministère très ancienne qui a disparu après le IV ème siècle et que le Concile Vatican a restauré… du fait de la nécessité pastorale.

Un beau bazar en perspective ; les théologiens n'ont pas fini de s'arracher les cheveux...

la théologie, c'est comme jouer à Abalone, dès qu'on pousse une pièce, tout se modifie.

Notes

[1] La question du célibat a déjà été posé depuis le Concile Vatican II : le pape Paul VI avait posé la question suivante lors du synode Romain des évêques de 1971 : pour le maintien total de la discipline actuelle ou possibilité, en raison des nécessités pastorales, d’ordination d’hommes mariés à l’initiative du pape. Le maintien de la discipline a obtenu 107 voix, celui de l’ordination 87.